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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Call me by your Name

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 28 Février 2021, 11:55am

Call me by your Name

            Perdue entre passion et soleil, cette histoire est celle d’un amour entre deux jeunes hommes, le temps d’un été. Écrit par James Ivory, et réalisé par Luca Guadagnino en 2017, il s’agit de l’adaptation cinématographique du roman d’André Aciman, du même titre. L’histoire prend place en Italie du Nord, dans la chaleur de l’été 1983, où nous apparaît la famille Perlman, dont le père Samuel Perlman (Michael Stuhlbarg) est un éminent archéologue Américain, et la mère Annella Perlman (Amira Casar) est une traductrice franco-italienne polyglotte. En vacances dans leur maison secondaire, ils accueillent pendant un mois Oliver (Armie Hammer), un doctorant en archéologie, venu pour assister le professeur Perlman dans ses recherches. Très vite, une attraction entre ce jeune Américain type et le fils des Perlman, Elio (Timothée Chalamet), va produire des étincelles. Cependant, malgré une attirance réciproque, les deux jeunes gens ne cessent de se repousser et de se séduire mutuellement.

Les premières minutes suffisent à installer l’ambiance générale du film. L’endroit presque paradisiaque où se déroule l’intrigue est d’une beauté sans pareil, et est un cadre idéal pour mettre en scène cette romance naissante. Composé de plans simples mais soignés, toujours lumineux, la palette de couleurs utilisée est plutôt pastel, pour rappeler l’époque pendant laquelle se déroule l’histoire. Grâce à une lumière blanche plutôt que jaune, la chaleur de l’été Italien se ressent sans devenir oppressante, ni violente, et l’image garde ainsi une certaine fraîcheur. Les quelques fondus enchaînés présents nous emportent dans la continuité des évènements, et nous font ainsi comprendre que les scènes se suivent de près. A l’inverse, les cuts plus longs signifient une ellipse temporelle pus longue.

Filmé avec une seule caméra, le spectateur se retrouve immergé dans le quotidien des protagonistes, comme s’il s’immisçait discrètement dans cette petite famille. Une scène assez étrange nous montre d’ailleurs Elio en train de sentir l’un des shorts d’Oliver, dans une position particulière, le genre de chose que les gens font lorsqu’ils sont seuls, et certains que personne ne les surprendra. Cela nous donne l’impression d’observer la scène sans y avoir été invité, comme une intrusion dans l’intimité d’Elio, et nous lie en quelque sorte avec ce personnage. La performance de Timothée Chalamet est d’ailleurs remarquable, se mouvant avec aisance entre l’ardeur d’un adolescent amoureux, la sensibilité naïve puis sensuelle, ou encore les désarrois d’un cœur brisé.

 

Bien qu’étant l’adaptation d’une œuvre littéraire, ce film contient peu de dialogues, et la majorité des actions passe par l’image. Elio et Oliver vivent leur attraction avant de la définir, et ce jeu de séduction passant par le regard autant que par l’attitude est filmé avec une très grande justesse. Pleins de petits détails nous montrent le rapprochement des deux individus, des contacts physiques légers lors de baignades, ou des contacts visuels un peu plus intenses qu’à l’accoutumé. Par exemple, la scène où les deux amoureux se retrouvent sur le balcon à minuit, sans échanger un mot, montre cependant des gros plans sur leurs mains qui se touchent, puis leur pieds, ils se câlinent, ne cessent de se prendre dans les bras et de s’embrasser. De plus, la plus part de leur déclarations sont faites indirectement, de manière détournée, en passant par exemple par un conte allemand que la mère d’Elio lui lit un soir d’orage, et qui contient cette phrase « Est-ce qu’il vaut mieux parler ou mourir ? ». Elio prend alors conscience qu’il vaut mieux essayer que laisser passer sa chance. Les discussions entre Elio et Oliver sont assez incompréhensibles, parce qu’ils n’osent jamais aborder le sujet de leur attirance de manière claire. Cela donne donc des dialogues particuliers, assez frustrants parce qu’aucun d’entre eux ne formule leurs réelles pensées,  mais tout à fait réalistes, voire amusants, parce que l’on s’y retrouve avec délice.

