Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

cinebaudelaire.overblog.com

Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Just play it!

Publié par Paul Lardet sur 28 Mai 2021, 20:27pm

Catégories : #Comédie, #Comédie française, #émouvant

Just play it!

            Presser un bouton « play » et revisiter vingt-cinq ans de sa vie qui défilent devant ses yeux ? Voici l’idée-cœur du film Play, sorti en salles le 1er janvier 2020. Magnifique association entre deux amis, Max Boublil et, de l’autre côté de la caméra, Anthony Marciano, cette comédie retrace avec beaucoup de poésie la vie de Max et son groupe d’amis et leur émancipation pendant ces vingt-cinq années. Un premier visionnage sans s’y être intéressé auparavant, et on croirait à un film autobiographique dont les plans seraient réels, tant la distribution est riche et réussie, tant l’authenticité et la délicatesse mais aussi l’honnêteté du film (film qui montre aussi bien les erreurs que les succès) sont réfléchies. « Merci papa, merci maman pour ce cadeau incroyable ! »

             « Ah tu sais j’ai une […] résolution pour toi, tu peux vider ce placard avec tes soixante-dix mille cassettes que tu regarderas jamais. […] – Ben tu sais quoi, j’vais le faire, je vais commencer le montage de mon film et vider le placard. » Et c’est ainsi que s’imbrique le film dans le film. Pêle-mêle d’images de la première caméra VHS de Max à l’image tremblotante et granuleuse, jusqu’aux images stabilisées tournées au téléphone portable, en passant par d’autres caméras numériques : « alors ça marche ? (lui demande sa mère, dans les tous premiers essais de la machine) – Ouais (répond-il) ». Ça marche même parfaitement bien. Jamais, pendant le film, on ne quittera cette trame d’images subjectives très cohérente, maîtrisée et aboutie. Après des premières images de test – visiblement à Noël, un feu crépitant dans la cheminée, Alain Chabat (le père de Max) finissant de manger sa part de gâteau – directement des essais de plans cinématographiques : un effet de dénivelé campé grâce à un plan perpendiculaire au sol, mettant en scène l’escalade épique de Max de sa moquette de chambre telle un pic montagneux abrupt et le tour de magie de Mathias qui se dévêtit en un claquement de doigts, ou encore les expérimentations du film d’horreur avec des génériques écrits sur papier « Universal présente […] PEUR EXTRÊME »… Si ça marche ? Oh oui !

Une invitation à une séance de spiritisme et petit à petit les piliers du film se dressent et l’intrigue s’y établit. « Pourquoi il filme ton copain ? – Ah ! il filme tout lui. » Et en effet, un problème se pose déjà ; le cinématographe passe avant la vie de Max. Ce film aborde donc aussi la question du rapport au cinéma (le cinéma dans le cinéma). « Ça fait vingt-cinq ans que je me cache derrière mon objectif », citation1 qui illustre le problème posé et à interpréter aux sens propre et figuré puisqu’en effet, la caméra a réellement créé une interférence entre le véritable personnage de Max et sa vie, virtualisée par des cassettes, et a été un refuge irréfutable. Au sens propre aussi, on peut comprendre le mot « objectif » dans son sens premier (donc comme synonyme de but), objectif qu’on saisit aisément dans le contexte du film, et qui est directement lié à la problématique du film vis-à-vis de la vie, et de l’amour, indirectement liés. Le noyau du film est aussi celui de la relation entre Emma et Max qui dès qu’ils se rencontrent commence fort : un baiser contraint par un « action ou vérité » et Max est conquis, et ne tournera son objectif plus que vers elle, lui volant un deuxième baiser (plus tard dans le film) et se figurant que cette relation se poursuivra. Et quel crève-cœur pour notre amoureux d’être invité au mariage de sa petite-amie, séduite par un DJ, que son cœur n’a pas oublié (pourtant des années plus tard)… Max quitte le mariage alors que la fête se poursuit, et on comprend que son « objectif » a constitué un frein, une entrave à sa déclaration qui n’a jamais trouvé les mots.

La richesse et la diversité des personnages, des péripéties, des décors aussi, la légèreté de certaines blagues, les premières expériences de la vie, ses rebondissements, échecs et succès, tout cela fait que le film fonctionne, et qu’une fois son visionnage terminé on a l’impression d’avoir connu Max, Arnaud et Mathias, d’avoir partagé avec eux un fragment de nos vies, car on y retrouve forcément quelque chose qu’on a vue ou vécue un jour, et le film est forcément captivant. Ce qui fait aussi que ce film fonctionne à merveille, c’est d’abord et avant tout dans son rapport avec le spectateur. Rire, acquiescement peut-être, larmes au mieux, le film tout entier est construit sur des éléments de dialogue qui relient ce qui est à l’écran et ce qui est ancré au plus profond du spectateur. Nombreuses sont les situations réalistes, et le spectateur est susceptible d’en avoir vécues, qui ont même réellement eu lieu pour certaines (on pense par exemple à la coupe du monde de football de 1998, ou à la tempête de Décembre 1999). Réalistes, oui mais, grâce à qui et grâce à quoi ? Tout d’abord, des fondations solides, c’est-à-dire des acteurs crédibles et plusieurs par personnages puisqu’on les suit de leur préadolescence à l’âge adulte ! ce qui induit donc qu’il faut les choisir minutieusement pour qu’ils aient des physionomies qui concordent et qui correspondent à leurs rôles. Ensuite, des dialogues parfaitement aboutis auxquels on ne peut reprocher d’être trop exhaustifs ni trop peu nourris, et qui ont la faculté de projeter les émotions sur le spectateur (on pense à ce titre à la réplique « regardez comme elle est belle ; est-ce que c’est une femme qu’on quitte, ça ? » que Max adresse à sa mère, cette dernière pointant du doigt son fils qui n’a pas de travail et vit encore chez elle à 25 ans).

« Je sais que ce film c’est toute ta vie » : oui, ce film, c’est le tableau d’une existence entière, émotion et rire toujours de mise, mais sans jamais s’adonner au registre pathétique pour autant. « Vous voulez dire un truc à vos gosses si jamais ils vous regardent ? » Dans ce troisième long-métrage d’Anthony Marciano, le réalisateur exploite un méli-mélo de vécus sous une forme d’universalité, et le film devient presque impersonnel puisqu’il évoque, nettoie la poussière accumulée sur les souvenirs de tant de spectateurs, pour la plupart trentenaires. Impersonnalité que certaines critiques lui reprochent. Toutefois, il pose des repères bien précis, adoptant un schéma circulaire qui commence et s’achève sur des séquences au présent, pour les expliquer grâce à cet épicentre lucide et nostalgique. Repères aussi chronologiques ; un t-shirt, un poster, une chanson, cela permet de soutenir un cadre temporel fixe. Ces repères sont commodément et justement situés dans le film, et il n’y a rien de superflu, ni de manquant, ce qui fait que ce cercle se referme et qu’on a plus qu’une envie une fois la projection terminée, celle de ré appuyer sur le bouton « play ».

 

————————

1 située vers la fin du film, et suivie par la phrase suivante : « et aujourd’hui, pour la première fois, je crois que je vais aller affronter la vraie vie »

 

Quelques ressources pour aller plus loin :

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents