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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Les Animaux Fantastiques - Les Crimes de Grindelwald

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 29 Novembre 2018, 21:24pm

Les Animaux Fantastiques - Les Crimes de Grindelwald

        Avis à chaque sorcier et sorcière du monde entier : préparez-vous à « transplaner » dans le cinéma moldu le plus proche ! Depuis le mercredi 14 novembre, Les Animaux Fantastiques - Les Crimes de Grindelwald sont en salle !

 

        De quel sortilège David Yates (Harry Potter 5 à 8, Les Animaux Fantastiques 1) a-t-il été victime pour nous enchanter de la sorte ? Si le premier volet de la saga vous avait plu, alors celui-là vous fera l’effet d’un élixir d’euphorie !

        Reprenons : quelques mois après sa capture (Les Animaux Fantastiques 1), Gellert Grindelwald (Johnny Depp, une interprétation froide, dans la retenue : parfaite pour ce personnage) s’évade. Il se rend à Paris et entreprend de réunir ses partisans plus nombreux de jour en jour. Albus Dumbledore (Jude Law, tout simplement bluffant), professeur de Défense Contre les Forces Du Mal à Poudlard, l’école de sorcellerie, semble être le seul sorcier suffisamment puissant pour pouvoir l’arrêter. Il envoie le magizoologiste Norbert Dragonneau (un Eddie Redmayne moins présent que dans le précédent film) à Paris afin qu’il trouve et protège Croyance (Ezra Miller), un « obscurus » (sorcier ne contrôlant pas ses pouvoirs magiques et pouvant se transformer involontairement en une masse noire destructrice) que Grindelwald cherche à recruter pour l’utiliser contre Dumbledore.

 

        Les Animaux Fantastiques – Les Crimes de Grindelwald est avant tout un film qui renoue avec l’incroyable monde des sorciers créé par J.K. Rowling dans les Harry Potter. Cette magie doit son efficacité principalement au travail d’orfèvre de Stuart Craig, chef décorateur, et du duo Mina-Lima, accessoiristes. Depuis L’Ecole des Sorciers, ils contribuent à la création de ce monde par leur incroyable sens du détail. Le Ministère Français de la Magie en est sans aucun doute le meilleur exemple. Le bâtiment qui s’inspire fortement du Grand Palais a été quasiment entièrement recréé en studio. Toutes les affiches, toutes les statues, et même les documents que lit la sorcière de réception à l’arrivée des personnages dans le hall d’entrée ont été intégralement pensés et fabriqués pour que le décor soit cohérent en tout point.

       Les colonnes de la salle des archives magiques, qui se meuvent en parfaite harmonie les unes autour des autres, contiennent chacune près de mille dossiers différents, tous faits mains par les équipes accessoiristes. La Rue Claudel illustre également cette attention portée à tout ce qui semble insignifiant aux yeux du spectateur. Cette rue est l’équivalent du Chemin de Traverse des Harry Potter : cachée des moldus et accessible uniquement en rentrant dans une magnifique statue de zinc, elle renferme un nombre incroyable de boutiques, dont chaque vitrine a été remplie par des objets fonctionnels créés pour le tournage. Et si cette rue marque autant le spectateur, c’est surtout pour l’incroyable cirque qu’elle renferme : des créatures magiques y déambulent comme un démon chinois, le « Zouwu », ou un « malédictus », une femme serpent...

 

         Que dire en effet des effets spéciaux époustouflants qui rendent fascinant l’univers de J.K. Rowling ? Les créatures sont à nouveau au centre du film, et elles sont toutes plus réalistes les unes que les autres. Aussi retrouve-t-on les « niffleurs » (sorte d’ornithorynque attiré par tout ce qui brille), les « botrucs » (petits êtres verts ressemblant à des branches d’arbustes) mais aussi de nouvelles espèces comme le « kelpy » (dragon aquatique) ou l’ « augurey » (un oiseau devin). Ces animaux sont particulièrement attachants et participent à l’immersion du spectateur dans ce monde merveilleux. La magie est d’ailleurs présente dans presque tous les plans, que ce soit un fiacre volant duquel s’échappe Grindelwald, une statue qui bouge dans le ministère, ou un enfant qui nage dans une bulle d’eau en apesanteur… L’étalonnage légèrement jaune-gris vieillit discrètement l’image. Cet effet associé aux incroyables costumes des années 30 imaginés par la costumière Colleen Atwood renforce la féerie du film, créant un contraste très beau à l’écran entre une société désuète et un univers fantastique.

 

        La musique enfin participe à la fascination que provoque le film sur le spectateur. James Newton Howard qui avait déjà travaillé sur le premier volet propose des thèmes envoûtants à base de piano et de cordes. Celles-ci sont tantôt jouées à l’archet pour les thèmes de Norbert ou des créatures, tantôt frappées pour les thèmes de Grindelwald et de ses partisans, parfois en pizzicatto pour le monde moldu, souvent en ostinato pour le monde des sorciers.

 

        A quelques semaines de Noël, J.K. Rowling et David Yates n’auraient pas démérité à simplement chercher à émerveiller le spectateur. Pourtant, à rebours des blockbusters américains, le film nous conduit aussi à une réflexion sur la montée du fascisme en Europe dans l’entre-deux-guerres. L’histoire a lieu en 1927, six ans avant la prise de pouvoir d’Hitler. Grindelwald rassemble ses partisans, ou ses fanatiques pour reprendre les mots de Norbert Dragonneau, dans des conférences où il s’adresse à eux dans un discours ultra-nationaliste. Il pense que les sorciers ont de naissance le droit de gouverner sur les moldus qui n’ont pas de pouvoirs magiques. Il veut les réduire en esclavage sous la domination de cette minorité de sorciers « sang-pur » (dont les parents sont eux-mêmes des sorciers). Il veut former une race d’élite, supérieure de naissance. Son slogan justifie selon lui sa doctrine raciste et violente : tout cela est « pour le plus grand bien ». Le pouvoir qu’il promet attire de nombreux sorciers, comme le fascisme avait trouvé ses adeptes à la même époque… Dans une interview, J.K. Rowling suggère également que le personnage de Grindelwald, par sa démagogie et sa doctrine raciste, peut trouver son équivalent dans la politique actuelle, notamment aux États-Unis...

 

        Pas de doute : en ces temps où la démocratie est menacée, ce deuxième volet des Animaux fantastiques peut faire à chacun d’entre nous, petit ou grand moldu, le plus grand bien !

 

Julien Ribiollet TS2

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