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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


La Prière

Publié par Julien Ribiollet sur 16 Mai 2018, 12:32pm

La Prière

Le 14 février sortait L’Apparition de Xavier Giannoli. Le 21 mars sort La Prière de Cédric Kahn. Un thème commun et une structure narrative similaire : l’itinéraire intérieur d’êtres écorchés par la vie et qui font face au mystère de la foi. Mais qu’est-ce qui pousse les cinéastes français à s’aventurer sur le terrain glissant de la spiritualité ?

Thomas (Anthony Bajon), vingt ans, arrive, usé par la drogue qu’il n’arrive pas à abandonner, dans un centre catholique, perdu dans les montagnes. Y ont atterri des garçons de tous horizons, croyants ou récalcitrants à la religion, mais qui ont en commun une grande détresse affective. Si le lieu est magnifique dans ses paysages, les conditions d’accueil sont particulièrement dures : cheveux presque rasés, les quelques affaires personnelles confisquées… Sur le plateau de Trièves, au-dessus de Grenoble, les journées sont consacrées exclusivement au travail et à la prière. Impossible de se retrouver seul, interdit de communiquer avec l’extérieur : ici, tout est fait pour que ces jeunes se reconstruisent socialement grâce à la vie communautaire et intérieurement grâce à la foi chrétienne. Et Thomas, peu à peu, effectivement, se reconstruit.

Ainsi raconté, le film semble faire l’éloge du catholicisme. Ce n’est pourtant absolument pas le cas. Cédric Kahn est agnostique et raconte l’histoire de Thomas selon son point de vue. Dans une interview donnée à Arte, il dit lui-même qu’il a réalisé « un film de non-croyant ». Il observe de l’extérieur son personnage et son évolution au sein de la communaut. Sa caméra ne s’intéresse pas tant à la religion mais à la façon dont Thomas va s’en servir pour se libérer. La Prière n’est donc pas un film sur la religion, mais un film sur la croyance. A son arrivée au centre, Thomas ne croit pas en Dieu, et surtout, ne croit plus en lui-même. Il avance les premières semaines en silence puis il craque. Il veut rentrer chez lui mais reprend confiance grâce à Sybille, une jeune fille de la région dont il tombe amoureux, et remonte au centre. Il apprend alors les psaumes par cœur, il prie. La prière devient le moyen de se réconcilier avec lui-même. Thomas s’éveille à la foi en restant libre, ce n’est pas le fruit d’un conditionnement. C’est d’ailleurs ce que veut signifier le réalisateur dans l’émouvante séquence où des jeunes sortis de la communauté racontent face caméra leur parcours et leur réintégration à la vie réelle : s’ils sont croyants, ils ne sont pas forcément pratiquants ; mais pour tous, la prière a été un moyen d’apaisement. Cédric Kahn regarde cette communauté sans jugement ni idéalisation, il la respecte en reconnaissant les miracles qu’elle accomplit vis-à-vis de ces jeunes toxicomanes, sans en cacher les failles. S’il montre l’éveil vers la foi de Thomas, il montre aussi la mort d’un pensionnaire pour lequel les conditions de vie étaient trop rudes…

Si ces jeunes arrivent à se reconstruire, c'est surtout grâce à la fraternité qui règne entre eux. Dès son arrivée, Thomas se voit attribuer un « ange-gardien » : Pierre (Damien Chapelle), un autre pensionnaire auquel il peut se confier. C'est lui qui va calmer Thomas lorsqu'il subit une crise de tremblements, c'est lui qui va veiller toute la nuit pour qu'il n'en refasse pas une autre, c'est lui qui va l'accompagner plusieurs jours en isolement. Cédric Kahn fait en sorte que Thomas ne soit jamais cadré seul lorsqu'il est au pensionnat.  Il est interdit d'être seul, pour ne pas être tenté de fumer une cigarette, ou quoi que ce soit en lien avec la drogue. Dès qu'un membre s'éloigne, tous les autres partent à sa recherche, par solidarité. Lorsque Thomas quitte finalement le centre, chacun va lui exprimer son soutien, dans un langage si naturel que l’on peine à croire qu’il ne soit pas spontané de la part des comédiens. Les mots sont sobres, les gestes symboliques. Le réalisateur choisit de filmer l'adieu entre Pierre et le jeune homme par une accolade silencieuse entre un « père et son fils ».

La caméra de Xavier Giannoli magnifiait la révolution intérieure de son personnage ; celle de Cédric Kahn l’observe avec plus d’humilité. Mais, indéniablement, l’un et l’autre font preuve de bienveillance.

 

Julien Ribiollet 1°S3

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