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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Vol au-dessus d'un nid de coucou

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 1 Juin 2021, 18:55pm

Catégories : #Comédie dramatique, #Film sociale, #psychologie

Vol au-dessus d'un nid de coucou

Dans cet article on jette un oeil sur l'une des pièces maîtresse de la filmographie de Miloš Forman à savoir " Vol au-dessus d'un nid de coucou". Le réalisateur Miloš Forman à qui l'on doit Amadeus (1984) et Man on the Moon (1999) sort ce film en 1975 avec un casting regroupant la crème des acteurs émergents comme Christopher Lloyd, Danny DeVito, Vincent Schiavelli ou encore Scatman Crothers et puis évidemment les deux fauves se faisant face dans l'arène : Jack Nicholson et Louise Fletcher. Son succès est tel qu'il est primé aux Oscars par 5 titres dont un pour meilleur film ainsi que 6 Goldens Globes.

Alors que McMurphy (Jack Nicholson) est condamné à la prison après accusation de viol sur mineure, il parvient in extremis à se faire interner en hôpital psychiatrique pour éviter le trou. Durant son séjour d'évaluation de sa santé mentale, McMurphy va faire la connaissance de tous les patients de son pavillon et assisté avec dégoût à la sous et la maltraitance avec laquelle l'infirmière en chef Mildred Ratched (Louise Fletcher) dirige ses patients. Très vite, McMurphy s'opposera aux méthodes restrictives et répressives de l'infirmière pour garantir la liberté de ses "copains" comme il les appelle. Progressivement les patients retrouvent leur humanité qu'on leur avait volé et désobéissent enfin à la sadique Mildred Ratched dans l'espoir de s'évader de l'hôpital. 

Le film rend compte visiblement de ce qui se trame en hôpital psychiatrique à l'époque. Les patients sont pour la plupart du temps délaissés et déshumanisés car considérés comme invalides. On le voit très bien dans les plans du film où la partie des patients est délimitée avec celle du personnel : des plans d'ensemble qui séparent les activités des patients complètement délaissés, végétatif ,celles du groupe de McMurphy et celles du personnel qui fait tout autre chose que d'occuper les patients. Car en effet, le sous texte du film veut bien nous représenter une prison immaculée où les patients sont détenus et laissés à eux-mêmes entre des murs, des grillages, des barbelés, et confinés dans une zone insécurisée même à l'extérieur du bâtiment. Les angles de prise de vue latéraux et les plans américains renforcent encore l'aspect claustro de l'asile ainsi que l'étroitesse dans laquelle les personnages s'efforcent d'évoluer. Cette instance carcérale qu'on veut nous démontrer est bien plus agressive, impitoyable et restrictive que celle de la prison. Une instance fondée par le personnage ignoble de Mildred Ratched qui semble avoir un impact colossale sur toute chose.

En vérité, tout cet inconfort et ce tourment ressenti par le spectateur est en parti causé par l'enfer Ratched qui vient terroriser et réduire à néant les relations et le libre arbitre des patients. Par miracle le guide McMurphy ,homme aspirant à vivre comme bon lui semble et surtout sans prendre en compte le règlement, fait son entrée. Bien qu'il soit reconnu coupable de son crime au début du film, tout porte à croire que McMurphy est un anti-héros certainement peu recommandable voire nuisible pour lui et son entourage, seulement on ne peut que constater qu'il est bien plus altruiste et humain qu'un bon nombre de personnes. C'est pour cela que ces personnages sont deux piliers : la sévérité et la cruauté de l'infirmière divergent avec l'impulsivité et la bienfaisance du voyou (même leurs traits de caractère divergent avec leur personnage respectif).

Nicholson, foutu charisme

D'autre part encore, les liens tissés par McMurphy entre les patients et les tensions provoquées par Ratched sont, de manière significative, filmés distinctivement aux deux personnages. Là où les thérapies avec Ratched sont filmés alternativement en gros plans pour les patients et en plans rapprochés pour Ratched et McMurphy de manière à ce que les plans soit bref   . Les dialogues entre Ratched et McMurphy sont toujours teintés d'opposition et de conflit traduit par l'emploi de prise de vue champ-contrechamp entre les deux comme par exemple dans la scène où il lui fait une première fois face au sujet du volume sonore trop élevé de la musique.  Les moments partagés par la bande des "dingues" que ce soit autour d'une partie de cartes, en vadrouille hors de l'hôpital, en soirée improvisée sont plutôt filmés de sorte à ce qu'il y ait toujours plusieurs personnages à l'image. Ces plans-ci sont allongés et ouverts laissant place à la complicité, au partage et à l'amusement que McMurphy procure sous forme de thérapie aux patients, devenus des compères. Autrement dit, la méthode McMurphienne et la méthode Ratchedienne sont mises en valeur pour discerner laquelle semble la plus appropriée au bien-être des patients à l'échelle du film et de la réalité.

Puisqu'aujourd'hui encore le film interroge et aborde la précarité des hôpitaux psychiatriques et des services hospitaliers. Pensez vous véritablement que le long-métrage compare si bien l'hôpital psychiatrique à une prison en plus dure et plus restrictive sans aucune arrière pensée ? Non. Miloš Forman par le biais du film véhicule et porte le message et la vérité de l'écrivain Ken Kesey, triste spectateur du milieu psychiatrique où il s'est retrouvé. Du livre éponyme, Miloš Forman a eu le rôle d'intermédiaire pour réaliser et rendre hommage à la vie de Ken Kesey et celles de milliers d'autres enchaînés dans l'enceinte des murs psychiatriques. Il raconte le quotidien de personnes en détresse mentale souffler vers le fond par des soignants peu scrupuleux de la misère humaine de ces centres. Et cette personnification de l'enfer se matérialise en Mildred Ratched. Sans trop de surprise on se rend compte au bout du film que Ratched est l'ennemi à abattre, la peste et le choléra. Les patients ne sont pas des patients mais bel et bien des hommes trop ramollis et infantilisés pour s'en sortir et réclamer la liberté. /PANIQUE CA SPOIL/ On comprend de fil en aiguille que chaque patient est là sur demande. Tout comme McMurphy ils sont ici dans l'optique d'échapper au flot de responsabilités qui les attendent dehors, seulement voilà ils acceptent en contrepartie d'être traités comme un ramassis d'incapables, dociles et fainéants menés par une tortionnaire qui use de privations, de menaces, d'électrochocs et de torture mentale quitte à pousser à bout les personnages comme avec Billy (Brad Dourif) en l'encourageant implicitement à se suicider ou aussi en provoquant McMurphy qui finit par craquer en l'étranglant. Ratched présente le penchant malsain et pourri de l'homme, "tu es faible, alors je vais t'exploiter jusqu'à ce que je sois ta maîtresse. Tu te rebelles je te casse les genoux". L'autorité de terreur et de violence exercée est ici ce pourquoi ces patients se sont murés dans le silence et l'acceptation; jusqu'au beau jour où une tête brûlée s'est introduit dans l'enceinte de l'hôpital pour se reprendre en main et vouloir agir de son propre chef. Seulement, McMurphy ne se serait pas bougé sans l'aide du Chef ( Will Sampson) qui en réalité n'a jamais été sourd et muet et a une pleine conscience de la gravité de la situation mais n'avait rien tenté jusqu'à présent par apathie . Et c'est de cet esprit d'entraide mutuel entre McMurphy et le Chef que va naître la solidarité et la volonté d'une poignée de patient de s'en sortir et de réclamer sa liberté individuelle et collective. Bien que Ratched est annihilé complètement McMurphy par la lobotomie le rendant dès lors inapte et végétatif, son esprit combattif et rebelle s'est transmis chez les autres patients, poussant au bout du compte le Chef à trouver la force pour s'échapper et rendre sa liberté à McMurphy en lui évitant de vivre paralysé et alité jusqu'au restant de ses jours. Par cette ultime métaphore, le réalisateur relate le triomphe des patients, McMurphy compris, sur Ratched et son instance de terreur. Par là il symbolise aussi que le sort qui l'attendait en prison ( je comprends par là la chaise électrique) est plus "digne" et "humain" que la pratique de la lobotomie. Dans ces derniers instants donc, le plan premier de McMurphy est exécuté : le Chef tel un géant arrache le socle dans la salle de douche pour le fracasser contre une vitre comme le souhaitait McMurphy. Et alors le thème principal se lance épiquement sur la traversée du Chef avec son module. Il porte avec lui les espoirs de ses compagnons morts et vivants, de son père, des générations futures, de Miloš Forman, de Ken Kesey et enfin des spectateurs. Il accomplit sa tâche, tâche qui est caractérisée par le plan fixe de la fenêtre en lambeaux et des bruitages d'exclamations, de cris, des clameurs de joie de ses compères. Le Chef fonce enfin en direction de la liberté comme on le perçoit au travers d'un plan d'ensemble fixe totalement ouvert sur la nature donnant cette sensation rafraîchissante pour les personnages et pour le spectateur qui ne peut que se remettre des mandales qu'il doit encaisser/ATTENTION PLUS DE SPOIL/ 

Vol au-dessus d'un nid de coucou n'a pas à rougir devant le statut de film culte qu'il lui est attribué aujourd'hui. Même si il reste des non-dits qui viennent entraver notre plein savourement et des choses inexpliquées comme par exemple le fait que McMurphy soit présenté comme un violeur et pourtant qu'il soit si peu traité comme un criminel dans le film attise mon incompréhension. Pour bien saisir la portée et le propos il sera sûrement nécessaire d'effectuer quelques recherches qui viendront creuser vos analyses et  vous diriger vers une parfaite compréhension du film. Il est dommage de constater aussi que les personnages n'ont pas vraiment de background ou d'histoire antérieure, ou alors quelques cas, qui viendrait éclaircir pourquoi ceux-ci se sont retrouvés dans l'hôpital PAR EXEMPLE. Il n'empêche que l'action et le ryhtme maintiennent en haleine et saurait vous contenter pour ce soir. Et comme des films abordant la folie, la psychiatrie, les maladies mentales, la psychologie ne font pas les grands boulevards et simplement ne sont pas tous bons, on s'en donne à coeur joie quand il s'agit d'un mets rare de valeur sûre.

 

Encore Brunel Alexandre de Terminale2, et cette fois-ci je rends mon tablier.

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