Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

cinebaudelaire.overblog.com

Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Patients

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 17 Mai 2017, 09:15am

Patients

Un saut dans une piscine peut vous emmener très loin. Grand Corps Malade le sait mieux que personne, et il nous le prouve avec son ami Medhi Idir en réalisant Patients, adaptation de son roman autobiographique, sorti en mars 2017. Pablo Pauly incarne Ben, l’alter ego du célèbre slameur dans ce film autobiographique. Ce jeune passionné de Basket voit ses rêves de carrière professionnelle s’arrêter subitement suite à un accident de plongeon. Tétraplégique incomplet, il doit apprendre à vivre avec son handicap et à l’accepter. Il a pour cela tout le temps qu’il faut, bloqué dans son hôpital avec des amis « tétras », « paras », ou « traumas crâniens » qui font de leur mieux pour tuer le temps, patients.

Dans ses grandes lignes, Patients fait écho à Intouchables, mais évite certains pièges dans lesquels le film d’Olivier Nakache était tombé. Ici pas de sentimentalisme. Il s’agit, pour Grand Corps Malade, de mettre le spectateur dans la peau d’un homme qui doit accepter son handicap et ses conséquences les plus prosaïques. Il s’agit d’être juste et de montrer pas à pas le quotidien d’un patient qui réapprend les gestes les plus banals : une heure cinquante de film, des semaines d’exercices quotidiens pour parvenir, finalement, à tenir une salière…

Patients montre également un élément fondamental dans un rétablissement : les relations avec les autres. Les séquences de soins alternent avec des séquences où le groupe d’amis que s’est fait Ben se réunit. Dans ces scènes, Grand Corps Malade expose toutes les manières de vivre un handicap : avec optimisme, avec pessimisme, avec réalisme ou avec refus. Il montre aussi l’importance de l’entraide, notamment lorsque Steeve (Frank Falise) tente de se suicider, ou lorsque Toussaint (Moussa Mansaly) doit changer d’établissement. Le titre « Patients » est mis au pluriel, ce qui annonce cette histoire entre patients, où chacun prend appui sur l’autre. Les réalisateurs ont également mis en avant les relations patients-médecins, ou les relations patients-proches. C’est le kiné de Ben, François (Yannick Renier), lequel l’aide à se rétablir jusqu’au bout, qui lui annonce le décès de l’un de ses camarades. C’est Jean-Marie (Alban Ivanov), l’aide-soignant qui chargé du petit déjeuné à Ben, qui, avec un réveil énergique et l’utilisation non pas du tutoiement mais du « il-oiement » met du soleil dans chacune de ses journées.

Souvent, quand un film nous prend, le temps semble s’accélérer. Pour Patients, c’est l’inverse : le spectateur rentre totalement dans la vie d’un tétra et trouve comme lui le temps long. Cet effet est accentué par un montage lent, avec des fondus enchaînés. Cette lenteur est également transcrite par la manière de filmer. La caméra est toujours en mouvement mais elle se déplace peu rapidement, comme si elle était retenue par quelque chose. Cela crée une sensation de blocage qui évolue au fur et à mesure du rétablissement : mieux va Ben, moins la caméra semble bloquée. Dans ce même sens, elle ne montrera jamais tout un décor. On en vient à éprouver une sensation étrange à la nuque car on aimerait voir ce qu’il y a sur le mur de l’hôpital, derrière le personnage incapable de se retourner, mais la caméra refuse obstinément de le montrer ! Cet hôpital est justement le seul lieu, à l’exception de la scène finale, où se déroule l’action. C’est un endroit immense, avec des couloirs sans fin et des fenêtres cruelles qui rappellent continuellement que le retour à la vraie vie sera impossible. C’est aussi un lieu où la lumière a son importance : froide au début, lors des plans subjectifs qui introduisent Ben paralysé dans ses débuts à l’hôpital, puis de plus en plus chaude, au fur et à mesure que revient une forme de liberté.

Vous voulez un film drôle mais sérieux, divertissant mais marquant, cinématographiquement  parlant intéressant ? Allez voir Patients sans plus attendre !

Julien Ribiollet 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents