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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Rouge

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 7 Décembre 2021, 19:15pm

Rouge
Rouge ou le combat d’une femme

 

Rouge est un thriller économique, de Farib Bentoumi inspiré de faits réels qui met en scène le combat d’une jeune infirmière, Nour (Zita Hannot), qui vient d’être embauchée à Arcalu, une usine d’aluminium où travaille son père, Slimane (Sami Bouajila). Seulement, du fait de son poste, Nour va découvrir qu’un danger plane sur les ouvriers et même sur toute la région. Aidée de Emma, une journaliste indépendante, elle va tenter de faire éclater le scandale malgré les obstacles, dont son propre père, syndicaliste acharné et protecteur des ouvriers.
 

L’idée du film est le fruit de multiples situations et évènements réellement vécus par le réalisateur. En effet, Farib Bentoumi est un homme marqué par le milieu de l’usine. Fils d’ouvriers il a souvent pu observer les enjeux et le poids parfois énorme de l’usine dans la famille et dans le quotidien. Ce film est une sorte de portrait, de témoignage d’une marque laissée par le milieu industriel.
Par ailleurs, le réalisateur nous présente des personnages complexes notamment sur le plan relationnel. La relation entre Nour et sa famille est très compliquée et pleine de conflit et de contradictions dûs à l’usine. L’opposition entre la jeune infirmière et les membres de sa famille travaillant dans l’usine (son père et son frère) atteint son climax dans plusieurs scènes comme celle du dialogue entre Slimane et sa fille pendant le mariage ou encore lorsque Nour vient rendre visite à son frère. Dans les deux cas le « parti de l’usine » en veut à Nour et la renie. Il l’accuse de remettre en cause l’industrie et se montre particulièrement fourbe et violent dans ses propos : Slimane accuse sa fille de trahir sa propre famille et d’être manipulée, et son frère est convaincu qu’elle veut lui faire perdre son emploi. De plus ce film illustre une certaine divergence générationnelle : deux générations, deux époques, deux visions qui se confrontent. Celle de l’immigration ouvrière et des combats pour ses droits en tant que travailleur. Celle de l’ouvrier soumis au paternalisme et dépendant de son usine. Face à cela : une époque moderne où la jeunesse a le choix de son avenir et des différents outils de son développement, une vision du travail comme un enrichissement et une envie de justice et d’émancipation.

 

Le génie de F. Bentoumi est d’avoir mis en parallèle ces conflits familiaux et générationnels avec les conflits et idéologies à l’échelle de l’usine. L’industrie a en effet des bras de fer avec de multiples institutions en même temps. Elle réagit également en cachant la vérité et en faisant des coups bas face aux accusations des institutions écologiques et de journalistes indépendants comme Emma (Céline Sallette). Cette industrie tente de soumettre ses ouvriers et de protéger coûte que coûte ses profits et bénéfices.
Ce thriller est aussi un magnifique éloge du courage et de la volonté des lanceurs d’alerte. Dans son film Farib Bentoumi braque un projecteur sur le métier de journaliste indépendant et sur le rôle du journalisme en lui-même. Le journaliste est-il un simple relai pour l’information ou est-il aussi d’une importance cruciale pour éviter une corruption de la société ? Une piste de réflexion dont « Rouge » est le tremplin.

 

Le film donne par ailleurs, ses messages et ses constats à travers un travail visuel et sonore remarquable.
En ce qui concerne le travail de l’image on peut faire une première observation : la majeure partie du film est tournée en « caméra épaule » donnant ainsi une sensation de tension et d’empressement qui suit parfaitement les enjeux auxquels sont soumis les personnages. Ce sentiment est également appuyé par des gros plans fréquents. Par ailleurs certains mouvements de caméra parlent d’eux même. Par exemple, le travelling arrière lors de la scène où Nour et Emma découvrent le lac de rejets d’aluminium nous fait prendre conscience de l’ampleur de la pollution et du secret gardé par les patrons et par Slimane. La révélation du mensonge et le levé du voile.
Par ailleurs, le réalisateur joue avec le son et l’utilise avec finesse. Le son est associé à l’usine et participe à sa définition. Lorsque Nour entre dans l’usine c’est avant tout le son qui l’agresse, qui apparait comme hostile et qui annonce la couleur.
Pour finir, il est intéressant de remarquer le lien entre la signification et la place de la couleur rouge. Une couleur associée dans tous les esprits à la salissure, la tâche, la pollution. Mais c’est également la couleur de la révolte, des ouvriers, du communisme. Enfin, c’est aussi la couleur du sang, de la plaie et du combat. On retrouve toute ces significations dans le film : la pollution, pas seulement celle de l’usine matérielle, mais aussi au sein de la famille. La révolte, celle de Slimane face au mensonge et celle de Emma face à cette perversion d’un monde dans lequel doit grandir son enfant. La plaie, intérieure et extérieure, laissé par l’usine sur les corps des ouvriers. Et la couleur rouge du minerai d’aluminium dont la convoitise et l’exploitation sont la source de cette histoire.

Yaël Verkindt, 1ere

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