Ce long-métrage aborde avec justesse la question de l’homosexualité dans les années 1990. Tout en ne pouvant réprimer leur attirance mutuelle, Elio et Oliver se trouvent l’un à cause de l’autre face à une acceptation plus ou moins aisée d’eux-mêmes. Pas encore très bien perçue par la société, notamment dans ce milieu plutôt bourgeois, le spectateur comprend tout de même que cela n’est pas considéré comme un problème par les parents d’Elio, lorsque ces derniers reçoivent à dîner deux de leurs vieux amis, un couple gay. Cette incertitude à s’affirmer se ressent tout au long du film, même après avoir admis cette attirance pour l’autre, surtout pour Elio, le plus jeune, qui ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Une scène en particulier nous montre encore toutes les questions que ce dernier se pose, lorsqu’il demande à Oliver s’il n’est pas « un malade », et qu’Oliver tente de lui faire comprendre de manière un peu brutale que ce n’est pas grave. Elio se met alors à pleurer, dans les bras d’Oliver, qui le réconforte. Les larmes d’Elio à la fin de cette scène nous montrent aussi que l’un de ses remparts mentaux qui le protégeait de la souffrance vient de s’effondrer, et qu’il dépose pour ainsi dire les armes face à Oliver en lui confiant son amour.

Les images sont accompagnées à merveille par de douces mélodies signés Sufjan Stevens, comme le titre Futile Devices, ou le plus triste Mystery of Love, et alterné avec des musiques plus actuelles, comme le titre Love my Way des The Psychedelic Furs, pendant la scène du bal. Le tout rend un contraste intéressant, qui dépeint à la fois toute la poésie et la délicatesse de ce film, en même temps que son aspect éphémère.

L’inversion des rôles est l’un des points phare de ce film. En effet, Oliver est dès le départ montré comme l’archétype de l’Américain sûr de lui, un brin arrogant, incapable de manger un œuf à la coque sans l’écrabouiller. Cependant, c’est bel et bien Elio qui semble prendre les devants dans cette relation. C’est lui qui demande par des phrases détournées et de petits gestes à Oliver de l’embrasser, et c’est aussi lui, comme nous l’avons vu précédemment, qui pousse la discussion, bien que celle-ci soit assez décousue. C’est lui qui exprime en premier ce qu’il veut, et c’est lui qui semble à première vue désirer le plus, par exemple lorsqu’ils s’embrassent pour la première fois, Oliver est obligé de se montrer ferme pour qu’Elio arrête de l’embrasser.

De nombreuses figures font offices de métaphores dans ce film. Tout d’abord, le lien direct établi entre les statues antiques grecques représentant de jeunes hommes nus permet une certaine sacralisation du corps, et surtout du désir. Le Professeur Perlman fait d’ailleurs un cours à ce propos à Oliver, et conclu par cette phrase : « comme s’ils nous mettaient au défis de les désirer ». Le regard désappointé du jeune homme à ce moment-là nous confirme que cela lui fait inévitablement penser à Elio. L’autre objet le plus représenté est bien entendu la pêche, qui fait dès le départ démarrer un débat sur l’origine et la signification de son nom. Elle est présente tout au long du film, et c’est un élément métaphorique qui représente l’acceptation de l’homosexualité (ou de la bisexualité) d’Elio. C’est un fruit sucré, qui pousse en été, et le jardin de la maison est rempli de pêchers. Cela n’est pas un hasard si ce fruit a été choisi pour marquer le lien entre Oliver et Elio. La scène assez sensuelle et délicate, pendant laquelle Elio se trouve dans le grenier, et se sert de ce fruit comme réceptacle de son plaisir, est surprenante à première vue, mais finalement logique. Elle représente les envies quasi bestiales d’Elio, sa frustration quant à l’objet de son désir qui lui parait tantôt distant et inatteignable, tantôt joueur et intéressé. Il s’agît d’un pont entre Oliver et lui, le « fruit défendu » qui les unit dans leur désir commun, et leur permet de se lier vraiment de manière unique dans leur amour, qui était jusqu’à présent plutôt ambivalent.

 

Ce petit bijou cinématographique est d’une délicatesse contagieuse, et va vous faire attendre l’été avec impatience. Il s’agît véritablement, pour qui saura l’apprécier, d’une ode à l’amour, et donc plus largement à la vie, qui peut se résumer parfaitement par une phrase de son père adressé à Elio «  la manière dont tu vis ne regarde que toi, et nos cœurs, et nos corps, ne nous sont donnés qu’une fois. »

 

                                                                                                          Taína Jondeau

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