A la fin du film, vous restez pendant quelques secondes sous le choc de la dernière scène.
Due euro L’ora est un film réalisé par Andrea D’Ambrosio sorti en 2015. Il a reçu beaucoup de prix, et cela se comprend. La vision de ce film a été un véritable choc pour moi, et la rencontre avec le réalisateur m’a fait « ouvrir les yeux » sur une situation inacceptable : comme le réalisateur le dit « Ce n’est pas possible, aujourd’hui dans un pays civilisé de mourir à 17 ans dans une usine ». Ce film a été inspiré d’une histoire vraie : en juillet 2006, un incendie s'est déclaré dans une usine clandestine, ce qui a provoqué la mort de deux ouvrières ; le patron écopa de dix ans de prison… Il faut savoir aussi que le réalisateur n’a auparavant réalisé que des documentaires, ce film est donc sa première fiction.
Ce film raconte l’histoire de deux filles travaillant dans une usine de textile illégale, dirigée par un patron incarné par Peppe Servillo, qui a un jeu d’acteur vraiment marquant. Les deux autres protagonistes jouent bien, sans plus.
La plus jeune, Rosa fait croire à son père qu’elle va à l’école, mais elle travaille en fait dans cette usine. L’autre fille, Gladys, un peu plus âgée, n’ose pas, comme les autres employées de l’usine, dénoncer cette entreprise à la police, de peur de ne plus avoir de travail. Elle rencontre le propriétaire de la salle de sport d’à côté.
Le scénario est bon, même s’il ne recense pas de grosses surprises. (Sauf la fin)
Le film a en revanche une très bonne prise de vue : les plans sont vraiment beaux pour certains (même si c’est vrai que le manque de budget pour le film est par moment légèrement visible). Je trouve que la photographie est très en rapport avec le scénario. Par exemple, le copain de Rosa part en bus, en la laissant sur le quai, devant le bus : Gros plan sur Rosa, avec au fond, en flou (mais qui remplit tout l’écran) le bus. Quand il part, Rosa se retrouve dans le noir de la nuit, sans doute pour rappeler sa solitude. (Passage d’une image lumineuse à une image sombre, en quelques secondes). Une autre scène marquante : Gladys est dans la forêt, filmée en contrejour ; l’équipe technique a rajouté de la fumée, pour donner à la scène un caractère « irréaliste », exactement comme la suite de la scène nous le montrera.
Le reste, décors, costumes, est en accord avec le reste du film, mais sans grand intérêt. (Du moins cela est mon impression, après n’avoir vu le film qu’une fois).
Pour ce qui est de la bande originale, elle n’est pas très marquante : c’est un petit orchestre qui joue de la musique de style traditionnel. Elle n’est étonnamment pas vraiment en accord avec l’image : elle vient et elle part sans trop de raison. La seule fois où elle prend de l’importance, c’est lors de la scène finale, mais j’y reviendrai à la fin de la critique.
Mais parlons de la grandiose scène finale – cette partie comporte des éléments du film (spoile) :
Un incendie se déclare à l’intérieur de l’entreprise de textile. La scène est belle (les flammes, la soudaine action contraste avec le reste du film), même si on voit clairement un manque de budget, mais cela n’enlève rien à la beauté de la scène, au contraire. La musique est une simple note répétée. Rose va essayer de sauver Gladys, restée dans les toilettes. La scène est superbe, bien tournée, la musique est excellente (un simple rythme), la tension est à son comble. A la fin de la scène (ce qui correspond à la fin du film), vous restez pétrifié pendant quelques secondes : la scène est vraiment choquante.
On peut quand même noter que c’est la seule scène « d’action » et/ou de véritable « tension » du film : c’est quand même assez dommage, cette scène étant vraiment bien tournée.
Un bon film dans l’ensemble, avec un acteur vraiment marquant, une prise de vue en accord avec le film, et une scène finale grandiose. On peut peut-être reprocher que le film traine un peu en longueur, mais il y a pire et aussi une musique sympa mais pas trop en accord avec le film. Une très bonne découverte.
Quentin Marlier
