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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Les fantômes d'Ismaël

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 21 Mai 2017, 10:33am

Les fantômes d'Ismaël

Les fantômes d'Ismaël, le nouveau film d’Arnaud Desplechin, nous expose l'histoire d'un homme, Ismaël, réalisateur parisien reconnu. Cet homme d'une quarantaine d'année est veuf d'une femme portée disparue depuis 21 ans. Il a néanmoins pu reconstruire sa vie avec Sylvia, astrophysicienne. Leur relation dure depuis 2 ans. Cependant, alors que le couple se trouve à la mer afin qu'Ismaël puisse travailler sur son film Moi, Ivan, Espion (dont on voit des extraits tout au long du film), Carlotta, la femme disparue, réapparait. Les fantômes d'Ismaël, nous montre ainsi la réaction du couple face à cette nouvelle arrivante, logeant dans le pavillon avec eux.

Ce long métrage, dans sa forme, tend vers la perfection. En effet, le jeu d'acteur est absolument sensationnel : Matthieu Amalric, Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg jouent avec finesse et retenue. Ainsi, on partage avec les personnages leur tourmente, leurs doutes, leurs joies aussi. De plus les dialogues sont émouvants, forts et percutants, il n'y a pas un moment où ils tombent dans le mièvre ou le gênant.

Aussi, comment parler de ce film sans souligner la patte de Desplechin. En effet, les plans sont magnifiques et les gros plans étranges aux premiers abords font ressortir le talent de ces acteurs. Il y a un message dans chacun des plans, tous sont importants. Enfin il y a très peu de cuts par séquence, ce qui donne au film une certaine fluidité.

Je n'ai cependant pas apprécié ce film. En effet, ce film est une véritable coquille vide. Il commence cependant plutôt bien, l’exposition des chacun des personnages principaux est plutôt émouvante et bien filmée. Elle se fait au fur et à mesure, sans rupture. De plus, le film débute sur le long métrage d’Ismaël et Desplechin entretient une ambiguïté autour de celui-ci (bien qu’on le comprenne assez vite, cela est montré tard dans le film). Néanmoins, le film se délite (comme la vie et la santé mentale d’Ismaël) avec l’arrivée de Carlotta. Le film s’installe dans une telle lenteur que je me suis souvent demandé où allait l’intrigue.

Le majeur défaut de ce long métrage présenté à l’ouverture du festival de Cannes est donc la manière dont il traite l’intrigue. Ou plutôt la manière dont il ne traite pas l’intrigue. En effet, alors que Carlotta revient après 21 ans d’absence, tout de même, on ne lui demande qu’une seule fois pourquoi elle est partie. Ce à quoi elle répond : "je ne sais pas". Et Ismaël ne lui demande pas une nouvelle fois, si bien que jamais on n’aura les réelles motivations du départ de Carlotta. Cela n’est qu’un exemple du traitement de l’intrigue disons, atypique. Un autre élément dans le fond du film m’a personnellement beaucoup dérangé, c’est le fait que beaucoup d’éléments d’intrigues sont lancés sans pour autant être traités. Par exemple, Sylvia nous parle plusieurs fois de son frère handicapé, du fait qu’elle est tout pour lui, que c’est un peu sa deuxième mère, alors pourquoi ne jamais le montrer ? Elle dit qu’elle est toujours là pour lui, pourtant, c’est le personnage le plus présent à l’écran (il me semble) et jamais on ne la voit ne serait-ce qu’aller lui rendre visite, cela n’est pas même évoqué.

A part son scénario, Les fantômes d’Ismaël possède un autre considérable défaut. C’est même ce défaut qui a rendu mon expérience de visionnage quelque peu ennuyeuse et longue. C’est un film d’auteur élitiste parfois même pompeux. En effet, le film est truffé de références à l’art pictural et à la perspective dans l’art. On ne comprend pas quel est le rôle du film d’Ismaël ni dans le développement du personnage éponyme ni dans l’avancement de l’intrigue. (On comprend que le personnage principal de son film est en quelque sorte lui-même). De plus, l’intrigue est traitée de manière nouvelle ne s’attardant pas sur les détails tels que l’essentiel. On ne comprend ainsi pas les états d’âmes de Carlotta, ses sentiments, lorsqu’expliqués, sont soit invraisemblables soit mièvres et elle ne les montre pas à l’écran. Si bien que l’on en vient à se demander si Carlotta est bel et bien Carlotta.

Pour conclure, je dirais que ce film est d’un côté poétique, beau, calme et très drôle par moments (surtout vers la fin), de l’autre l’histoire est bancale et invraisemblable, à tel point qu’à la fin je m’attendais à une chute sur la réelle mort de Carlotta. Il n’en est rien. Ainsi, si je devais décrire ce film en un mot, ce serait inégal. A la sortie de la salle, j’ai eu l’impression d’avoir vu deux films. L’un était drôle et émouvant, l’autre était lent et mièvre. Le visionnage de ce film ne fut cependant pas déplaisant de bout en bout, mais j’ai l’impression d’en savoir autant sur le film aujourd’hui qu’avant la séance. Ainsi je ne vous conseille pas d’aller voir Les fantômes d’Ismaël notamment à cause de l’une des scènes de fin les plus démagogues et mièvres que j’ai eu l’occasion de voir.

Alors certes je suis conscient qu’en descendant ainsi un film de Desplechin, je passe pour un inculte n’ayant rien compris. Cependant je pense que si film il y a, alors histoire il y aura. Or ce n’est pas le cas, ou très peu. De plus, si un film doit être décortiqué afin de pouvoir être compris et d’en faire sortir la substantifique moelle, à quoi cela sert-il de le passer en salle? Ce film est donc en quelque sorte une représentation du plus grand défaut du cinéma d’auteur français, il manque de simplicité.

Gabriel Gramatikoff  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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