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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Juste la fin du monde

Publié par Sacha Trilles sur 27 Novembre 2016, 21:58pm

Catégories : #Drame

Juste la fin du monde

              Xavier Dolan, 27ans et déjà plusieurs prix au festival de Toronto, un César pour le meilleur film étranger, un prix du jury à Cannes, le prix un certain regard à Cannes et une sélection a seulement 20 ans à la quinzaine et enfin, pour clôturer en beauté, le Grand Prix de Cannes cette année. Mais alors comment cela se fait-il ? Comment les films de Xavier Dolan font-ils pour avoir cette touche de quasi perfection ? Quels sont les secrets de ce génie ou du moins les caractéristiques ? Toutes ces questions auxquelles nous tenterons de répondre à travers la critique de son dernier film : Juste la fin du monde.  

           

            Tout d’abord, Juste la fin du monde n’est pas issu d’un scenario original, c’est ici une pièce de théâtre que Dolan a adaptée. Une pièce d ‘un grand auteur Français, Jean Luc Lagarce. Tout d’abord, ce choix de la part du réalisateur est très intriguant, car Xavier Dolan a une histoire très commune avec le dramaturge : les deux artistes sont tous les deux homosexuels et en font grandement part dans leurs œuvres; on peut donc déjà voir un clin d’œil du réalisateur.

             Intéressons-nous à l’histoire qui nous est racontée ici. Louis est un jeune auteur de théâtre qui, apprenant qu’il a le sida et qu’il va très prochainement mourir, décide de retourner voir sa famille avec qui il n’a plus de contact depuis de très nombreuses années. En plus d’être une autobiographie de l’auteur, l’histoire raconte la difficulté de parler pour certaines familles, elle montre que les choses qui peuvent nous paraitre tout à fait naturelles et normales peuvent être quasi impossibles dans certaines familles.

 

            La scène d’ouverture commence dans un avion, où le personnage principal, Louis, explique tout simplement sa mort : une scène filmée très sobrement mais tout aussi puissante. Ensuite, il descend de l’avion et prend un taxi pour aller voir sa famille. Alors commence la première scène musicale avec la chanson HOME de Camille. Ce qu’il faut savoir sur Dolan, c’est que la plupart de ces scènes musicales restent mythiques, elles sont souvent très semblables, mais elles sont aussi sa marque de fabrique. On y découvre un montage très rythmé avec de nombreux ralentis, des personnages sur le bord de la route, très puissant dans leur regard vers la caméra subjective (Louis). Pour être légèrement métaphorique, Dolan nous fait perdre pied et nous permet de nous envoler avec chacune de ces scènes musicales qui semblent nous transporter loin de la réalité. Ensuite, à partir de son arrivée chez lui, dans sa famille, on découvre les scènes de dialogues. A partir d’ici, nous ne découvrirons que des plans serrés sur les personnages, rythmés par les dialogues qui sont incroyablement interprétés par le casting du film (un casting très riche puisque nous y retrouvons uniquement des grands acteurs et actrices avec : Nathalie Baye, Vincent Cassel, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Marion Cotillard). Nous voyons ici, grâce à l’importance des dialogues et la clarté incroyable avec laquelle les personnages se laissent découvrir, l’empreinte du théâtre dans le film : chaque personnage est légèrement cliché, mais assez bien mené pour rester totalement réaliste et touchant. Par exemple, Marion Cotillard incarne l'épouse soumise et en manque de confiance en elle et Vincent Cassel, qui joue son mari, figure le vrai « connard de service » toujours infect et désagréable et surtout déplacé. Chaque personnage a donc ses défauts mais reste attachant. Pour reprendre les mêmes exemples, le rôle de Marion Cotillard dégage par ses défauts aussi un réel altruisme et une réelle sympathie pour les gens qui l’entourent, ou encore Cassel qui, malgré cela, est montré comme un personnage en détresse. Ici, Dolan avec sa direction d’acteur donne une réelle complexité interne à chaque personnage qui normalement devrait ressortir comme personnage cliché, mais qui ici ressort comme personnage non seulement réaliste mais complexe et terriblement « humain » ... sans parler de la fin du film où notre vision des personnages aura totalement changé de par les confessions et les actions des personnages.

