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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


« Adieu les cons »

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 1 Juin 2021, 22:50pm

« Adieu les cons »

            Une magnifique aventure déjantée, qui relie avec humour des drames passés et présents. Septième film du réalisateur Albert Dupontel, et co-écrit par Xavier Nemo, « Adieu les cons » est sans doute un incontournable de cette année. Il s’agit d’une comédie romantique et dramatique, qui raconte les déboires de trois personnages brutalement écartés du « troupeau social », par un fait divers de leur vie, qui bouleversera à jamais leurs existences.

Lorsque Suze Trappet (Virginie Efira), quarante-trois ans, apprend qu’elle est gravement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a eu alors qu’elle n’était âgée que de 15ans, et qu’elle a été forcée d’abandonner sous la pression de ses parents. Elle va alors croiser la route de Jean Baptiste Cuchas dit JB (interprété par Albert Dupontel lui-même), un informaticien en plein burn-out, et de Monsieur Blin (Nicolas Marié), un archiviste aveugle de nature joviale, phobique de la police. Les voilà alors engagés dans une quête effrénée, autant physique que morale, qui va leur permettre de se trouver eux-mêmes pour la première fois de leur vie.

« Adieu les cons » est tout d’abord un film très esthétique, non seulement grâce à la qualité et l’originalité des plans proposés, mais aussi par le travail de la lumière et des couleurs. L’ambiance est assez chaude, avec des éclairages la plus part du temps jaune-orangé. Le rouge est d’ailleurs mis à l’honneur, notamment avec le pull de Suze et ses chaussures à talons hauts parfaitement accordés, et est rappelé régulièrement par des petits détails, tels que des coquelicots, ou des panneaux de signalisation par exemple. Madame Lint (Catherine Davenier) la femme du docteur Lint (Jackie Berroyer), porte également un gilet rouge, ce qui fait qu’on l’associe avec le personnage de Suze. La lumière étant assez iréelle, on a souvent du mal à se repérer et dans le temps et dans l’espace, ela forme un sorte e bulle temporelle propre à ce film. Les dernières scènes se déroulent la nuit, et malgré un bon éclaire, il est encore plus difficile de savoir où les personnages se trouvent géographiquement.

Les mouvements de caméra, et leur dynamisme propre à Albert Dupontel se retrouve dans la majorité de ses films, mais « Adieu les cons » propose encore davantage de nouveauté, au niveau des transitions, grâce à des effets spéciaux et des moyens employés pour créer des prises de vues uniques : la scène dans laquelle Suze et M.Blin sont dans des escaliers en colimaçon, la caméra va tourner autour des escaliers pour les suivre en train de courir et ainsi donner l’impression qu’ils montent à l’infini. De même, la scène durant laquelle les policiers s’appellent à la chaîne pour se tenir informé de la catastrophe provoqué accidentellement par JB, est constitué de telle sorte que la caméra tourne autour d’une personne qui change à chaque tour, pour montrer le nombre de personnes impliqués dans l’affaire. Le chef opérateur, Alexis Kavyrchine a d’ailleurs le prix de la meilleure photographie aux Césars 2021. Le prix du meilleur scénario et celui de la meilleure réalisation ont également récompensé ce film.

