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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Amin

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 1 Juin 2021, 23:38pm

Catégories : #romance, #Film sociale, #Drame

Trois ans après "Fatima", portrait d’une mère musulmane, très apprécié par la presse comme par les spectateurs Philippe Faucon s’intéresse à nouveau à ceux qui ont quitté leur pays natal pour gagner leur vie et qui ont laissé leurs familles sur le continent africain.

Réalisé en 2018, le film raconte justement le parcours d’Amin, incarné par Moustapha Mbengue, venu du Sénégal pour travailler en France dans le bâtiment afin d’envoyer de l’argent à sa famille restée au pays. Durant un chantier Amin rencontre une infirmière séparée de son mari nommée Gabrielle, jouée par Emmanuelle Devos, c’est alors le début d’une histoire d’amour.

 

Le film s’ouvre sur des plans d’ouvriers en action, un par un, en plan italien puis tous ensemble, au portique de la pointeuse. Avant même que le titre apparaisse Abdellaziz, interprété par Nourredine Benallouche, un ouvrier qu’on suivra en parallèle au long du film émet une critique du système français : « En France qui a de l’argent s’amuse, qui n’en n’a pas ne s’amuse pas. » Le titre apparaît alors : Amin, c’est lui qu’on va particulièrement suivre parmi tous ces ouvriers.

On apprend qu’il rentre demain au Sénégal et, le plan suivant, de part les couleurs de sa chambre nous montre ses deux attaches, ses deux mondes, la majorité de l’espace est bleu, son mur, sa couette mais les photos sur son mur, provenant du Sénégal sont plutôt jaune, orange tout comme son plaid. De manière synthétique, la France est bleue et le Sénégal jaune, comme tous les plans qui y seront filmés.

Avant de partir Amin prends soin de tenir au courant les hommes du foyer avec qui il vit pour qu’il puisse récolter de l’argent pour l’école et la cantine du village. En effet, les hommes qui sont là ne vivent que pour leurs familles, pour leur envoyer de l’argent. Cet aspect est souligné à plusieurs reprises, par des réflexions courtes comme lorsque le plus jeune ouvrier et Abdellaziz doivent se faire passer des parpaings d’un toit à une fenêtre. Leur propos est appuyé par un plan où la caméra les suit dans leur lourde tâche répétitive. Le plus jeune s’énerve donc de ne faire que « travailler et rentrer, travailler et rentrer » tandis qu’Abdellaziz lui demande de se calmer.

En effet celui-ci est très résigné quant à sa condition. Sa fille, née en France, ne l’entend pas ainsi et tente de le faire réagir. Lorsqu’elle s’occupe des papiers pour la retraite de son père elle se rend compte qu’elle sera bien trop maigre par rapport aux efforts qu’il a fourni toute sa vie. Il y a ici un vrai décalage entre la fille qui lui crie dessus « On t’a exploité » et son père qui lui rétorque que « c’est la vie ». Ce décalage est générationnel mais aussi d’origine, on comprend que les conditions de vie de ces travailleurs ne sont acceptées que par des immigrés payés au black. Celui-ci a des attaches en France comme sa fille et sa petite-fille, qui comme lui joue de la flûte, symbole d’une transmission de culture. Néanmoins il a un besoin fort de retourné chez lui, au Maroc. On comprend cette nostalgie et ce besoin puissant lors d’une très jolie scène où, dans sa chambre, avec une lumière claire et presque brumeuse, il joue un air planant de flûte au nom de sa femme qu’il a écrit sur la poussière de la fenêtre.

 

Les deux vies d’Amin sont deux femmes, sa femme, Aïcha, incarnée par Marème N’Diaye, avec qui il a des enfants au Sénégal et Gabrielle avec qui il entretient une liaison. Gabrielle présente un important point commun avec lui : leur partenaire ou ex-partenaire utilise les enfants pour les faire culpabiliser. De la sorte leurs histoires se répercutant elles enrichissent la compréhension de la difficulté d’être parent pour le spectateur et les rapprochent en tant que personnage. De même la similitude dans la manière dont ils sont perçus dans leur métier peu reconnus que ce soit ouvrier et infirmière les rapproche à nouveau.

Le film ne contient aucune musique hormis celle jouée à l’écran comme la flûte, un poste de radio ou au bar. Elle n’est alors présente que lors des moments joyeux ou mélancolique mais jamais triste ou énervé. En effet les moments de tensions sont représentés par un face-à-face net dans le positionnement des personnages où le protagoniste « supérieur » durant la scène est placé au dessus. Par exemple lorsque Célia la fille de Gabrielle lui explique qu’elle ne comprend pas, qu’Amin a une famille, qu’elle ne devrait pas entretenir de relation avec lui la mère et la fille sont assises dans l’escalier, Célia au-dessus de sa mère. Les gros plans permettent de percevoir très justement les émotions des personnages, surtout quand il s’agit de la peine ou de l’inquiétude qui est transmise très naturellement. De part la simplicité des dialogues et parfois même la frugalité de ceux-ci notamment ceux d’Amin, les acteurs n’avaient d’autres choix que d’êtres bons pour que le film fonctionne. C’est le cas ! En effet, les dialogues sont simples mais les émotions que les acteurs et actrices nous font parvenir sont complexes. Notamment la nostalgie du pays accompagné de la culpabilité pour Amin. L’actrice d’Aïcha, la femme d’Amin incarne également très bien son rôle.

Les couleurs sont à l’image du film, pures et douces, elles ne font pas de vagues mais se nuancent tout de même selon les situations. Effectivement bien que les couleurs soient toujours plutôt claires et douces l’environnement plus chaud du Sénégal ainsi que les embrouilles qu’il s’y passe se déroule dans une lumière plus accentuée.

Philippe Faucon a su se saisir du sujet de société que sont les conditions de vie des travailleurs immigrés loin de leurs familles pour en faire une histoire en croisant d’autres, mais avec seulement quelques personnages ce qui nous permet de ressentir de l’empathie plutôt que de la pitié. En effet ce film ne semble pas vouloir «  ayons pitié » mais il invite plutôt à comprendre la diversité des problématiques vécues par les travailleurs immigrés tout en critiquant un système français au biais parfois racistes.

Zoé, Terminale 

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