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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


How to save a dead friend, comment sauver l'insauvable ?

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 8 Juin 2022, 19:14pm

Catégories : #Film sociale, #Drame, #Film biographique

 

How to save a dead friend, comment sauver l’insauvable ?

 

« En 2005, j’avais 16 ans et cette année allait être ma dernière sur cette terre 

Mais ensuite, à ce forum grunge, j’ai rencontré Kimi. »

 

How to save a dead friend, film de Marusya Syroechkovskaya, sorti en 2022 et présenté au festival de Cannes, nous dépeint le portrait de la réalisatrice elle-même ainsi que celui de son grand amour Kimi dans une jeunesse russe meurtrie au début des années 2000.

Sorti en plein contexte de tension mondiale envers la Russie, dès les premiers instants de présentation face au public de festivaliers cannois, la réalisatrice dévoile son projet. Un projet compliqué à regarder ces derniers temps selon ses dires et qu'elle l’entend puis elle nous livre qu’il nous permettra de comprendre, de comprendre ces habitants oubliés, de comprendre que rien de bon ne peut sortir du totalitarisme. 

Puis Marusya nous laisse, avec ces 103 min intenses et euphoriques poussées à l'extrême comme sa relation avec Kimi, avec juste un accompagnement par sa voix-off. La caméra est bancale, amatrice, souvent embarquée dans leurs aventures. Au fil des minutes, on a cette impression d’être avec eux, d’être dans cette intimité, dans leur intimité. On les accompagne, on les voit s’aimer, se soutenir, se saboter. On les voit vivre, évoluer dans un univers froid, glauque, oppressant tant par les couleurs, les paysages, les habitats que leur offre une Russie des années 2000. Leur monde est triste, à l’image des événements vécus par les personnages mais aussi à l’image d’une nation entière. Alors que la Russie enregistre des taux records dans le domaine des addictions, des problèmes de santé mentale et de suicides, Kimi, lui, les illustre. A travers lui et Marusya, on ressent un vécu général, normal pour des jeunes ayant cette nationalité. Au départ, la caméra est davantage axée sur Marusya, sur son envie de mourir à elle, sa douleur à elle, puis tout s’envole avec le sourire de son sauveur Kimi. Elle se relève petit à petit, décidant de ne plus faire son autobiographie mais de faire leur biographie, à eux deux. 

La caméra devient alors leur journal intime, les plans deviennent plus personnels par des zooms prononcés, une plus grande aisance face à la caméra des deux jeunes ainsi que par la multiplication d'événements clés. Ceux-ci, d’abord insouciants, deviennent plus sérieux, plus travaillés, plus impactants. Marusya nous offre l’entièreté de l’évolution de Kimi avec ses successions de moments joyeux avec sa famille, de moments tristes chez le psychiatre puis de moments d’enfer où cette bataille que livre Kimi se marque sur son visage et dans sa prise de substances. Marusya ne tourne plus trop la caméra sur elle, c’est Kimi qu’elle désire filmer, comme si elle savait qu’elle devait conserver chaque instant afin de s’en rappeler.  Leurs maux incarnent les mots passés sous silence par l'État, par les médias. 

Entre addiction, dépression et anxiété on pourrait s’attendre à ce que ce film nous emporte dans un élan de tristesse mais loin de là. Rien d’autre que de l'amour, de la compassion émane de ce film. Même si les images sont parfois violentes, choquantes, car nous sommes peu habitués à les voir, elles incarnent la réalité telle qu'elle : blessante, bouleversante, elle est crue et souvent nous dépasse. C’est pour ça que j’ai apprécié ce film, pour sa cruauté, sa réalité qui nous transperce, dans laquelle on arrive malgré les extrêmes à se reconnaître. Ces vies dans lesquelles nous sommes inclus, nous avons l’impression qu’elles se reflètent aux nôtres, nous voyons alors l’humain dans ses émotions les plus fortes dans sa douleur mentale la plus intense. Ce film, c’est le film des jeunes blessés, torturés et malheureusement impossibles à sauver en majorité. Le titre reflète alors ce paradoxe, comment sauver l’insauvable ? sauver quelqu’un de mort ? ramener de la vie lorsque depuis longtemps elle a quitté le corps ? Comment arriver à revivre, à continuer de survivre dans un pays, un monde qui nous tire sans cesse vers le bas ? Par Marusya et Kimi nous avons l’écho de deux points de vue. Marusya incarne ces autres, ces sauveurs, ces personnes qui restent aux chevets même dans les pires instants jusqu’à la fin. Et lorsque autrui change, sombre, ils les accompagnent jusqu’au bout, les tenant par la main, prêt à sombrer avec eux pour les aider. Kimi, lui, montre à tous ceux qui doutent de ce malheur qu’il est bien réel, que la dépression, l’anxiété sont plus que de la tristesse et du stress. Il nous dévoile que l’on peut être mort en étant vivant mais aussi qu’il faut continuer d’essayer de rester. Kimi, c’est l’incarnation du courage, de la ténacité, de cette petite forme d’espoir qui reste allumée, c’est l’incarnation de cette anxiété, de ces peurs, de ces pleurs avec lesquels beaucoup de jeunes ont des affinités, c’est toutes ces personnes qui comme le mentionne son tatouage sont “born sleepy”. Marusya c’est le soleil caché derrière ces intenses nuages, c’est l’espoir de voir une lumière revenir, c’est la fille, l’amie, l’amoureuse qui nous fait rester un peu plus longtemps. Ce duo peut-être nous, nos voisins, nos collègues…Ce duo il est partout, il est dehors, il est dedans, il est dans nos sociétés aux santés mentales de plus en plus meurtries et il est peut-être en train de lire cette critique…

Zoé Granero T°4

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