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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


La fille au bracelet

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 8 Avril 2020, 11:10am

La fille au bracelet

La fille au bracelet, un drame familial et criminel brillant, qui met en valeur les relations ambigües d’une adolescente. Il s’agit du 3ème long métrage de Stéphane Demoustier, sorti en 2019, il dure 96 minutes. Ce film raconte l’histoire de Lise Bataille (Mélissa Guers), une adolescente qui porte un bracelet électronique à la cheville, car elle est suspectée d’avoir tuée sa meilleure amie, Flora Dufour. Deux ans après les faits, le spectateur assiste à son procès en cours d’assises, et ignore si cette dernière est coupable de ce meurtre, ou innocente.

 

L’un des points forts de ce film, c’est que le spectateur assiste au procès comme si il y était un juré. Cela permet de découvrir tous les éléments de l’intrigue, petit à petit, on en apprend davantage sur les circonstances du meurtre. Le film ne contient d’ailleurs aucune scène de flashback, hormis les vidéos prises avec le téléphone de Lise, qui sont diffusées pendant le procès. Grâce à ce choix, le réalisateur sollicite l’imagination du spectateur (en le cadrant tout de même avec des éléments apportés oralement) et laisse libre cours à sa vision des choses. On ne voit d’ailleurs à l’écran que deux des amis de Lise et Flora, lorsqu’ils s’expriment au tribunal, alors qu’il est question d’un bon nombre d’entre eux tout au long du procès.

L’avocate générale (Anaïs Demoustier) est l’un des piliers de ce film. En tant qu’avocate générale, son rôle  est de prouver la culpabilité de Lise, et chacune de ses paroles est un moyen d’asticoter la jeune fille pour la piéger et la faire avouer ce « crime ». Dans le tribunal, l’avocate générale se place à la même hauteur que l’avocate de Lise (Annie Mercier) et plus précisément en face d’elle. Les deux avocates sont donc en oppositions constante, que ce soit en terme visuel ou en terme d’idées. Aucune de ces deux femmes ne se laisse écraser par l’autre, et leur domination varie en fonctions des arguments apportés tout au long du film. Le spectateur se laissera plus facilement convaincre par l’une ou par l’autre, porté par leurs discours et par les preuves. C’est finalement l’avocate de Lise qui finira par « gagner » cette « bataille » orale, puisque Lise sera déclarée innocente. Le choix d’une avocate plutôt âgée pour défendre Lise, et l’autre plutôt jeune pour l’accuser créer un certain contraste : on aurait plutôt tendance à imaginer une femme avec peu d’écart d’âge avec Lise pour la défendre au mieux, puisqu’une femme jeune comprendrait plus facilement ses choix de vie d’adolescente dans cette époque actuelle ou la technologie et l’ouverture d’esprit ne se mélangent parfois pas bien aux yeux des adultes. C’est pourtant une femme plus âgée qui réussira à la défendre encore mieux, et ce choix est symbolique, puisqu’il montre le fossé entre deux générations qui peuvent tout de même se comprendre, malgré les différences d’univers.  Lors de son discours final, l’avocate de Lise conclu en disant que ce procès n’est pas fait pour juger Lise sur ses mœurs  d’adolescente, souvent incompris d’une génération plus ancienne, mais d’essayer de rassembler les preuves pour prouver son innocence ou sa culpabilité. En l’occurrence, les preuves ne permettent pas de la déclarer coupable, elle est donc libérée. Le spectateur prend conscience à ce moment, en même temps que les personnages, que certains arguments ne peuvent en effet pas être retenu contre Lise, parce qu’il s’agit simplement de ses mœurs et de la façon de vivre d’une adolescente du 21ème siècle.

Dans ce long métrage tourné à Nantes, on ne profite pas vraiment de la vue. Les très rares plans de paysages sont des plans de la mer, ou de la maison de la famille Bataille. Tous les autres plans sont des gros plans, et ne montrent en général qu’un seul visage à l’écran. Cela permet de rendre compte au mieux des émotions et des doutes provoqués par cette situation aux personnages. Seul le visage de Lise, reste relativement impassible. Cela peut être frustrant pour le spectateur qui aimerait parfois la voir réagir, s’énerver ou pleurer, mais ce choix du réalisateur s’explique à la fin lorsque Lise prend la parole au tribunal pour la dernière foi et éclate en sanglots. Elle s’est en réalité enfermée dans une bulle antipathique, muée d’une sorte d’indifférence, et c’est à de rares occasions que les gros plans sur son visage nous dévoilent ses émotions qui ressurgissent.

Les parents de Lise, Bruno Bataille (Roschdy Zem) et Céline Bataille (Chiara Mastroianni) sont toujours (ou presque) présents. Ils sont persuadés de l’innocence de Lise, et tentent de la soutenir et de la défendre comme ils peuvent. Jules Bataille (Paul Aïssaoui-Cuvelier), son petit frère est là également, et aide d’une certaine manière sa sœur, en retrouvant dans une vieille boîte à outil l’arme présumée du crime. Il n’est pas au courant de toute cette affaire, un peu écarté du tribunal parce qu’il est trop petit. Cet écart se traduit par les scènes ou on le voit jouer à la balle tout seul, dans le hall d’entrée du tribunal, alors que tout le reste de la famille est en train d’assister au procès de Lise.

La scène de clôture de ce film est très intéressante, parce qu’elle laisse encore une fois semer le doute sur l’innocence ou la culpabilité de Lise. En effet, dès que son bracelet électronique lui est ôté, Lise s’empresse de détacher la chaîne dorée qu’elle porte autour du cou pour se l’attacher à la cheville droite, celle sur laquelle était précédemment fixé le bracelet. Tout en gros plan, cette scène nous montre une Lise détendue, peut-être soulagée, et qui arbore un petit sourire en coin. Chacun peut interpréter cette scène comme bon lui semble, et le spectateur est maintenu dans sa position de juré, comme tout au long du film. On ne sait pas si Lise est coupable ou non, et cela le rend d’autant plus réaliste, comme si en étant spectateur de ce film, il était spectateur d’un réel procès, et seule son opinion amenée à évoluer au cours du film peut véritablement faire pencher la balance. Le réalisateur déclare à ce propos « Chacun à la liberté d'investir cette histoire comme il l'entend, moi, je n'impose rien ».

Pour conclure, ce film amène à réfléchir sur beaucoup de chose, tout en restant divertissant, presque comme un jeu de piste que le spectateur ne peut au final résoudre que par lui-même.

 

Taína Jondeau 1°02

 

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