Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

cinebaudelaire.overblog.com

Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Des Hommes et une guerre

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 24 Février 2022, 17:55pm

Catégories : #Drame

Des Hommes

 

Réalisé par Lucas Belvaux en 2020, Des Hommes est un film dramatique à dimension historique tourné en prise de vues réelles. Grâce au projet de mémoire de la guerre d’Algérie, nous avons pu le voir sur grand écran à la Turbine le 8 mars soit 1 an après sa sortie en salle. On retrouve en parallèle différents cadres spatio-temporels dont les deux principaux sont en Algérie dans les années 50/60 et en France, 40 ans plus tard.

 

De 1954 à 1962, les algériens réclament leur indépendance face à la France, ils ne désirent plus n’être qu’une colonie, ils veulent leur identité. Mais par le refus de la France de leur octroyer celle-ci, les Fellagas prennent les armes. Le mouvement se répand dans tout le pays et les français, présents sur place, deviennent des cibles. En réponse à ces multiples attentats, la France déploie ses soldats.

Ce film, c’est l’histoire de français déployés en Algérie, c’est l’histoire d’une guerre mais c’est aussi l’histoire de leur guerre intérieure.

Ils sont jeunes, ne savent rien de la guerre et de ses violences.

Certains en ressortiront traumatisés, d’autres n’en ressortiront tout simplement pas.

Pendant 1h40, nous suivons Bernard et Rabut son cousin, Février et tant d’autres.

On les accompagne en ce jour de fête qu’est l’anniversaire de la sœur de Bernard, Joséphine.

Les invités sont au buffet lorsque Bernard approche, c’est d’abord dans une tentative de renouer avec sa sœur qu’il est là, qu’il lui fait cadeau d’une broche. Mais sa bonté n’est que de courte durée et il se retrouve très vite saoule au bar du coin. Seul avec l’alcool, comme depuis son retour d’Algérie, il y a de cela plus de 40 ans. Il reprend le chemin de la salle des fêtes, déterminé à régler ses comptes sous les yeux de son cousin Rabut. La violence surgit, les hommes les plus braves le mettent à la porte et le récit commence.

Une valse entre passé et présent, France et Algérie des années 50, base militaire et retour à la maison, est effectuée tout au long du film. Mais il y a plus que ça, plus qu’un retour sur des évènements traumatisants, mis en scènes et vécus pendant des mois à l’âge de 20 ans.

Il y a cette alternance de douceur, de douleur, d’amour et de colère dans ces témoignages.

En voix-off, nous suivons les explications, les lettres à Joséphine et les pensées de Rabut et Bernard sur leur jeunesse et comment celle-ci a impacté leur vieillesse. A l’écran, on voit leurs 20 ans, leurs sorties au bar avec leurs frères d’armes, leurs premiers amours, leurs bagarres mais aussi leurs peurs, leurs dégoûts, leurs peines et leurs rages à travers leurs flash-back.

 

Puis il y a ces visions, ces souvenirs d’Algérie qui les hantent et qui ne quitteront jamais leur mémoire, comme Bernard, repentit dans sa grange ne désirant plus voir personne, seul avec sa bouteille de vin qui le rend mauvais.

On voit à quel point il est dur de parler, en tant qu’Homme, en tant que soldat, en tant que bourreau et en tant que victime de manière simultanée. Mais cela est encore plus difficile lorsque parler a été longtemps interdit : Rabut ainsi que tout les autres se sont vu privés de leurs parole. La guerre d’Algérie n’aillant pas été reconnue comme guerre avant les années 90, le sujet était tabou, secret et ce même une fois révélé au grand jour.

Lucas Belvaux illustre si bien la chose en mettant en avant le silence des personnages par des plans longs et fixes. Le sujet est abordé uniquement par les voix-off, comme si celles-ci reflétaient les pensées qu’ils ne pouvaient pas exprimer de leurs lèvres. J’ai tellement apprécié ce choix du réalisateur car il offrait plus de jeux aux acteurs, ils n’étaient pas noyés sous les dialogues et cela donnait plus de force, de possibilités aux expressions, aux regards et aux gestes. Le personnage de Rabut en est le parfait exemple, toujours terré dans l’ombre de son cousin, dans l’image de l’intello surnommé Bachelier dans son récit. Il brille et se révèle justement dans cette inaction, dans ce non-pouvoir complètement désemparé face à Bernard qui n’a jamais fait son deuil, n’a jamais tourné la page.

 

Les décors et costumes étaient aussi soignés que les choix de réalisation, avec une vrai mise en situation dans les paysages algériens et un style vestimentaire en adéquation avec chaque époque.

On se retrouve plongé dans une atmosphère vintage, colorée mais réaliste contrairement à d’autres séries et long métrage s’inspirant de cette période. Nous sommes bien dans cette Algérie colonialiste, dans cette campagne française où tout le monde se connaît et ce, loin des clichés d’agriculteurs, de souks et d’autres images souvent dépeintes. Tout est dans la légèreté et non dans le stéréotypes, afin de laisser place au vécu des personnages et non au lieu en lui-même. C’est les histoires de cette base recluses formées de tentes qui attirent l’œil et pas forcément les paysages arides et c’est ça qui nous tient en haleine.

 

Il y a aussi un véritable travail de couleurs et de lumières tout au long de ce film. Le réalisateur varie les tons chauds et les lumières orangées afin de nous amener avec les soldats dans cette Afrique Subsaharienne et dans cet été français. Tous ces choix contribuent à amener de la chaleur à l’écran, dans la salle et dans ce récit intimiste. On arriverait presque à ressentir la chaleur, la sueur perlant sur le front des soldats et la morsure du soleil sur la peau.

 

Pour ce qu’y est des acteurs, j’ai totalement adhéré au choix de Jean Pierre Darroussin pour Rabut et de Catherine Frot pour Joséphine. Je pense que, même si l’histoire tourne autour de Bernard, le jeu d’acteur de Gérard Depardieu à tendance à prendre trop le dessus, même si le jeu de l’ivrogne bagarreur lui va comme un gant c’est parfois peut-être trop selon moi. Heureusement là aussi, Lucas Belvaux a su maîtriser la chose en nous offrant un personnage, dès le début détestable de part son arrogance puis, en nous le faisant aimer en dévoilant son extrême sensibilité grâce au récit qui rattrape le jeu.

 

Ce film, comme le démontre ma critique, a été un véritable coup de coeur du début à la fin. Je recommande de le regarder dans les meilleures conditions car il peut par moment être très éprouvant. C’est ces émotions et ces énergies qu’il dégagent qui m’ont plu. Il est très intéressant de le regarder pour l’aspect artistique mais aussi historique. Il permet de comprendre les enjeux de cette guerre, cette division en deux camps de la même population et le véritable vécu des soldats.

Les personnages sont plus qu’attachants et on ne veut pas les quitter même si Lucas Belvaux nous laisse sur un suspens insoutenable, nous laissant imaginer par nous même une continuité du scénario coupé sans dénouement.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents