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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Le Redoutable - Michel Hazanavicius (Sortie:13 sept 2017)

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 25 Mai 2017, 19:43pm

Samedi 21 mai, il est presque 22 heures, on court le long d’un tapis rouge où aucune star n’apparaît, la séance va bientôt commencer. On n’y croit pas trop : une montée des marches pour la soirée c’est déjà bien, on est réalistes mais on l’espère si fort…

Une place, deux places et en voilà une troisième, l’optimisme paye toujours, dans l’orchestre en plus, Carla arbore un sourire si touchant. Line marche en chantant.

On s’installe en vitesse, Carla tout près des acteurs, nous fait signe et voilà que les lumières s’éteignent.

Louis GARREL endosse le rôle de ce réalisateur phare de la Nouvelle Vague qu’est GODARD, le cheveu sur la langue un ton exagéré surprend, mais la poésie des premiers mots nous apaise tout de suite.

Une voix off nous raconte une période très brève de la vie du réalisateur ou plutôt sa rencontre avec la très jeune Anne WIAZEMSKY. Un an, un an de la fin des années 1960 qui coïncide avec une politisation de son travail, un an d’amour et de remises en questions.

Les scènes d’amour n’ont jamais été aussi bien croquées, je me souviens de ce gros plan où chaque partie du corps de l’être aimé est tour à tour examinée. Le noir et blanc est d’un seul coup très lumineux, la bouche de la jeune Anne (Stacy MARTIN) s’entrouvre et l’acte sexuel est suggéré avec délicatesse.

Les évènements de mai 1968 ainsi que la sortie de son film, La Chinoise, qui ne trouvera grâce qu’auprès de ses proches, l’installeront dans une véritable crise qui le transformera du tout au tout. Le réalisateur d’abord adulé, fait le choix de se défaire de son statut en basculant dans le cinéma militant et les films signés collectivement.

HAZAVANICIUS réduit la révolte du cinéaste à un désir capricieux de gâchis…Mais est-ce réellement le cas, je me le demande encore.

Le sarcasme de GODARD lui donne un charme irrésistible, homme de lumière, il se bat pour ne pas faire partie de la masse qui ne pense pas. Mais cette volonté d’altérité, lui fera perdre le soutien de ceux qui l’aimait et donne même au spectateur un sentiment de détestation pour ce personnage qu’on finit par ne plus reconnaître.

Le film est découpé en différents chapitres retraçant l’évolution des évènements politiques et la relation des deux amants. Ces deux sujets phares se mêlent tout au long du film, GODARD ne peut faire la part des choses et ruine sa vie sentimentale au profit d’une lutte acharnée pour ses idéaux.

La scène de ménage polyphonique, faite de propos anodins sur la bande-son pendant que les sous-titres révèlent une tension détestable dans le couple GODARD-WIAZEMSKY est un bijou, sans parler de ces quelques plans qui passent du noir et blanc négatif à des couleurs très pop : que ce soit sur le plan du son ou de l’image, il y a une réelle volonté de surprendre dans le travail d’HAZANAVICIUS.

La réflexion sur la nudité gratuite au cinéma et le manque de profondeur de bon nombre d’acteurs sont soulevés avec une ironie mordante, les clins d’œil sur notre société contemporaine et ce besoin de se montrer (à Cannes par exemple) plutôt que d’agir sont eux aussi finement implantés au sein de ce récit historique.

C’est presque douloureux pour le spectateur de voir comment les débats et traumatismes d’autrefois sont de nouveaux très actuels.

Le Redoutable a été perçu pour certains comme une caricature, une façon de se moquer et de limiter l’œuvre du grand GODARD à cette période trouble. Mais n’est-ce pas dans l’humour et dans cette volonté de désacralisation qu’HAZANAVICIUS rejoint le plus fidèlement le réalisateur ?

La lumière s’allume à nouveau, la salle comble applaudit sans fin, les larmes montent.

Merci pour ce grand moment de cinéma.

Apolline Gille

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