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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Human Flow

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 7 Mars 2018, 20:58pm

Catégories : #Documentaire

Human Flow

Human Flow, où comment raconter l’indicible avec justesse. Malgré quelques défauts, le documentaire de l’artiste asiatique Ai Weiwei s’impose comme étant un long-métrage choc, n’ayant pas peur de dévoiler l’horreur du quotidien de nombreux migrants, aux quatre coins du globe.

Artiste chinois engagé, Ai Weiwei est un symbole dans son pays : militant, il n’hésite pas à défier le régime actuel et s’est déjà fait enfermer en prison. Mais aujourd’hui, Weiwei ne s’attaque pas à sa patrie, mais aux états du monde entier. Aux états qui ne font rien, ou trop peu, pour les migrants. Aux états qui se referment sur eux-mêmes et qui, par une politique de l’autruche et de la peur (à tort), érigent des frontières, murs et autres destructeurs de liberté. Ce documentaire, parsemé de données tout au long du récit, est criant de vérité : en trente ans, le nombre de pays construisant des murs à leur frontière est passé de 11 à 70…

L’artiste contemporain met ainsi en lumière la plus grande crise que traverse l’Humanité depuis la Seconde Guerre mondiale : plus de 65 millions de personnes ont quitté leur pays dont elles étaient originaires pour aller se réfugier ailleurs.

L’homme de 60 ans nous immerge dans la dure réalité, et nous fait découvrir la vie de réfugiés du monde : des débarquements en Grèce en passant par la jungle de Calais ou encore la frontière macédonienne, Ai Weiwei s’est rendu avec son équipe dans vingt-trois pays différents et nous dévoile un reportage inédit et sensibilisant.

Le réalisateur n’hésite pas à se montrer à l’image, s’immisçant dans le quotidien de ces migrants, échangeant un sourire, un soutien moral. Cette façon de s’exposer face aux plus démunis peut paraître un peu narcissique, perverse, mais il n’en est rien.

Une scène particulièrement marquante se déroule en Irak : un corps en putréfaction et un ciel noirci par des champs de pétrole qui brûlent provoquent une vision d’enfer, abyssale et irréaliste. Quelques instants plus tard, une vache avec la peau sur les os essaye d’avancer à travers une rue dévastée et déserte. Et cette scène mémorable nous rappelle qui sont les réelles victimes, touchées par une guerre qui n’est pas la leur : humains, animaux et nature.

Avec une musique quasi-inexistante, Ai Weiwei lève le rideau sur des témoignages aux origines multiples : migrants, personnages politiques ou encore responsables d’ONG nous prennent à parti et nous alarment sur une situation qui risque d’empirer avec la croissance stupéfiante que va connaitre l’Afrique.

Le documentaire possède malheureusement quelques défauts. Le film ne suit pas un rythme très régulier, et n’est pas très bien monté : on passe du Mexique au Liban en quelques instants, sans trop d’explications. Certaines images et scènes sont magnifiques, comme le tout début du long-métrage, lorsque l’on voit la mer Méditerranée, paraissant si paisible. Plans réalisés au drone et travelling apportent également une touche originale à l’écran. Mais d’autres ne sont pas nets, pas bien cadrés et filmés pour la plupart avec un téléphone à la main. Ces petites imperfections forment un tout, et c’est ce qui rend Human Flow fascinant : le documentaire est une œuvre à lui-seul.

A l’heure où certains construisent des murs, Human Flow nous offre des échelles, des chemins vers l’acceptation de l’autre. Il nous rappelle, à travers une vision engagée, que nous sommes tous égaux,  tous liés par une même chose : l’amour fraternel. Les conditions délétères dans lesquelles « vivent » ces personnes, la promiscuité, l’insalubrité et la pensée d’un avenir incertain créées un réel contraste avec nous, européens. Avec vous, lecteur, installé dans votre confortable fauteuil. Vous vous dites que vous ne pouvez rien faire pour eux ? Vous avez tort. Sensibilisez, parlez, engagez-vous et allez voir Human Flow.

Critique réalisée par Armand Paris.

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