 

            Revenons donc au plan serré ici employé par Dolan pour filmer les personnages. Donc nous disions qu’à partir de son arrivée, nous ne voyons que des plans serrés : en effet, il rajoute par ce choix non seulement une grande impression d’enfermement dans cette maison mais, de plus, ils nous permettent, grâce à la netteté incroyable de l’image (travail de la lumière + utilisation matériel macro), de voir chacune des réactions faciales des personnages. Et d’être plongé alors dans la l’intériorité de chacun d’eux. Dolan filme ici très rarement les personnages lorsqu’ils parlent, la plupart des plans de Léa Seydoux quand elle parle sont cadrés sur Louis (Gaspard Ulliel) ou d’autres personnages. Cette mise en scène est surtout explicite dans les scènes à table où il devient même rare de voir un personnage quand il parle: on devine alors qu’ici le plus important ce n ‘est pas le personnage qui le dit mais celui qui reçoit ces paroles, donc le thème du dialogue est encore une fois visible. Pour continuer sur les plans, on voit aussi que, la plupart du temps, les personnages sont filmés en duo (Cotillard avec Cassel , Seydoux avec Baye ), tous sauf Louis, qui par exemple, pour la scène du repas en extérieur, est au bout de la table et toujours filmé seul dans le cadre. Nous avons au milieu de ce huis-clos, deux scènes de flash-back (de Louis) qui, contrairement à l’univers très froid et enfermé de la maison, s’évade totalement, et sont filmées en plans très lumineux et larges (extérieur). Ces deux flash-back sont accompagnés de musiques très dynamiques (très « Dolan » comme je disais plus haut). Ces scènes racontent l’enfance et l’adolescence du jeune, elles sont ici non seulement pour des raisons narratives et une volonté de nuances sur le personnage de Louis, mais aussi, et surtout, je pense, pour équilibrer le film.

 

            Equilibre au cinéma ? C’est ici la force de Dolan et de d’ailleurs la plupart des grands réalisateurs (Kubrick, Boyle,Maïwenne, Klapisch…). Un bon film - et ce film est un bon film - doit être, s’il veut nous faire couler des larmes, pas uniquement triste, il doit nous faire aussi sourire, même rire. S’il veut que l’on se questionne, il doit nous aider à remettre en question certaines choses sans nous y forcer. Un film est et doit être nuancé, sinon le spectateur ne ressent pas la moitié des émotions montrées. Dolan l’a parfaitement compris et le fait avec autant de génie. La deuxième force de Dolan est l’utilisation de techniques de cinéma parfois très hollywoodiennes classiques, mais avec un détail qui change tout et nous fait découvrir une toute autre vision du cinéma. Oui, bien sûr, nous pouvons reprocher de nombreuses choses à son cinéma, comme par exemple l’utilisation de musiques parfois très fortes en émotion pour remplacer un travail plus complexe sur le jeu d’acteur ou le son, mais il choisit si bien ses chansons et le montage, en plus de l ‘image, est si contemporain, qu’il fait revivre cela. Il dit lui-même n’avoir que trop peu de culture en cinéma : son film préféré est Titanic! Mais il mélange ici Titanic avec ce cinéma totalement contemporain, qui raconte des histoires tellement complexes et parfois tellement violentes, et il le fait encore une fois avec un équilibre si inouï qu’il nous laisse alors tous bouche bée devant chacun de ces films. Et cela pour notre plus grand bonheur. Il raconte avec simplicité les histoires les plus complexes.

            En gros, allez voir ce film, courrez même, et dégustez toute sa filmographie.

                                                                                                                SACHA TRILLES

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