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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Les Nouveaux sauvages

Publié par Aurel Pichollet--Mugnier sur 23 Février 2015, 22:51pm

Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ?

Hamlet, III, 1

Les Nouveaux sauvages

Les nouveaux sauvages, c'est la bombe Argentine du festival de Cannes, la nomination aux Oscars pour le meilleur film étranger, une production de Pedro Almodovar, c'est le film poil à gratter, la comédie jubilatoire qui vous surprend et vous laisser scotché par sa puissance particulière alliant humour noir décapant et rythme infernal.


Ce film surprend tout d'abord par sa forme. Les nouveaux sauvages est ce qu'on peut appeler un film à sketches, un genre de moins en moins répandu, souvent considéré comme désuet et comme un exercice très difficile de par sa complexité. Un exercice tout de même parfaitement réussi grâce à la maestria de son jeune réalisateur et scénariste, Damian Szifron, qui va nous entraîner dans des histoires aux scénarios millimétrés, bourrés de rebondissements, de surprise, d'inventions, de cruautés que l'on découvre avec jubilation et impertinence. Tout ceci va nous plonger dans un océan de folies devastratices, de cris, de larmes, de haine et enfin de rébellion de la part de ces personnages qui nous ressemblent.

Les six vignettes qui composent ce film sont ainsi liées, inbriquées, suivant un seul fil conducteur: le pétage de plomb. La mise en scène de ces quelques contes cruels, fables sanglantes, nous expose tout ce qui va pousser un individu à franchir la barrière, à brûler l'éducation qui le retient et à enfin faire face, à repondre au chaos de ce monde civilisé qui entoure le personnage en laissant s'exprimer à son tour sa propre démence.



Ce film nous présente donc avec un humour noir, ravageur, non conventionel, savoureux -la première scène qui ouvre le film vaut à elle seule le détour, tellement cela est drôle et original- une société contemporaine à bout, à la limite de basculer à tout instant. Une critique jamais lourde et moralisatrise, dans laquelle les personnages, et ainsi nous, vont laisser libre cours à leurs instincts, et nous rions, sans gêne, de voir la situation dégénérer pour sombrer dans cette folie dévastatrice, cette démence, symptomatique mais peut être aussi salvatrice...



Remplis d'acteurs bourrés de talents: Ricardo Cardin au sommet de son talent et en forme plus que jamais dans son rôle de père de famille insignifiant, dont la fourrière a peut-être pris une fois de trop sa voiture... Qui finira applaudi pour avoir secoué.. Ce film est maintenu par une musique qui tisse le lien entre ces histoires ainsi que part le talent certain d'un réalisateur qui sait où il va et qui sait utiliser les plans qui marquent...

Ce film va jusqu'à nous faire douter de ses qualités grâce à certains moments qui semblent, à premier abord, creux, moins saisissants que le reste, mais qui prennent tout leur sens pour peu que l'on se rende compte qu'ils ne sont pas anodins et que l'ensemble a été mené de tel sorte que ces creux permettent à une dialectique de s'amorcer et au film de nous achever avec la scène suivante. Cette dialectique, qui ne laisse pour autant à aucun moment le film moins appréciable, va donner à l'ensemble, une sorte d'unicité: ce n'est plus une succession de courts-métrages, mais bel et bien un film à part entière que nous regardons. Un film qui laisse derrière lui un champ de ruine de conventions scénaristiques de règles de conduites, de bienséances et de rire, en un mot : cathartique





Ps: Ce film n'a pas été primé aux Oscars, au profit d'Ida du realisateur Pawel Pawlikowski.

 

Aurel Pichollet--Mugnier

Les Nouveaux sauvages
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