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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


12 jours

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 4 Mars 2018, 17:26pm

12 jours

« je suis fou, j’ai la folie d’un être un humain »

 

12 jours, une durée fatidique dans le monde de la psychiatrie. En effet, dans le cas de l’hospitalisation sans consentement, une fois ce délai dépassé, les malades accompagnés d’un avocat passent devant un juge qui décidera de la poursuite ou non de la procédure de soin.

Raymond DEPARDON, photographe et réalisateur reconnu pour son talent et pour son engagement depuis de nombreuses années, a été autorisé à pénétrer et à filmer pour la première fois en France des malades psychiatriques des unités pour malades difficils. Son reportage entre mêle 10 « jugements » de malades différents avec des plans chocs de la condition de vie dans l’enceinte de l’hôpital. Cette réalisation ne bénéficie d’aucune voix off et d’aucun commentaire. Depardon ne prend d’ailleurs pas parti dans son film, il veut montrer l’enfermement sans accuser ceux qui enferme.

A mon sens il est important de considérer ce film pour ce qu’il est, un témoignage d’un fragment de condition, un instant et une facette qui n’est par définition qu’une parcelle appartenant à un ensemble, et non comme une vérité générale qu’il faudrait faire enfin voir au monde. Le jugement est donc souvent vite fait, si je ne connais pas cet univers je peux donc penser qu’il se définit par les quelques aspects décrits pendant 1h27. On ne voit aucun soignant, aucun contact des malades entre eux, aucune distraction pour ne pas dire presque plus de vie. Un très long plan séquence marque d’ailleurs le spectateur, il y découvre un malade tournant en rond dans une toute petite cours avec des meubles de jardin sales. Cet homme fait toujours le même parcours et à la même vitesse. D’autres plans montrent des couloirs sinistres où des malades déambulent comme des âmes errantes. On nous montre également des clôtures à de très nombreuses reprises. Le spectateur ressort avec l’impression d’en connaître plus sur ce milieu méconnu et pour beaucoup terrifiant. Il pense avec tristesse qu’il s’agit d’un milieu où les malades sont exclus de la société pour mieux attendre leur mort et ne considère plus l’encadrement et l’accompagnement des hommes et des femmes soignant, totalement évincé peut être à tors dans le reportage. Ce film n’est pas une représentation du monde psychiatrique dans sa globalité et peut donc pour une majorité mal-informée être porteur d’une vision incomplète et déformante.

Depardon ne traite peut être qu’une partie du sujet qu’il aborde mais cette partie est filmé avec beaucoup de finesse et de sincérité. Sa façon de tourner est relativement simple et sans filtre et peut donc laisser place à une émotion vraie ou du moins qui le semble. Depardon utilise le champ contre champ sans mise en scène, sans dramatisation, les caméras sont posées et constatent simplement la scène. Il ne cherche à emmener son spectateur nulle part, il se laisse prendre lui aussi dans cette réalité pour tenter d’en capturer quelques instants. Depardon filme aussi la beauté de ces humains et non de ces malades. Il traite avec beaucoup de respect et de considération ces êtres qui portent « la folie de l’être humain ». Ce qui ressort aussi très nettement de ces entretiens c’est la difficulté des juges à pouvoir à communiquer. Ils sont désemparés. Le rôle des avocats est ambigu, ils ne défendent pas les malades et sont presque impuissant devant de tels situations. Les malades sembles condamnés et dans l’incapacité de se défendre. Depardon déclare que sur les 70 entretiens auxquels il a assisté, aucun n’a débouché sur la sortie du patient.

12 jours, un film bouleversant qui ouvre de nouvelles portes à voir sans attendre mais avec du recul.

Vianne Burquier 1S3

 

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