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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


La panthère des neiges, l'initiation au silence

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 28 Décembre 2021, 17:10pm

La panthère des neiges, l'initiation au silence

La panthère des neiges

          Le silence absolu. Les pas qui craquent dans la neige, qui petit à petit s’élèvent vers les sommets. Les silhouettes des animaux qui se détachent sur la crête. Et le regard de Vincent Munier et de Sylvain Tesson, qui scrute, immobile, les montagnes des hauts plateaux tibétains.  Le film La panthère des neiges pourrait se décrire de cette façon tant l’importance est montré sur la lenteur et la minutie de leur quête. Il est sorti en 2021, inspiré par le livre La panthère des neiges, écrit par Sylvain Tesson, paru en 2019 chez Gallimard. Il est réalisé par Marie Amiguet et Vincent Munier. Le couple aide Sylvain Tesson à réaliser sa quête avec l’aide de Léo-Pol Jacquot. Vincent Munier est un photographe animalier qui observe les animaux depuis de longues années. Sylvain Tesson est un écrivain et explorateur qui obtient le prix Renaudot avec La panthère des neiges.  Le film est donc un prolongement visuel de la quête littéraire commencé par Sylvain Tesson sur les traces de l’énigmatique animal. C’est un documentaire accompagné des discussions des deux hommes en in et de lecture de passages du livre en off par l’écrivain. Lent, fidèle aux détails et aux modes de vie des animaux, il se met au diapason du rythme de la nature et de l’affût des deux hommes.

          Sylvain Tesson et Vincent Munier traversent les plateaux, les vallées et les plaines pour guetter la panthère des neiges. Ils voient, au travers de leur escapade, d’autres animaux comme des yaks, des oiseaux, des renards des neiges, des ours et des antilopes du Tibet. Ils les surprennent dissimulés dans le paysage, à travers les pierres et les herbes. Ces instants se révèlent souvent doux, parfois cocasses mais remplies d’une émotion très forte. Vincent Munier, déjà familier de ce genre d’exercice, montre sa sensibilité pour l’affût tandis que Sylvain Tesson en dépit de sa sagesse et de son attention aux petites choses du paysage, apprend davantage et plus difficilement la patience. En effet, l’attente se démontre parfois compliqué par le froid et le vent à 5000 mètres d’altitude. Pour éviter de faire trop d’allers-retours, ils dorment aussi dans des grottes où ils sentent la trace toute fraîche d’ours et d’autres animaux. La nature et le climat du Tibet deviennent des acteurs en soi du documentaire. Il n’a pas vocation à mettre en avant, en grandeur, les deux hommes mais à au contraire montrer leur petitesse et leur fragilité. Si le film peut paraître lent et quelque peu endormissant au début, une lente prise de conscience intervient dans la tête du spectateur sur la réalité de la nature, la difficulté à approcher les animaux dû à la violence des êtres humains et surtout les menaces qui pèsent sur elle. On se retrouve alors captiver par le spectacle qui se joue devant nos yeux. On s’aperçoit des multiples vies qui peuplent ces vallées abruptes et froides et de l’inaptitude de l’Homme à les voir, de sa lourdeur et du bruit qu’ils provoquent. Dans leur quête, ils sont en contact avec une famille de tibétains avec qui ils discutent et apprennent des mots, des usages. Les enfants, dans une scène touchante, viennent les interrompre dans une séance d’observation, révélant d’une certaine part leur incroyable habilité à résister au froid mais aussi à faire de ces territoires inhospitaliers un terrain de jeu. On sent que leur présence minuscule dans ces immenses territoires leurs apprennent une autre façon de se percevoir à travers le monde. Ce retour à la nature, à la patience et au non-contrôle, à l’échec et aussi de ne pas voir ce que l’on veut défont lentement les habitudes occidentales des deux hommes. Vincent Munier explique d’ailleurs sa vision : il n’explique ne jamais se sentir frustré même s’il ne voit pas ce qu’il attendait car il finit toujours par voir d’autres bêtes.

La qualité des images permet une meilleure immersion dans le documentaire et dans la vie des animaux. Les plans sont souvent panoramiques, contemplatifs mais sont aussi rapprochés quand il s’agit de capter la conversation des deux hommes, d’écouter leur confidence. Ils permettent en accéléré de voir les changements de climat, les nuages qui s’accrochent aux crêtes, la neige qui tombe et recouvre tout. Il y a aussi des insertions de photos de Vincent Munier qui montre la beauté de ces bêtes, d’un oiseau en plein envol, un petit rongeur, les poils gonflé par le froid et des extraits d’une caméra à mouvements et dissimulée, qui filme les animaux et produit d’incroyables images car ils ne sont pas intimidés. La bande sonore est globalement sans musique, suivant les bruits du paysage et de la nature. Les lumières sont sombres ou bien claires, sans beaucoup d’effets mais transmettent toute la beauté et la puissance du paysage. Le montage sert les images et le message du film et le structure.

Enfin, le message du documentaire est donc de nous faire prendre conscience de la fragilité de la nature et en même temps de sa puissance, d’une quête aussi mystérieuse que celle de la panthère des neiges, animal que recherche depuis des années Sylvain Tesson. Les animaux révèlent leur présence par une observation attentive, leur douceur mais aussi leur danger. La nature apparaît comme une essence de notre être et une reconnexion devient alors essentiel. A travers les rythmes effrénées de nos vies, de la consommation de la société, ce temps de lenteur et d’observation que vivent Sylvain Tesson et Vincent Munier est une chose précieuse. Les quelques leçons que Sylvain Tesson nous prodigue à la fin : ne rien espérer, ne pas lutter contre le monde mais avec lui, apprendre à observer et savoir qu'on est observé, sont autant de leçons qui son importantes pour nous. C’est un film important qui donne envie de mieux observer autour de soi la nature et d’aller dans ces hauts-plateaux découvrir ces animaux. Il renverse nos habitudes consommatrices et purement capitalistes pour nous faire saisir qu’il existe des choses bien plus importantes pour remplir notre cœur et nos corps. Nos craintes, nos peines et nos anxiétés apparaissent alors comme dérisoires face à la grandeur et à la complexité de la nature.   Il fait aussi comprendre que ce sont les animaux qui viennent à notre rencontre et non l’inverse, et qu’il faut les approcher sans bousculer leur environnement. La panthère des neige, royale, dangereuse mais aussi fragile, apparaît donc moins comme une créature à poursuivre que comme une métaphore de la reconnexion de nous-même à la nature. Le film incite au voyage hors des sentiers connus et des routes toutes tracées du destin pour, au froid, à l’inconfort, à l’attente, à l’incompréhension parfois, voir la virtuosité du monde mais aussi connaître un peu de nos joies les plus pures.

Estelle Bortolato, T°4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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