Ce long métrage adresse une critique à notre société, comme la plus part des films d’Albert Dupontel. Il  traite avec son humour noir habituel et ses personnages marginaux et décalés, les déviances que cause la société et ses conséquences, des plus légères aux plus graves, en passant par des sujets tabous tel que le suicide. En effet, les incompétences administratives, ou encore les dérives policières qui font polémique en ce moment y sont traités sans filtre, et paraissent mêmes parfois disproportionnées. Ne serait-ce que dans la première scène, le médecin qui annonce à Suze qu’elle a une maladie mortelle et incurable, fait une comparaison entre sa maladie et une erreur policière : « c’est comme la police quand elle se trompe, ça fait des dégâts ». Le thème de cette phrase rejoint donc l’histoire principale du film, puisqu’il s’agît en quelque sorte d’une course poursuite avec les autorités, qui pensent que JB est un terroriste, ou monsieur Blin qui est devenus aveugle suite à une erreur policière. Les inspecteurs sont d’ailleurs montrés comme des personnages un peu idiots, pas méchants, mais relativement incompétents et désordonnés. Ils s’emballent directement après l’accident provoqué par JB, et vont même jusqu’à appeler le ministre pour cette affaire dont ils ne savent pas grand-chose. Lors de la scène finale, ils sont tous en positions d’attaque face à Suze et JB, mais crient tous de manière aléatoire sans respecter de règles ou de protocoles. Le commissaire qui discute avec le patron de JB au début est éclairé en clair-obscur, à la manière d’un malfrat dans les grands films américains. Son visage fin, ses grands yeux écarquillés, ses talents d’orateurs et sa manière de détourner chaque fait au détriment de JB en font l’archétype du méchant. Cela donne un effet comique, puisque bien entendu, JB n’avait rien contre Monsieur Dupuis, qu’il a accidentellement blessé en voulant se suicider.

Le temps est également un élément crucial dans ce film. En effet, le passé de Suze, qu’elle pensait avoir enterré refait surface au moment où elle apprend qu’elle va mourir bientôt. Toutes les péripéties sont alors basées sur ses regrets, son envie de retrouver l’enfant qu’elle a abandonné au plus vite, et de combler ce « manque ». Elle voit d’ailleurs régulièrement son « moi » adolescente, qui symbolise ses regrets, et qui semble lui reprocher quelque chose. Elle explique comment elle se sent dans un long monologue avec elle-même, elle met enfin des mots sur sa sensibilité. Le personnage de Monsieur Blin est aussi ancré dans le passé, non seulement à cause de ses traumatismes qui ont des répercussions sur sa vie actuelle, mais surtout parce qu’il ne voit pas les changements. Il ne peut pas se rendre compte des modifications physiques des choses. Cela est en particulier touchant lors d’une scène dans laquelle il décrit une rue à Suze, alors qu’ils sont en voiture. La rue est bien celle qu’il décrit, mais elle a changé, et un parc pour enfant a par exemple été remplacé par un grand centre commercial. Cela, monsieur Blin ne peut pas le voir, et Suze se garde bien de le lui dire, parce qu’elle semble infiniment émue par la délicatesse avec laquelle ce dernier parle de cette petite rue qu’il semble bien avoir connu. De même, la scène dans laquelle Monsieur Blin demande à Suze et à JB s’il peut les « dévisager » est d’une infinie douceur. Grace à son sens du toucher, il se rend compte des formes du visage de ses deux compagnons, et se permet même quelques blagues sur leur âges. Monsieur Blin a perdu la vue, mais pas la mémoire, ni le toucher. Il est l’inverse du docteur Lint, qui lui ne se souvient de rien à cause d’Alzheimer, mais qui arrive à reconnaître sa femme grâce à des photos d’elle qu’il a prises avec lui. Leurs traumatismes passés qui ont changé leurs manières de vivre sont dont comblés par d’autres  rencontres qui leurs permettent de se retrouver avec eux-mêmes.

