Voici enfin le film que j'ai tant attendu, le dernier film de Miyazaki, le dernier hélas à tous les sens du terme (le dernier sorti et le dernier qui sortira). Le maître de l'animation japonaise prend sa retraite. Ce film est peut-être aussi le dernier long-métrage qui sortira du studio Ghibli.
L'histoire se passe dans le Japon du début du 20ème siècle. Le héros, Jiro, rêve de voler mais sa myopie l'en empêche. Il se console en dessinant et construisant des avions qui, à son grand dam, serviront d'avions de combat.
Ce dernier film est aussi, à mon avis, l'un des plus beaux, celui qui , après Mon Voisin Totoro, représente le mieux le monde de Miyazaki. En même temps qu'il fait référence à ses films antérieurs, il redéfinit son cinéma : les héros sont des adultes, le film couvre 40 ans d'une vie au lieu de quelques jours d'ordinaire, l'amour est représenté alors que, dans ses autres films, il est seulement suggéré. Ici, l'amour sert à humaniser le héros. De plus, ce film est inspiré de personnages réels. C'est un film hommage.
Bien que le film soit inspiré de la réalité, il conserve la dimension fantastique et poétique propre à Miyazaki, par le moyen du rêve : le rêve au sens de l'image et le rêve au sens de l'idéal.
Ce film est riche de multiples références, aussi bien aux films de Miyazaki, qu'aux cinéastes ou poètes qu'il aime. Un peu à la façon d'Hitchcock qui apparaissait furtivement dans les scènes de ses films, Miyazaki dissimule des personnages de ses films passés, par exemple Totoro qui paraît entre deux arbres, ou encore Nausicaä dans un avion. L'évocation peut être plus évidente comme la reprise de la scène « le cimetière d'avion » présente dans Porco Rosso. Ce film peut aussi être mis en parallèle avec le magnifique et tellement émouvant Tombeau des Lucioles d'Isao Tahakata, dont Miyazaki dit lui même qu'il est le seul réalisateur dont l'avis lui importe. Quant au titre, il est une référence explicite au vers de Paul Valéry : « Le vent se lève... Il faut tenter de vivre ! »: le vent qui porte ou fait obstacle, le vent qui élève ou entraîne à la chute. Le vent est un thème récurrent chez Miyazaki : le vent violent et destructeur comme dans Le château dans le ciel ou dans Nausicaä de la vallée du vent ; le vent favorable et porteur comme dans Mon voisin Totoro ou Kiki la petite sorcière.
Miyazaki évoque ainsi son projet : « Je veux créer quelque chose de réaliste, quelque chose de fantastique, de parfois caricatural, mais qui soit au final un magnifique film ». C'est fait et bien fait. Merci M. Miyazaki d'avoir bercé mon enfance et de m'avoir ouvert le monde du cinéma.
Thierno Barry

