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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Peur de rien

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 26 Février 2021, 22:30pm

Catégories : #Drame, #Film sociale

Peur de rien est un film frais et intense bien que manquant parfois un peu de nuances, dépeignant le quotidien du jeune libanaise à Paris durant les années 90.

 

Peur de Rien est le quatrième long métrage de Danielle Arbid, il raconte la quête de liberté de Lina, incarnée par Manal Issa. Fuyant son Liban natal puis son oncle elle va se débrouiller pour survivre puis vivre, comme elle l’entend. L’angoisse de pouvoir rester en France et d’obtenir des papiers la poursuit la menant inévitablement à des enjeux politiques, matérialisés par différents personnages. Au gré des rencontres et des obstacles la jeune femme s’émancipe alors et construit ses idées.

 

Le début du film, avant même que le titre apparaisse, une scène violente avec son oncle (Waleed Zuaiter), nous annonce une problématique forte liée aux hommes. Lina décide alors de quitter le foyer de son oncle et sa tante, ses seuls repères en France, pour échapper aux agressions sexuelles de son oncle. En fuyant celle-ci n’emporte que sa veste à la volée. Le plan la montrant seule courant vers nous dans une ruelle sombre et entourée de bâtiments de chaque coté nous montre qu’elle n’a pas le choix, elle doit fuir, vers une seule direction: Paris. Le plan suivant est rapproché sur son visage, très pâle, qui s’oppose à la nuit noire; ses yeux écarquillés sont aux aguets d’un potentiel danger, représenté par d’inquiétants aboiements. Le fondu au noir représente la descente vers une nouvelle vie de galère.

La deuxième personne avec qui on l’a voit dialoguer est le serveur du premier café (Damien Chapelle) ou elle se pose, arrivée à Paris, notamment pour nettoyer le sang sur sa main. Celui ci l’aborde de manière insistante alors qu’elle lui fait comprendre qu’elle ne veut pas parler avec lui. Le serveur est debout, derrière elle, filmé en contre plongée. A contrario la jeune femme est assise, filmée de dos en contre plongée, ce qui appui très nettement la supériorité dans laquelle l’homme se croit, le sentiment de prédateur derrière sa proie.

 

C’est en volant le portefeuille de sa voisine d’amphi puis en lui rapportant qu’elle trouvera son premier hébergement et sa première amie. Cette scène est une leçon de morale classique, l’honnêteté apporte plus que le vol. Cette amie, Antonia, jouée par Clara Ponsot, lui permettra de trouver un travail, l’emmènera dans ses premières soirées parisiennes. Malheureusement un soir elle ne pourra pas dormir chez elle.

Elle passera alors une nuit dans un foyer pour femmes hostile où elle ne se sent pas à sa place, sensation appuyée par des couleurs froides et beaucoup de bruits, de vaisselles ou de conversations dont elle ne fait pas partie. Elle se retrouvera alors contrainte de retourner chez son oncle qui viendra la chercher aux foyer pour femmes. A son arrivée un gros plan est fait sur sa main à laquelle pend une grosse montre en or, trop grande, comme trop prestigieuse pour l’homme répugnant qu’il est. En arrivant chez eux sa tante entame une grande leçon de morale, victimisant l’oncle « qui n’a pas que ça à faire de la chercher » et accusant Lina. Ce retournement de la situation par la tante fait froid dans le dos au spectateur qui ne peut s’empêcher de ressentir l’injustice de la situation. La jeune femme quitte donc définitivement ce foyer toxique en expliquant à sa tante qu’elle est libre.

 

Débute alors sa première « histoire d’amour » si l’on peut la nommer ainsi tant elle est toxique. Lorsqu’elle rencontre Jean-Marc, interprété par Paul Hamy, celui-ci l’aborde de manière lourde et non sollicitée, dans une boite de nuit. Malgré tout elle lui sourit et se présente, le lendemain elle reçoit un bouquet de fleur de sa part puis il l’invite dans un restaurant de luxe. Tout au long de leur relation Jean-Marc est toujours très avenant parfois agressif et directif et l’on peine à comprendre si Lina est toujours vraiment d’accord avec ce qu’il se passe, notamment la première fois qu’ils font l’amour. La scène est filmée de manière à ce qu’on ne voit pas si c’est elle qui se jette sur lui pour l’embrasser ou si c’est lui qui la tire. Il est très directif dans ses paroles et dans ses gestes, elle semble apeurée et tenter de s’échapper en détournant le regard. Il est au dessus d’elle ce qui appui le fait qu’il décide, cette scène est, à mon sens, dur à regarder.

Au cours de ces deux suivantes relations amoureuses on pourra voir une évolution de qualités de celles-ci mais aussi de ses idéologies et de son intégration en France.

 

En effet ce film expose deux idéologies opposées : extrême-droite et extrême gauche. Lina sera confrontée à ces deux idéologies par le biais de rencontres à la fac.

Alors qu’elle se retrouve sans logement elle sera hébergée dans une sous-location par son amie Victoire, royaliste (India Hair) et son copain Arnaud, un skinhead (Bastien Bouillon). Ce qui sera d’ailleurs ironisé par son copain de l’époque, le fait que sa «seule amie à la fac c’est une faf» ironie pour une personne étrangère, sans papier et non-blanche.

Un jour où elle étudie à la bibliothèque universitaire, un jeune homme vient interrompre une syndicaliste qui explique avec insistance à Lina les ravages du capitalisme bien que cette dernière ai signifié que cela ne l’intéressait pas. Rafaël, interprété par Vincent Lacoste, sera alors le premier de ses copains à adresser la parole à Lina de manière respectueuse. Ce jeune journaliste communiste emmènera Lina avec lui dans sa lutte où ils se feront tabasser par des militants d’extrêmes droites devant les locaux de leur journal.

Cette scène violente l’est au sens physique mais aussi au sens moral, ses deux mondes se confrontent.

Dans ces deux milieux un phénomène étrange se produit. Pour l’extrême droite comme pour l’extrême gauche les papiers et les personnes qui n’en n’ont pas sont un enjeu majeur. Pourtant les royalistes lui viennent en aide tout en tenant des propos racistes. Les communistes, comme la syndicaliste de la B.U, eux, ne semblent pas prendre la mesure de la potentielle expulsion du personnage principal. Ce sujet est en fait abordé mais pas réellement creusé.

 

L’actrice principale donne une réelle énergie à ce film, son jeu expressif mais pas surjoué paraît naturel. L’actrice de sa professeure de fac, Dominique Blanc, ainsi que son personnage sont également un souffle dans cette histoire. En effet Madame Gagnebin est une réelle alliée de Lina au sein de la fac où elle est très respectée. Le jeu de cette actrice, bien qu’elle ne soit pas principale, est très juste et elle apporte réellement toute la bienveillance à son personnage.

 

Ce film agréable à regarder n’oublie pas les enjeux de son époque et aborde justement plusieurs facettes d’une vie bien qu’il peine parfois à approfondir certains sujets.

 

Zoé, terminale 02

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