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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Little Joe

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 26 Novembre 2019, 07:09am

Little Joe

 

Conformément à sa bande annonce, LITTLE JOE est un mélange de suspens et de science-fiction proposé par la réalisatrice Jessica Hausner. Ce premier long métrage a été présenté lors de la compétition officielle du 72ème festival de Cannes. Lors de cet événement, la comédienne principale, Emily Beecham a remporté le Prix d’interprétation féminine. Sorti en salles le 13 novembre, LITTLE JOE nous passionne, nous embarque dans ses questions humaines, psychologiques, économiques. De son rouge éclatant à sa forme unique, de ses pétales troublants à sa poudre hypnotisante, cette fleur nous fait peur.

 Plus explicitement, Alice, mère célibataire, est une phytogénéticienne chevronnée qui travaille pour une société spécialisée dans le développement de nouvelles espèces de plantes. Elle a conçu une fleur très particulière, rouge vermillon, remarquable tant pour sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. En effet, si on la conserve à la bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante rend son propriétaire heureux. Alice va enfreindre le règlement intérieur de sa société en offrant une de ces fleurs à son fils adolescent, Joe. Ensemble, ils vont la baptiser " Little Joe ". Mais, à mesure que la plante grandit, Alice est saisie de doutes quant à sa création : peut-être que cette plante n’est finalement pas aussi inoffensive que ne le suggère son petit nom. 

 Ce film remplit de suspens entretient un malaise permanent chez le spectateur. En effet, la réalisation est pour moi très intéressante et réussie. Lors des nombreux travellings sur les étendues de fleurs dans la serre, les bandes sonores étranges composées de flûte de pan, d’aboiements de chiens furieux, de percussions interviennent et intensifient cette sensation de malaise. Le spectateur ressent le danger mais ne le perçoit pas explicitement car celui-ci se trouve dans la fleur et non pas dans son apparence.

La fleur rendue stérile par le processus scientifique, cherche à se développer par son pollen. Grâce à sa pollinisation, Little Joe rend les gens heureux mais d’une façon malsaine, c’est-à-dire qu’elle les transforme à l’intérieur mais à l’extérieur, ils restent les mêmes. Ils ont l’impression de jouer leur propre rôle, de s’incarner mais différemment. Ils dépendent de leur fleur, qui libère du pollen à chaque fois qu’ils leur parlent. Plus ils sont heureux, plus ils sont accros et plus ils souhaitent l’expansion de l’espèce. Contaminés par la fleur, les collègues d’Alice se retournent progressivement contre elle. Ils changent sans changer. Son fils Joe devient froid du jour au lendemain sans raison, il s’affirme, il veut s’épanouir, se détacher et grandir. Alice n’arrive pas à se rendre compte assez rapidement du pouvoir qu’exerce sa création sur ses proches qui se retrouvent pris dans le piège de Little Joe.

 Par son rouge intense, la fleur hypnotise ses sujets tout comme les couleurs pastels du décor nous captivent. La majeure partie du drame est tournée au cœur de la fabrication de Little Joe, dans l’entreprise. A l’image de la coiffure et du style rigide d’Alice, les fleurs sont éclairées par les néons, les blouses des scientifiques blanches, le tout forme un visuel glacial, symétrique en parfaite corrélation avec le suspens du scénario.

 Malgré certains plans qui font penser au film Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, comme la scène de l’escalier avec une musique de suspens et la porte qui s’entrouvre, reprit quasiment à l’identique dans ce film (voir lien ci-dessous) ou encore les plans vue de haut pivotants grâce aux caméras des serres qui nous plongent dans l’univers de Little Joe, le scénario était parfois douteux.

Si Emily Beecham, interprétant Alice, a obtenu le prix d’interprétation féminine, on se demande pourquoi elle n’intervient pas plus tôt. En effet, on sait qu’elle est brillante et déterminée dans son métier mais lorsqu’elle est informée par une de ses collègues que la plante dysfonctionne, elle se dit que ce n’est pas possible. Elle ne vérifie pas ses données et se contente de refouler ses doutes. En tant que spectateur, on ne comprend pas ce « laisser-aller » alors qu’autour d’elle tout se dégrade progressivement. Avec réflexion, l’importance de présenter la fleur à la Foire aux fleurs, de récolter des contrats et d’exporter sa création, peut représenter une raison suffisante à Alice pour ne pas agir tout au long du film. On dresse son état psychique grâce à son inaction ; Alice ne vit que pour son travail, elle est influençable, se laisse contaminer et laisse son monde s’effondrer. Penserait-elle avant tout à l’argent que pourrait lui rapporter son œuvre ? Sûrement, toute son équipe de scientifiques ne cherchent que ça aux dépends des conséquences que la fleur a sur la santé d’autrui. Il n’y a plus de réflexion morale mais un triomphe économique.

 Little Joe, une véritable tragédie moderne qui nous interroge sur notre société de paraître. Une société où même les sentiments humains sont assistés, où les fleurs sont manipulées et nous manipulent. Une société avec des intentions superficielles et avant tout dirigée par le pouvoir de l’argent. La nature est contrôlée et le film nous avertit sur les dangers dans la science à ce niveau-là. Quel paradoxe de vouloir créer une fleur qui rend les Hommes heureux alors qu’elle-même ne peut assurer sa reproduction naturellement. 

 

Clémentine Gaultier

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