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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Dune

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 23 Octobre 2021, 20:24pm

Dune

Dune est un coup- franc magistral surgit des tréfonds du cinéma. Il est de 2021, année pourtant morte, une œuvre unique et spéciale. Elle tire les spectateurs de leur zone habituelle de confort pour les emmener dans un univers intergalactique et sublime. Ce film est de Denis Villeneuve, réalisateur aguerri de science-fiction ( Premier contact, Blade Runner 2049) avec une sensibilité particulière. Il signe avec Dune sa promesse d’adolescent, celle d’adapter l’œuvre de Frank Herbert paru en 1965, qui l’a fortement marqué. Cette saga de science-fiction renommé, qui inspira notamment Georges Lucas avec Star Wars, est la bête noire des réalisateurs. Aucune adaptions n’a à ce jour réellement porté les écrits de Frank Herbert auprès du grand public d’une manière réussie bien que des grands noms du cinéma tel que Jodorowsky ou Lynch s’y soient attelés. C’est donc aussi le défi pour Denis Villeneuve de convaincre autant les spectateurs étrangers aux livres que les lecteurs de longue date.

Il s’entoure donc à cette occasion de pointures telles que Hans Zimmer pour la bande-son ( Interstellar, James Bond, Inception), d’acteurs confirmés ( Javier Bardem, Oscar Isaac, Rebecca Fergusson) et d’acteurs de la jeune garde du cinéma, influents sur les réseaux sociaux ( Zendaya, Timothée Chalamet).Dune révèle dés les premiers instants qu’il n’est que la première partie d’une histoire destinée à s’étendre. L’histoire s’enracine auprès de Paul Atréides (Timothée Chalamet), l’héritier d’une grande famille, les Atréides, régnant avec d’autres familles dans l’Impérium sous la coupe de l’empereur. Leto Atréides ( Oscar Isaac) son père, se voit appeler par l'empereur à gérer la planète Arrakis, surnommé Dune, qui est hostile et déserte, jamais totalement conquise, jusque là occupée par une autre grande famille, les Harkonnen.

Ceux-ci sont furieux de se voir ainsi déposséder de ce qui faisait jusqu’ici leur richesse, avant de s’apercevoir que ce n’est qu’une manipulation de l’empereur pour isoler les Atréides, qu’il juge trop puissants et influents. Dune est une terre de défis qui regorge d’une ressource précieuse, l’Epice, qui prolonge la vie humaine, possède des propriétés spéciales et immunise contre le poison. Elle permet en outre le voyage spatiale, base du système économique. Cette Epice est utilisé par les Fremen, le peuple natif d’Arrakis, qui se bat contre l’oppression et l’exploitation de sa planète. Les Fremen ont une relation proche avec leur planète et avec les vers géants qui la peuplent. Le père de Paul Atréides, conscient des dangers qui pèsent sur eux dans cette mission, emmène sa concubine, Lady Jessica ( Rebecca Fergusson), ses hommes de confiance et son fils sur Arrakis. Il veut en vérité tisser une alliance avec les Fremen. Toutes ces luttes de pouvoir mènent à une guerre totale.

 

Paul Atréides est la pierre angulaire de ce film. Etant tourmenté dans ses rêves par le visage d’un jeune femme qu’il n’a jamais vu, visiblement une fremen, il voit petit à petit ses visions devenir plus larges et faire office de prémonitions pour l’avenir. On devine lentement qu’il possède des capacités mentales extraordinaires, tel que la Voix, qui peut contrôler un adversaire. Ce héros est partagé, fragile, conscient des rôles que l’on attend de lui et qui lui pèse, à la fois de devenir l’héritier des Atréides et d’être l’élu devant mener une guerre sainte, poussé le cercle fermé des Bene Gesserit, des femmes possédant des pouvoirs hors-normes, auquel sa mère est reliée. C’est personnage perdu dans le monde qui l’entoure, dont les enjeux sont trop grands pour lui. Lui qui n’a pas de prise sur son destin rythmé par des évènements tragiques récupère pourtant lentement son esprit de décision et d’action, son indépendance pour s’affranchir du carcan dans lequel il est enfermé. Les caractères des personnages, autour de lui sont toujours nuancés, loin des clichés auxquelles on pourrait les rattacher. Leto Atréides fait par exemple preuve d’empathie et d’amour envers son fils et son peuple, d’humilité aussi. Lady Jessica est elle, avec un jeu d’acteur incroyable, une femme partagée mais aimante, essayant de conjuguer ses intérêts présents et passés.

La planète Dune est en fait un personnage en lui-même, fournissant des richesses mais à la fois des dangers, les vers des sables mettant en difficulté l’exploitation de l’Epice. Ceux qui l’exploitent auraient pu la rendre vivables en construisant des irrigations avec l’eau présente dans ses sous-sols. Mais ce projet, peu rémunérateur et aux résultats sur le long-terme, a été balayé par la découverte de l’Epice, aux bénéfices infiniment plus rapides et plus grands. Le scénario est de fait compréhensible et fin, permettant aisément aux spectateurs de se plonger dans l’univers. Les multiples visions de Paul coïncident avec l’histoire présente et se vérifient au cours du film. Paul se sent mal vis à vis de ses visions, notamment sur ce qu’elles projettent de lui et voudrait les contrôler. Elles semblent s’inspirer des mythes grecques dans lesquelles les héros vont consulter au temple de Delphes la Pythie, une prêtresse qui leur montre leur avenir. Ils veulent toujours alors faire en sorte que ces prédictions ne se réalisent pas. Paul est dans ce sens semblable à eux car il lutte contre son propre destin, un combat impossible. 

