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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


3 Billboards, les panneaux de la vengeance

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 27 Janvier 2018, 14:02pm

3 Billboards, les panneaux de la vengeance

         3 Billboards, les panneaux de la vengeance: le 3ème film de Martin Mc Donagh est à bien des égards le film qui lance cette année 2018.  

       Il dépeint le portrait de 3 personnages résidents à Ebbing, une petite ville perdue dans le Missouri et hors du temps. La fille de Mildred Hayes s'est faite violer et tuer 9 mois avant le début du film. Face à la stagnation de cette enquête, la mère, cherchant désespérément à venger la mort de sa fille, va placer sur 3 anciens panneaux publicitaires les phrases suivantes: "Raped While Dying"; "And still no arrests"; "How come, Chief Willougby ?". Avec ces accusations, Mildred va se mettre à dos la majeure partie de son petit village et de la police, en particulier d'un jeune policier quelque peu arriéré nommé Dixon et vouant un culte au Chef de la Police locale atteint d'un cancer en phase terminale, William Willoughby. 

        Ce long métrage aux dialogues et à l'humour tranchants en pleine Amérique profonde est à bien des égards une franche réussite qui se rapproche d'un film des frères Cohen ( en moins drôle tout de même). 

       Tout d'abord le scénario est très bien mené, ne s'accordant qu'une seule facilité au cours de son développement (le changement de personnalité de Dixon). Il ne va jamais là où l'on s'attend qu'il aille et évite ainsi une fin vide de sens et d'intérêt. Il nous amène à nous questionner sur bien des points de l'histoire: on va s'interroger sur le bien fondé de la lutte de Mildred, sur son but, sur ses répercussions; on va également s'interroger sur la notion du bien et du mal dans cette affaire. En effet, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le combat du personnage incarné par Frances McDormand (Mildred) va apparaitre bien souvent comme soit désespéré, soit vain, soit immoral.

       On assiste aussi au cours du film à une véritable évolution des personnages. Mildred va ainsi passer du stade de femme hermétique que rien ne peut plus atteindre, au statut d'une femme blessée physiquement (par son ex mari) et mentalement (le décès de sa fille). Dixon va lui passer du statut de flic incompétent, violent et raciste, au statut d'Homme blessé, miséreux qui va s'adoucir peu à peu et on va même s’apitoyer sur son sort. Le seul personnage principal constant est celui du chef de la police qui est en quelque sorte le seul personnage sain de trio si ce n'est de cette ville. Les personnages secondaires non plus ne sont pas en reste. Il y a le nain épris de Mildred qui ajoute une certaine tendresse à ce film, qui en a terriblement besoin. L'ex-mari violent, partagé entre colère, culpabilité, et tristesse, est en couple avec une jeune gardienne de zoo innocente.

        Le long métrage est également intéressant pour le portrait qu'il fait d'une Amérique profonde hors du temps et du système juridique. Tout d'abord, les multiples bavures policières de Dixon ne sont pas traitées comme elles devraient l'être dans notre société moderne. Ensuite, il est bon de noter la manière dont sont décrites les personnes d'Ebbing par les autres personnes d'Ebbing. Tous sont décrits par rapport à leur apparence et ce constamment. Il y a donc la femme qui ne sourit jamais (Mildred), le gros dentiste, la femme avec un oeil bizarre, le roux (qui s'appelent du coup Red), le nain... Ce qui montre bien les nombreux préjugés présents dans cette Amérique oubliée. Il y a également un traitement de la misère de ces régions perdues d'Amérique, le racisme latent, la pauvreté, le manque d'éducation, le manque de moyen des institutions qui ne peuvent agir efficacement, le manque de modernité et de confort... Cependant tout cela n'est jamais montré directement, c'est filmé implicitement, ce qui souligne l'accoutumance de cette population à la misère. Ils vivent avec et n'y font plus attention. 

         Les acteurs sont tous excellents dans ce film, avec le très convaicant Sam Rockwell dans le rôle du policier quelque peu arriéré; Dixon, le nain le plus connu du monde Peter Dinklage dans le rôle secondaire mais pas en reste de l'Homme transi d'amour pour Mildred qui ne lui rend pas. Ensuite, Woody Harrelson exécute son rôle de policier à merveille, rôle qu'il avait déjà joué dans Rampart, mais dans un tout autre registre montrant l'ambivalence de cet acteur que j'affectionne tout particulièrement. Et enfin, Frances McDormand dans le rôle complexe d'une femme en deuil et en quête de vengeance, partagée entre la détresse et la rage, retrouve son plus grand rôle depuis Fargo.   

       Enfin, je trouve que le principal atout de ce film est le traitement de l'image et du cadre. En effet, la direction photographique de ce film est incroyable : on en prend plein les yeux à chaque plans, la nature, l'immensité du paysage et l'isolation de cette bourgade sont retranscrits parfaitement à l'image. De plus, il y a un traitement de la couleur et un travail sur étalonnage dans ce film qui est louable, les couleurs sont très vives et ressortent parfaitement. Ce travail permet entre autre d'accentuer l'impact des panneaux publicitaires en rouge vif. Le film, bien que brassant des thèmes et des scènes très durs, acquiert une certaine poésie grâce à l'image et ne montre que ce qu'il y a à montrer.

         Pour conclure, j'ai grandement apprécié le moment que j'ai passé devant ce film et j'ai été agréablement surpris de la fin qui a réussi à éviter tous les biais d'écriture. Je le conseille vivement. 

 

Gabriel Gramatikoff T°ES2

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