Les personnages apprennent d’ailleurs au fils du film à se connaître, à se trouver, même à s’aimer. Ils apprennent petit à petit à montrer leurs sentiments intérieurs, en particulier le personnage de JB, qui est au départ très discret socialement, comme on peut le voir au début : il a très peu de rapports sociaux, et est mal à l’aise avec les gens. Puis au cours du film, il se délie, s’accepte en même temps qu’il accepte d’aider Suze, pour finir par lui déclarer son amour. M. Blin aussi fini par vaincre sa phobie de la police, grâce à sa rencontre avec Suze et à ses multiples péripéties. Albert Dupontel dit à ce sujet que le message « d’Adieu les cons » porte sur « la difficulté de s’aimer dans un monde répressif et anxiogène ». Il essaye à travers des métaphores de montrer l’émancipation de ses personnages face à ce qu’il qualifie de « troupeau social ». Suze veut vivre, mais elle ne peut pas, et JB peux vivre, mais il ne veut pas. C’est cette contradiction qui va finalement les lier et les faire prendre conscience de leurs situations. La scène ou Suze réussi enfin à parler avec son fils Adrien (Bastien Ughetto) est l’une de celle qui exprime le mieux cela. Suze dis à son fils qu’il ne faut pas voir peur de dire aux gens à qui l’on tient ce que l’on pense, et malgré ce thème assez classique et déjà abordé dans de nombreux films, ses mots restent touchants et sublimes. Virginie Efira porte à merveille son rôle, et transmet beaucoup d’émotion avec cette scène. Elle est assise sur un banc, devant l’immense immeuble dans lequel est coincé Adrien, et elle lui parle pour la première fois, émue aux larmes, alors que tous les gens autour d’elle sont sur leurs smartphones en train de filmer l’immeuble. Cette image est très forte dans sa symbolique, puisqu’elle permet de dénoncer aussi les excès de l’ère du numérique, et cette incapacité à se détacher des écrans. Une autre scène vient consolider cette vision, celle du métro, lorsque Suze JB et M.Blin suivent Adrien. Ils sont tous les trois en train de le regarder (sauf M.Blin) avec la tête redressée, alors que le reste des gens présents dans le métro sont courbé, la tête vers le bas et restent sur leurs smartphones.

La musique utilisée à une place importante. En plus de rythmer, elle donne une âme et un thème à chaque scène. Les musiques plus douces et mélancoliques sont privilégiées dans les moments sentimentaux, ce qui contraste avec les musiques à suspens dans les moments de fuite. Cependant, la mélodie que nous retiendrons tous, et qui symbolise le passé dans ce film, est celle de « Mala Vida », célèbre chanson du groupe Mano Negra. Elle n’est utilisée que peu de fois dans le film, mais c’est pourtant l’une des plus reconnaissables et symbolique du film. A la fois entraînante dans son rythme, elle est aussi et triste dans ses paroles.

L’humour d’Albert Dupontel dans ce film est comme toujours un humour souvent noir, parfois un peu grinçant. Il n’hésite pas à plaisanter sur des sujets graves, comme par exemple la tentative de suicide de JB. Il se rate magnifiquement, et même si la scène en elle-même n’est pas toujours drôle dans sa globalité, la situation absolument incongrue reste amusante. De nombreux comiques de gestes, de situation et de répétition sont également présent. De fait, M.Blin qui est aveugle, et également phobique de la police est un personnage parfait pour les scènes amusantes. Il se prend les pieds dans des objets, demande sans arrêt ce qu’il se passe, et n’hésite pas à tenter de conduire une voiture lorsqu’un autre homme le menace d’appeler la police.

Les apparitions brèves mais amusantes de Grégoire Ludig et David Marsais, les deux membres du Palmashow, et de Kyan Kojandi, apportent de la nouveauté, dans le sens ou le réalisateur choisis de faire apparaître la nouvelle génération à l’écran au moins un petit peu. Sans doute que les plus jeunes ont été ravis de voir apparaître ces trois-là, même quelques minutes à l’écran, surtout dans ces petits rôles amusants qui leur correspondent bien.

 

Pour conclure, « Adieu les cons » est encore un chef d’œuvre de plus du talentueux Albert Dupontel. Bien que l’on retrouve toujours cet aspect rocambolesque et décousu que l’on peut retrouver dans « Bernie », ou encore « neuf mois fermes »,  ce nouveau long métrage est sans doute plus sensible et plus doux, grâce à cette dimension romantique qui n’est pas aussi centrale dans les précédents. Il parle de mort avec beaucoup de vie, et de tristesse avec beaucoup d’amour. Ce film peut être apprécié par tous, et le seul moyen de savoir si cette sensibilité particulière vous touchera, c’est de le voir !

 

Taína Jondeau

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