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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Respire

Publié par Myriam Guyenard sur 20 Novembre 2014, 00:08am

Respire est le deuxième film de Mélanie Laurent. C'est une adaptation du roman éponyme de Mme Brasme. Il met en scène Charlie (du vrai nom Charlène), une jeune fille de 17 ans qui va très rapidement (trop rapidement?) se lier d'amitié avec la nouvelle de la classe, Sarah. Elle est drôle, pleine de vie, d'histoires à raconter, elle a voyagé... Comme une bouffée d'oxygène, elle aide à surmonter les tensions familiales que Charlie doit supporter. Toutes les deux ont une complicité qui prend de plus en plus d'importance. Mais leur relation évolue vite, passant d'une amitié inconstante, déséquilibrée, à un rapport de force vicieux. La manipulation que va exercer Sarah sur Charlie est incroyable (il aurait été d'ailleurs plus intéressant de le dévoiler plus en finesse, que le spectateur ait à le deviner, pas que ce trait de caractère soit grossièrement dévoilé, trop facile à deviner). On découvre une perverse narcissique à l’œuvre, manipulant à l'excès. C'est déroutant, inquiétant. Le dénouement est par ailleurs redoutable, mais il paraît inévitable, comme la seule solution pour survivre, se défaire de ces liens de manipulation. C'est un instinct de survie, une pulsion.

La relation à l'autre est primordiale dans ce film. C'est plus qu'une histoire d'amitié, nous réfléchissons sur les rapports humains : Comment réagissons-nous face à quelqu'un que l'on admire ? On s'efface, quelle que soit notre personnalité, face à une personnalité forte.

La relation de Sarah et Charlie est très bien représentée dans l'affiche du film. Dans cet espace qui semble infini, elles sont seules et se suffisent à elles-mêmes, toutes deux tournées l'une vers l'autre. Charlie est dans la position de la dominée, assise et inférieure à Sarah. Elle est obnubilée par son amie qui la fascine, la fait rire. Sarah elle, regarde à l'horizon. Elle dégage une force incroyable qui en devient presque violente, prenant tout l'espace. On sent en elle un besoin de jeter sa force au monde pour pouvoir enfin «respirer ». Le ciel étant noir uniquement derrière Sarah, c'est comme si elle était maléfique : elle attire le mauvais, l'orage, la violence, malgré son corps menu d'adolescente.

Au début, on pourrait penser que les personnages sont trop stéréotypés : Sarah est la nouvelle sûre d'elle, belle, originale, drôle, cultivée, qui a voyagé. On a envie de lui ressembler. Elle n'a pas trop de limites : elle fume sans cesse, se drogue, et est sans gêne sur certains points (se mêle de la relation conflictuelle des parents de Charlie sans se rendre compte des significations de son acte). Petit à petit, son personnage va évoluer et va devenir énigmatique.

La relation peut sembler se créer trop rapidement, c'est un reproche tout à fait acceptable. Il faut cependant prendre en compte que l'histoire du roman dure sur 4 ans, et faire un film de 2h aurait engendré des longueurs et aurait fait perdre du rythme. Et cette rapidité est tout de même intéressante ! Cela montre vraiment la perversion de Sarah, elle prend tout, très vite.

La relation à l'homme est aussi à étudier. En effet, dans ce film, la femme est au centre : Charlie, sa mère, Sarah, et leurs copines. L'Homme est comme une gêne (le père de Charlie, très peu présent, cause des conflits, rend sa mère triste) ou alors comme un objet pour aller mieux (la mère se change les idées avec un espagnol mais n'y attache pas spécialement d'importance. Charlie, pour chercher un moyen d'échapper à toute l'oppression qui l'agresse, embrasse un ami à elle).

Une certaine dualité/double jeu est omniprésente dans le film, ce qui amène des questionnements et déséquilibres : jeu sur le reflet qui ramène à des questionnements sur l'identité ; l’ambigüité de certains moments entre les filles, simple amitié ou relation plus ambigüe ? Aller-retour permanent de Sarah envers Charlie qui déroute totalement.

Le déséquilibre est accentué par une caméra instable, une mise au point très précise. Le flou dans l'image augmente au fur et à mesure, reflétant les idées de Charlie, devenant même oppressant. Ce thème, l'oppression, est très important. On voit comment cette relation évolue tragiquement, comme une prison. On a envie de dire à Charlie : Respire. D'ailleurs elle est asthmatique, ses crises annoncent les points de rupture de Charlie. En effet, elle parle peu de ses sentiments, seul son visage et ses expressions la dévoilent. Et on a envie de dire à Sarah : Respire. Pour elle, ses cigarettes sont comme une bouffée d'oxygène, seule bouffée d'air. Cela montre à quel point son mal-être peut être intense. Elle aussi est emprisonnée dans sa situation.

Le son est très important dans le rôle de médiateur de l'oppression : au début en stéréo, et puis il finit en mono : au début le son est large, puis on se concentre vraiment dans la tête de Charlie, ce qui permet vraiment d'évoluer et de se rapprocher de Charlie. Il y a même parfois des sons stridents et larsens à la fin.

Il y a une qualité de l'image : n sent que Mélanie Laurent a désiré une esthétique particulière au film. La beauté des images contrastent avec la force des sentiments éprouvés. Elle reflète aussi la sensibilité de Charlie.

Le jeu des actrices est sincère, pas surjoué, ce qui rend ce film touchant.

Guyenard Myriam

Affiche de respire

Affiche de respire

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