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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Le otto montagne

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 23 Mai 2022, 19:19pm

  Découvert par notre classe lors de l'expédition cinéphile au festival de Canne la semaine dernière, les huit montagnes raconte l'histoire de Pietro, un garçon de la ville, et de Brun le dernier enfant à vivre dans un village oublié du Val d’Aoste. Ils se lient d’amitié dans ce coin caché des Alpes qui leur tient lieu de royaume. La vie les éloigne sans pouvoir les séparer complètement. Alors que Bruno reste fidèle à sa montagne, Pietro parcourt le monde. Cette traversée leur fera connaître l’amour et la perte, leurs origines et leurs destinées, mais surtout une amitié à la vie à la mort.

Le cinéma de Felix Van Groeningen s’ articule autour de figures tragiques se débattant avec une certaine forme de fatalité. Des personnages profondément humains, souvent épris d’un amour inconditionnel les uns pour les autres. Pour sa première sélection en compétition à Cannes, le réalisateur belge continue cette exploration du mélodrame humain avec l’adaptation du roman Les huit montagnes, de l’italien Paolo Cognetti. Et pour la première fois, il partage la casquette de réalisateur avec sa compagne à la ville, Charlotte Vandermeersh, également co-scénariste.

Le duo de réalisateurs s’attaque à l’adaptation de cette histoire qui narre sur une vingtaine d’années l’amitié inébranlable qui relie deux hommes, et que les aléas de la vie vont tour à tour séparer puis réunir. Le roman explore des thématiques chères à Groeningen, telles que la complexité des rapports paternels ou la recherche du soi, entre découverte et non-oubli des racines. On retrouve évidemment ce motifs tout au long du film, qui se veut à la fois ample dans sa forme et intimiste dans son propos.

Avec un récit raconté par la voix off de son personnage principal, le spectateur est invité à se plonger dans les souvenirs de Pietro. Celui-ci explore son passé et les différentes phases de la relation qu’il a entretenu toute sa vie durant avec son ami Bruno, rencontré lorsqu’il n’était qu’enfant. Bien qu’initialement mis en opposition l’un à l’autre (Pietro est un gamin originaire de Turin, Bruno a passé toute sa vie en montagne), les deux enfants vont peu à peu se construire en miroir, développant un lien fraternel unique. Un lien qui, s’il n’est jamais verbalisé comme tel, servira de fil conducteur à leur existence toute entière. Car malgré des choix de vie diamétralement opposés, les deux hommes n’auront de cesse que de chercher à se retrouver, l’un devenant le point d’ancrage de l’autre et inversement. L’introspection à laquelle se prête Pietro pour faire revivre ses souvenirs tend justement à vouloir poser des mots sur ce sentiment indicible ; sans pourtant trouver de réponse satisfaisante.

Tourné dans les sublimes montagnes du Val d’Aoste, dans la langue italienne originelle du roman, Groeningen et Vandermeersch recherchent l’authenticité la plus pure pour raconter ce qui relie et ce qui sépare ces personnages. La sublime photographie fait la part belle à l’incroyable décor naturel qui épouse au fil des saisons les états d’âme de Pietro et Bruno. La montagne se fait régulièrement protectrice de l’amitié fusionnelle avant de se montrer plus menaçante lorsque les deux hommes sont en proie au doute existentielle.

Malgré une trame narrative linéaire passant progressivement de l’enfance à l’âge adulte, les réalisateurs reprennent le principe de narration éclatée, propre aux précédents travaux de Groeningen (Alabama Monroe, My beautiful Boy). Les séquences s’enchaînent, certes, avec fluidité mais sans indications claires sur le temps qui s’écoulent réellement entre elles. En découle une sensation de moments suspendus, hors du temps, renforcée par l’utilisation d’ellipses et d’un découpage contradictoire d’une scène à l’autre. Un choix de montage qui trouve une cohérence évidente dans le caractère introspectif du récit, où les années avancent sans que les personnages ne le réalisent.

Voyage réflexif sur de la quête de soi à travers l’autre, Les huit montagnes demeure une proposition aussi ambitieuse formellement que thématiquement. Un film au rythme déroutant (peut-être fut-il malgré tout un peu long), mais qui laissera plus d’un spectateur songeur à l’issue de la projection. Mais pour peu qu’on accepte de s’y glisser tout entier sans résistance, il y a fort à parier que cette odyssée montagneuse saura procurer le même sentiment que celui d’un doux rêve idéaliste.

Paul Bastard
 

Le otto montagne
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