Les thèmes abordés réussissent à être actuels tout en composant avec la relative ancienneté de l’œuvre. Il y a la filiation, le destin mais aussi l’écologie, la guerre et les relations entre pouvoir et religion. Ils permettent une certaine complexification de l’œuvre qui la rend plus intéressante encore. Mais la beauté du scénario et des personnages est rendu plus efficace grâce à la façon dont l’histoire est racontée.

 

En effet, les plans, lents et contemplatifs permettent, à chaque scène, aux spectateurs de pouvoir prendre conscience de l’émotion qui vient de leur être transmise, de l’action qui vient de se passer. Ils sont bien découpés et s’attachent sur des détails comme les palmiers dans la cour d’Arrakis, la lumière qui pénètre en contre-jour les silhouettes des Atréides lorsqu’ils se préparent à voir pour la première fois Arrakis, la ferveur des habitants d’Arrakis qui prient avec des colliers de perle et de l’encens. Le rythme du film, bien qu’il s’agisse d’un blockbuster, est calme. Il s’accélère néanmoins lors des scènes de bataille ou lorsque les vers risquent d’attaquer. Ils conduisent également avec la musique à des sommets de tension, notamment quand Paul se confronte à un insecte robotisé qui veut le tuer.

La force du découpage du film est aussi de proposer, à travers les visions de Paul, une porte ouverte sur la suite de la saga, de son lien visiblement proche avec la jeune Fremen, qu’il rencontre à la fin, à la guerre sainte et intergalactique qui se prépare et dont Paul sera l’initiateur. C’est une façon unique de conserver le suspens. La musique de Hans Zimmer est capitale dans cette œuvre puisqu’elle permet aux scènes de développer toute leur puissance. Elle se fait sourde et captivante comme le martèlement régulier d’un instrument des Fremen qu’ils utilisent afin d’attirer les vers des sables mais est aussi claire et mélodieuse lorsqu’elle imite le chant de femmes a capella.

Les décors sont gigantesques et magnifiques comme appuyer la petitesse des personnages et leur tentative infructueuse de contrôler, de dompter les planètes et les éléments. Les décors suivent des couleurs et des lumières précises qui construisent des atmosphères particulières et envoûtantes. Des teintes variant autour de la couleur du sable, de la pierre et des vaisseaux sombres dominent tout le film. Les costumes sont également parties prenantes de l’ambiance et des personnages. Ils subliment les scènes, notamment les longues tenues voilés des Bene Gesserit dans la pluie et la brume, la rigueur de l’uniforme noir et stricte des Atréides ou les vêtements sombres et militaires des Harkonnen. La tenue des Fremen, une combinaison spécialement construite pour recycler la sueur et garder l’eau de celui qui l’a porte, témoigne de la difficulté à vivre sur une terre sans eau mais souligne leur imagination et les rend tous semblables et unis, dan un élan communautaire. Les vêtements soulignent donc la beauté et en même temps l’essence des personnages. Enfin, les atmosphères et la photographie générale des scènes démontrent toute la minutie et la grandeur de Dune. Les effets spéciaux sont invisibles et s’intègrent très bien aux scènes. La technologie est aussi limité mais créer des effets magnifiques comme lorsque Paul se cache dans une plante en hologramme dont la blancheur se dessine sur sa silhouette avec ses branches. Denis Villeneuve sait créer des atmosphères parfaites, symétriques. Les atmosphères ne changent pas radicalement de couleurs ou d’ambiance, elles se suivent et s’intègrent et l’on apprécie l’effort des équipes du film de garder dans l’œuvre une aura unique.

 

Dune est donc un film de science-fiction admirable dont les atmosphères, les actions et les personnages permettent aux spectateurs d’assister à un visionnage unique. La grandeur de ce film est de permettre de garder des séquences marquantes dans la tête et de se sentir pris par la puissance qu’il dégage. C’est une œuvre incontestablement réussite et belle qu’on pourrait presque qualifier de chef d’œuvre si deux ou trois éléments ne venaient pas assombrir la conclusion. En effet, on peut trouver redondant les multiples visions de la jeune Fremen que Paul voit. Une ou deux séquences d’elle auraient largement été suffisantes. La lenteur des scènes est aussi un défaut puisqu’elle endort le spectateur même si elle confère au film sa poésie et son atmosphère. La musique est parfois aussi trop forte ce qui dérange le visionnement. Enfin , le fait que ce ne soit que la première partie ne permet pas d’avoir une conclusion satisfaisante et ne fait, entre guillemets, que préparer le terrain pour la suite. Mais le film offre aussi des réponses et entame largement l’histoire. On retrouve le talent de Denis Villeneuve dans toute sa splendeur et sa volonté de rendre hommage au cinéma et aux grands écrans. Dune n’est donc qu’un commencement, qu’une mise en bouche d’une suite qui se promet frissonnante et originale. Cette saga répond aussi à un manque de films de science-fiction originaux à notre époque. Elle est donc ce qu’était Star Wars dans les années 80, le Seigneur des Anneaux dans les années 2000 : une grande histoire qui marque une génération de son empreinte.

Estelle Bortolato T°4 

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