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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Réparer les vivants

Publié par Candice Couvé sur 26 Novembre 2016, 20:43pm

               Réparer les vivants est un film français réalisé par Katell Quillévéré, réalisatrice, scénariste et costumière française. Ce dernier est sorti en salle le 1er novembre 2016. Il est adapté du roman portant le même nom, écrit par Maylis de Kerangal. 

               

                Pendant près de 100 minutes, nous suivons Simon (Gabin Verdet), un adolescent fan de surf. Un jour, il saute par la fenêtre de sa petite amie pour partir à la mer avec ses amis afin de pratiquer sa passion. Sur le chemin du retour, ils sont victimes d’un accident de voiture. Simon, étant le seul à ne pas s’être attaché, subit un traumatisme crânien et est déclaré en mort cérébrale. A l’hôpital, le docteur tente de convaincre les parents de Simon, Marianne (Emmanuelle Seigner) et Vincent (Kool Shen), de faire don de certains organes de leur fils. Pris de douleur et de tristesseils refusent puis finissent par accepter. Arrive donc Claire (Anne Dorval), une musicienne accomplie attendant une greffe du coeur. Etant mère de deux enfants, cette greffe est donc inévitable. 

 

               L’énorme vague au début du film nous annonce déjà une couleur : un film qui va être empli d’émotion. Dans ce film, Katell ne nous cache rien, elle filme toutes actions, tous sentiments de chacun en passant par les larmes, les cris, le manque et en mettant en avant le chagrin de ceux qui restent en vie. Ce film est une « vague » d’émotion, mettant la musique et les prises de vues au service de notre sensibilité, ce qui est absolument nécessaire si l'on veut bien réfléchir au sens de la vie, mais plus particulièrement de la nôtre. Une réflexion sur l'humanité en général et sur l'amour en particulier. Malgré ces nombreuses émotions, ce film ne sombre jamais dans le pathétique. Réparer les vivants nous raconte la mort, et nous parle d’amour, beaucoup d’amour à tout point de vue en passant par l’amour des parents, du métier, de la composition et décomposition des couples, de la fraternité…etc. Katell a eu la bonne idée de mettre l'accent sur la différence d'âge entre celui de Simon, un jeune qui trouve la mort et Claire, une mère qui pourra revivre. Dans ce film, on peut dire que la mort permet quelquefois aussi la vie. C’est une œuvre fluide et apaisante où l'on apprend les difficultés et procédures de la donation d’organes ; mais cette oeuvre est également une prise de conscience pour tout spectateur sur ce monde actif et prêt à tout pour sauver des vies (médecins, policiers…etc.) en ayant une extrême finesse auprès des proches des victimes. On prend conscience de cette difficulté que doivent accomplir ces derniers, une tâche extrêmement lourde et pesante.

 

               Plus centré sur la technique, le film commence sur un plan de nuit où l’on peut voir Simon sur son vélo et enchaine avec un plan où ce dernier pratique le surf au milieu d’une mer très agitée. Dès ce commencement, on s’aperçoit que ce jeune homme est un amoureux de la vie, recherchant des sensations toujours plus fortes. On nous offre des scènes incroyablement belles. Notamment cette scène de surf époustouflante qui pourrait presque nous donner l’envie de nous y mettre avec une maîtrise technique incroyable. Cette dernière est d’ailleurs constituée d’une alliance de couleurs entre la mer et le ciel particulièrement belle et poétique qui nous mène à une réflexion entre la vie (le bleu) et ce futur accident qui conduira à la mort (le gris). Il y a aussi une forte présence de tendresse, dont deux sous-intrigues (parmi tant d’autres qui sont très bien maitrisées) une amourette d’adolescent ou encore une séquence où les deux fils de Claire visionnent E.T l’extraterrestre dans les bras de leur mère, Claire. De plus, ce film présente des prises de vues très réalistes telle que la scène de la greffe cardiaque qui pourrait presque être tirée d’un documentaire médical. En outre, le titre est extrêmement bien communicatif, il est explicite sur ce qu’on va pouvoir trouver dans ce film. Il est très beau et apporte une touche un peu « enfantine », puisqu’on ne « répare » pas un humain comme on peut réparer un objet.

 

             Les seuls bémols qui sont d’ailleurs très peu nombreux pour moi sont, premièrement, le fait que, dans la seconde partie du film, les acteurs ne sont plus vus en « profondeur » mais en « surface ». En revanche, le jeu d’acteur est très bien maitrisé par tous et Katell a fait le choix de placer chacun de ses personnages au même niveau, c’est à dire qu’aucun personnage n’est plus important qu’un autre, chacun d’eux trouvent leur importance dans ce film. Un deuxième point, et le dernier sur lequel j’aimerais revenir, est ma curiosité. Je trouve qu’il est dommage de ne pas nous avoir montré comment les parents de Simon étaient arrivés à accepter cette donation d’organes, à savoir que c’est un sujet tabou de nos jours et que c’était probablement un choix de la scénariste pour ne pas ouvrir un éventuel débat sur ce dernier.

 

            Je recommande ce film à tous. Il est rare aujourd’hui qu’à tout âge on puisse se sentir concerné par un même film. Chacun de nous pourrait vivre ce genre de situation, de difficultés. Cette oeuvre nous met par ailleurs face à nous-même. Par moment, nous nous mettons très facilement à la place de ces acteurs, que ce soit Simon, ses parents ou bien tous ces autres personnages présents. En sortant de la salle, nous sommes bouleversés. Non pas par l’émotion que ce film a dégagé, mais plutôt par la réalité que la scénariste a cherché à nous montrer. On ne se sent pas plus vivant qu’après avoir visionné cette projection. Elle nous rappelle que notre vie ne tient « qu’à un fil » et qu’il est important de profiter de chacun de nos instants. 

 

              "Réparer les vivants" est un film indispensable. 

 

                                                                                                                          Candice Couvé 

 
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