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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Une histoire de Fou

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 21 Novembre 2015, 15:25pm

Une histoire de Fou

« Ce qui me fait vivre, c'est pas la vengeance, mais la volonté de comprendre » (Gilles). Novembre 2015, telle est la demande de Robert Guédiguian à travers son film, Une histoire de Fou : chercher à nous comprendre les uns les autres, au-delà du premier regard.

Berlin 1921. Soghomon Thelirian, arménien qui a vu sa famille exécutée par les turcs lors du génocide de son peuple six ans plus tôt, tue Talaat Pacha, principal responsable de ce crime contre l'humanité. Il agit au nom de la justice, sans considérer son geste comme celui d'un assassin. Mais cet acte n'est pas sans conséquence. Lors de cette première scène, la musique accompagne l'action. Le coup de feu, déclencheur de l'histoire, n'arrête pas la musique. Elle continue. L'Histoire ne trouve pas de fin, de résolution ici. Cette persistance musicale en second plan amène à penser que cet acte en déclenchera d'autres, il aura des répercussions sur l'avenir. Puis l'Histoire est un cycle. L'Homme, dans son désir de vengeance, est condamné à vivre ce que ses ancêtres lui ont légué. Sauf s'il prend du recul. Sauf s'il fait un pas en arrière pour réfléchir. Robert Guédiguian amène le spectateur à s'interroger. Pourquoi ? Quelles sont les raisons de ces actes qui, à première vue, semblent incompréhensibles mais reflètent pourtant un comportement humain ? La scène du procès remplit ce rôle ; elle nous pose la question «Thelirian est-il coupable ? ». Que déciderions-nous, à la place des juges, quant au sort d'un tueur que l'on ne peut qualifier de meurtrier ?

Sensibiliser le public à travers trois points de vue différents, un choix de réalisation particulièrement approprié. Le plus beau est que l'on s'attache à chacun d'eux, on comprend chaque vision et tous arrivent à nous toucher. Nous suivons l'histoire d'Aram, qui s'engage dans la lutte armée contre les turcs, d'Anouch, sa mère mais également celle de Gilles, victime innocente d'un attentat mené par Aram. Le jeune arménien croit en la justesse de ses actes mais jusqu'où a-t-il le droit d'aller pour mener à bien ses idées ? Tuer les coupables est une chose, sacrifier des innocents en est une autre. En s'engageant, il accepte de devenir un autre homme. Il doit se détacher de tout sentiment (brûler les photos de sa famille) et éprouver de l'amour lui est interdit (lien avec Les Justes de Camus). Après avoir déclenché sa première bombe, qui atteint Gilles Tessier et lui fait perdre l'usage de ses jambes, il change tant physiquement que moralement, ce n'est plus le même. Cependant Amar se refuse à agir aveuglément. Sa cause lui semble juste dans la mesure où elle est menée de manière juste. « Les vrais hommes pensent, les autres sont des bêtes. ». Anouch nous touche par l'amour sans limite qu'elle a envers son fils. Gilles, dont la vie se brise en une soirée, réussit à se relever. Il voudra comprendre, rencontrer ceux qui lui ont imposé cette existence. Naît de lui l'espoir que l'on peut porter en l'humanité. Ce n'est pas la haine qui l'anime après la destruction de son futur mais bien la volonté de savoir, d'échanger, d'essayer de ressentir ce que son bourreau avait lui même pu vivre. Il fait preuve d'une empathie incroyable. C'est très beau.

La force de ce film est la capacité qu'a eu le réalisateur à relier ces trois chemins parallèles. Anouch a besoin de Gilles pour continuer à avancer. Apaisant la culpabilité qu'elle peut ressentir, il a lui aussi le sentiment de devoir faire un bout de chemin avec elle. C'est cette très belle relation qui amènera Gilles et Amar à partager également quelque chose, quelque chose d'indéfinissable mais qui s'est petit à petit tissé entre eux. Nous sommes tous des hommes. Ce film nous montre comment deux personnes d'apparence complètement différente (pas la même origine, culture...) peuvent se ressembler et se retrouver sur certains points : il jouait du piano debout de France Gall rassemble Aram et Gilles qui aiment tous deux cette musique. Nous sommes tous nés dans le même monde et quelque soit ce qui nous oppose, essayons avant tout de le comprendre. Un chauffeur de taxi demandera à Gilles, en parlant de Aram, « C'est ton frère? ».

Une histoire de Fou est un film bouleversant. Des personnages qui font échos dans nos cœurs et résonnent dans nos esprits. Émouvant, juste, beau, d'une magnifique sincérité. Bravo !

Carla Bouclier

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