Une tragédie familiale plus qu'une bavure de guerre.
Samouni Road est un documentaire réalisé par Stefano Savona et sorti en 2018. Celui-ci retrace l'histoire d'une famille de paysans palestiniens, les Samouni qui donnent leur nom au village dans lequel ils vivent situé près de Gaza en Palestine, pendant le conflit israélo-palestinien. Ce documentaire franco-italien de 128 minutes allie animation et prise de vue réelle.

Nous suivons donc la famille Samouni dont font partie la jeune fille Amal, son cadet Fouad, leurs frères et leurs cousins, qui mène une vie plutôt paisible dans leur village où ils vivent des rentes de leurs arbres et champs. Le conflit et les affrontements entre Palestine et Israël ont déjà débuté mais les Samouni, très croyants, gardent l'espoir qu'Allah les épargnera et se disent qu'étant donné qu'ils ne représentent pas de de danger pour les Israéliens, ceux-ci ne leur feront pas de mal. Les troupes israéliennes avancent sur Gaza et arrivent au village de Samouni qu'ils prennent de force, obligeant les civils à se rassembler en un même point, et sur une erreur de communication, bombardent les villageois faisant des dizaines de morts et blessés. Suite à cela, les villageois survivants du drame vivent dans les décombres et ce qui reste de leurs champs. Ils doivent alors reconstruire leur village et leur mémoire. Plus tard, les enfants parlent fièrement de leurs parents morts en martyrs et un événement positif : le mariage du frère aîné d'Amal, clôt le documentaire.
Le film enchaîne des séquences filmées bien après le massacre entrecoupées de séquences d'animation qui retrace les événements de la famille avant et jusqu'au massacre. Cette chronologie intrigue le spectateur par le fait que celui-ci arrive dans le film après ces événements et à part les dégâts matériels et les travaux, tout semble être rentré dans l'ordre. Stefano Savona a fait le choix de l'animation afin de garder l'authenticité des propos sans faire jouer aux personnes des scènes car ils ne sont pas acteurs et le but est ici de montrer la réalité des faits. Les animations sont en noir et blanc, les dessins sont parfois très réalistes permettant une transition directe avec la prise de vue réelle, l'image est assez désagréable, en effet ces souvenirs doivent aussi l'être pour les Samouni. La musique de Giulia Tagliavia est parfaitement adaptée à l'image.
On peut tout d'abord observer de la solidarité entre les membres de ce village, la nourriture est partagée, tout le monde organisent les mariages, les cérémonies de commémorations. Ensuite, il y à ce déni de la possibilité d'être massacré durant la guerre, cette foi en Allah à toute épreuve ( les enfants doivent connaître les sourates du Coran, la mosquée est l'un des premiers bâtiments reconstruits). Puis il y à la cruauté des soldats, la destruction apportée par la guerre dans ce village paisible. On remarque néanmoins l'espoir tout au long du film avec la symbolique de l'arbre, les enfants sont fiers des arbres de leur famille, ce sont leurs ancêtres qui les ont plantés, Fouad n'a qu'une pensée après les événements : replanter tout les arbres.
Le documentaire a été nominé dans 4 catégories au Festival de Cannes et a bien plu au public car il a reçu le prix de l’œil d'or SCAM.
Ce film est fort en émotion, plein de sens et magnifique dans sa réalisation c'est pourquoi je vous conseille fortement d'aller le voir !
Evan Le Paih.