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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Vers la lumière

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 4 Février 2018, 14:09pm

Le film d'auteur a souvent eu cette image de film dans lequel il ne se passe rien. Tout ça parce que dans notre société nous sommes habitués à une action omniprésente. Les blockbusters américains montrent cela. De nos jours le public ne sait plus apprécier le silence. Dire qu'il ne se passe rien dans un film est stupide, car par définition, dans un film il ne se passe jamais rien. Mais le public est habitué à des longs métrage faciles d'accès qui ne lui demandent aucun effort de compréhension. Celui ci se rebelle donc dès qu'un film tente de lui demander de faire le moindre effort pour rentrer dans son univers. Et cela est triste, c'est comme si, trop habitué au fast food, on refusait d'aller manger au restaurant sous prétexte qu'attendre son repas et l'apprécier demanderait trop d'efforts. C'est pour ça que quand sort un film comme "Vers la lumière", il est important d'aller le voir. Pour donner de la légitimité à ces films disposant d'une réelle vision artistique et qui demandent une vraie implication de la part du spectateur.

"Vers la lumière" est donc un film Franco-Japonais, réalisé par Naomi Kawase, réalisatrice déjà reconnue pour "Still the water" ou encore "Les délices de Tokyo. Le film met en scène la rencontre entre Misako (Ayame Mizaki) une jeune femme qui s'occupe de l'audio description au cinéma et Masaya Nakamori (Masatoshi Nagase), un photographe sur le déclin qui perd la vue petit à petit. Une histoire va donc se créer entre lui qui perd la lumière et elle qui cherche à la décrire. 

Si je devais choisir un mot pour décrire ce film ça serait magnifique. Que ce soit l'image, la musique ou l'histoire le film est très beau et très sensible. "Vers la lumière" est un film à ambiance, qu'il est donc pour moi essentiel de découvrir dans des conditions propices à celle ci. La lumière et l'image sont les premiers points forts du film. Fruits du travail conjugué de Naomi Kawase et de Arata Dodo, directeur de la photographie. Le film est presque entièrement filmé avec une lumière naturelle, ce qui participe à la beauté de celle ci et à la chaleur qui s'en dégage. De plus, la lumière est bien plus que purement esthétique. Elle apporte un sens profond au film, notamment à l'aigreur et à la tristesse de Masaya qui enrage de voir cette beauté disparaître. Naomi Kawase joue beaucoup sur les contre-jours ou encore sur les relfets de lumière afin de donner un aspect très poétique à ses images.

La musique joue également beaucoup dans cette ambiance. Celle ci est très belle, très légère presque aérienne et elle accompagne avec grâce la beauté des images de Kawase et Dodo. Rien de bien surprenant quand on sait que celle ci a été composée par le très bon Ibrahim Maalouf. On retiendra particulièrement le thème principal où le piano entre totalement en symbiose avec l'écriture de Kawase.

Parlons en justement de cette écriture. Pour moi Naomi Kawase est une poète qui fait du cinéma. Quelqu'un qui sait apprécier les silences autant que la valeur des mots à leur juste valeur. Il est drôle de constater qu'un film parlant de quelqu'un qui décrit la moindre chose, prend autant le temps de poser ses silences. Et c'est une force car c'est ces silences autant que la beauté des dialogues qui donne au film cette magnifique force sensible qui lui est proche. Cette écriture est de plus très bien servie par les performances de Ayame Misaki et Masatoshi Nagase. La justesse du ton de Misaki se conjuguant parfaitement avec la sensibilité des expressions de Nagase. On ressent vraiment l'alchimie entre leurs personnages et rien  dans leur relation ne sonne faux. Le parcours du personnage de Misako est particulièrement intéressant. Elle qui cherche tout le long à mettre des mots sur cette beauté mystique de la lumière. C'est finalement sa rencontre avec Nakamori qui lui fera comprendre qu'on n'explique pas cette force. La relation entre les deux est magnifique et chacun apporte à l'autre ce qu'il cherche sans même le savoir. Tout le film tourne de plus autour d'une phrase qui résume parfaitement les peurs et les envies des deux personnages.

"Rien n'est plus beau que ce qu'on a sous les yeux et qui est sur le point de disparaître"

Alors oui le film est assez lent et oui concrètement on pourrait avoir l'impression qu'il ne se passe pas grand chose. Mais "Vers la lumière" est un film auquel il faut savoir ouvrir son cœur. Ce n'est pas un film qu'on peut "comprendre" c'est un film qui peut résonner en nous ou pas. Mais tout ce qu'il fait, il le fait avec la meilleure volonté du monde et il ne cherche pas à diviser mais à rassembler. Alors ne serait-ce que pour ça allez voir "Vers la lumière". Allez y sans préjugés, sans attentes et sans jugement et laissez vous toucher par la sensibilité et sincérité de Naomi Kawase. Donnez de l'influence à ce genre de films plutôt qu'aux produits déjà vus cent fois et prémâchés par les studios de production. Allez magnifiquement perdre une heure et demie dans une salle noire à voir un film qui pourra ne pas vous plaire mais qui a au moins le mérite de présenter quelque chose de beau, de vrai et d'innovant.

Roméo Bernardini

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