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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


BlacKkKlansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 18 Septembre 2018, 20:51pm

BlacKkKlansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan

Magistral, c'est le mot qui convient pour désigner BlacKkKlansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan, réalisé par Spike Lee. Un scénario (tiré de faits réels) prenant et bien ficelé, une réalisation impeccable et des personnages marquants : rien n'est laissé de côté, pas même la musique originale qui rythme le film à des moments importants. Une grande réussite pour une œuvre au sujet grave : les tensions entre la population noire aux Etats-Unis et le Ku Klux Klan, peu après les droits civiques proclamés et l'égalité entre noirs et blancs clairement énoncée. Seulement, les suprémacistes ne voient pas ça d'un bon œil et continuent à persécuter les Afro-Américains.

L'histoire, c'est celle de Ron Stallworth, (John David Washington), qui devient le premier policier noir de la ville de Colorado Springs. Après s'être frotté aux regards mauvais de certains de ses collègues racistes, Ron est intégré à une mission d'espionnage : infiltrer le sombre Ku Klux Klan, groupe de suprémacistes blancs fanatiques persuadés de la supériorité de la race blanche. Mission Impossible ? Pas pour Ron qui manie l'art de l'infiltration et des faux-semblants à la perfection.

Ce que j'ai immédiatement aimé dans ce film, c'est son ambiance. L'ambiance afro-américaine m'a toujours beaucoup plu et Spike Lee a réussi à resituer cette ambiance noire des années 70 aux Etats-Unis : couleurs chaudes, musiques...BlacKkKlansman est une fiction au thème dramatique dont les faits sont réels, mais c'est aussi une déclaration d'amour à la culture afro-américaine de la part du réalisateur. Le ton du film est parfaitement maîtrisé : il sait montrer une scène dramatique, mais n'oublie pas pour autant quelques traits d'humour, venant essentiellement du personnage de Ron. L'humour est là pour rappeler qu'il ne faut pas renoncer à vivre même avec la persécution constante du KKK. Le duo entre Ron et Flip (Adam Driver) est mémorable : en plus d'incarner la même identité d'infiltration, les deux policiers offrent d'excellents dialogues, élevant chaque acteur un peu plus haut. Quand à la musique, elle accompagne à la perfection le propos et entraîne d'autant plus le spectateur dans l'univers du film.

Evidemment, le plus intéressant dans le film est son fond : le sujet du combat des Afro-Américains et de la police contre le Ku Klux Klan est très intéressant et important dans l'histoire des noirs aux Etats-Unis et dans notre histoire. Spike Lee est très attaché à ses racines africaines, cela est transparent dans le film. Le réalisateur porte haut et fier le combat qu'a mené la population afro-américaine contre les suprémacistes blancs. La représentation des membres du KKK est assez fine : il est fait la distinction entre les haineux violents (comme le personnage de Jasper Pääkkönen) , et les plus nuancés, manipulateurs et plus posés, comme David Duke incarné par Topher Grace. On est pas face à une seule et unique caricature du méchant raciste stupide et violent. Mais là où le film se démarque, c'est quand il nuance les revendicateurs afro-américains. En effet, bien que la lutte soit juste, le réalisateur veille à ce que nous n'oublions pas que certains groupes de militants afro-américains appelaient à la haine des blancs et à la violence (le mouvement des Blacks Panthers est évoqué dans le film). Cet aspect devient marquant grâce à la scène du meeting au début du film, où nous sommes comme Ron Stallworth plongés dans la ferveur militante du peuple afro-américain. Ainsi, le film réussit le pari de ne jamais être manichéen : chaque camp a ses extrêmes, aucun ne détient une légitimité absolue. La fin du film nous place à l'apogée de l'extrême de chaque camp, avec une succession en miroir de plans où les membres du KKK et les militants afro-américains scandent "White Power" et "Black Power", le poing levé. Quand à la toute fin, rien n'aurait pu conclure ce film de façon aussi juste. Les images réelles de manifestations actuelles de haine raciale ramènent de façon brutale et inattendue à la réalité. On se rend compte douloureusement que la haine raciale n'appartient pas au passé et que des membres du Ku Klux Klan, dont David Duke, sont toujours là pour appeler à la haine.

BlacKkKlansman est en conclusion un film bouleversant et important. Il sait rester juste sur l'histoire de cette époque aux Etats-Unis tout en passant par la fiction. Un grand bravo à Spike Lee, aux acteurs et à tous les gens derrière la production de BlacKkKlansman : j'ai infiltré le Ku Klux Klan.

Noé Bastard

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