Wardi, le jeune héroïne du film éponyme et Sidi, son arrière-grand-père. (© Foliascope / Les Contes Modernes)
Bonjour chers lecteurs, Je viens vous présenter le film d'animation franco-norvégien-suédois Wardi réalisé par Mats Grorud, aussi connu sous le nom de The Tower. Il s'agit de son premier long-métrage, qui a été projeté en première mondiale hors compétition au 42ème Festival International du Film d'Animation d'Annecy. Il a été aidé par Trygve Allister Diesen et Ståle Stein Berg au scénario et par le studio français Foliascope à l'animation. Je tient à préciser que je l'ai vu en avant-première dans le cadre des 18ème Rencontres du film des Résistances et qu'il sortira officiellement le 27 février 2019.
Wardi retrace 70 ans de conflit israélo-palestinien avec justesse et sensibilité rendant un sujet grave accessible au plus grand nombre, mais pas ceux en dessous de 11 ans tout de même car toute la violence de ce conflit ne peut pas être cachée.
De quoi parle précisément ce film, demandez-vous ? Et bien, l'histoire se passe de nos jours, on suit Wardi, une jeune palestinienne de 11 ans née dans un camp de réfugiés à Beyrouth, au Liban, et vit avec sa famille dans l'une des nombreuses tours délabrées qui parsèment ce camp. Sidi, son arrière-grand-père adoré était l'un des premiers à s'y installer et, sentant sa fin approcher, il décide un jour de lui donner la clé de sa vieille maison en Galilée qu'il portait autour du cou. En interprétant ce geste pour une perte d'espoir, Wardi décide de questionner les membres de sa famille, dont l'histoire s'étale sur quatre générations. Elle découvrira son histoire du « Al-Nakb », ou « La catastrophe », de 1948 jusqu'à aujourd'hui au fur et à mesure qu'elle escalade les étages de la tour.
Pour quelles raisons devez-vous aller voir ce film ? Pour voir une fiction et non un documentaire sur ce conflit, pardi ! Bien qu'il se base sur de réels témoignages recueillis par le réalisateur, il se démarque en utilisant une narration rarement utilisée pour traiter de ce sujet. Parlons de son histoire, non seulement il parle de ces 70 ans de conflits et la façon dont les palestiniens résistent avec intelligence, mais également de la portée de la transmission, celle des valeurs et de l'histoire. Transmission notamment symbolisé lorsque Sidi donne la clef à Wardi. On note également que le long-métrage ne tombe jamais dans le « trop tragique », il arrive a rendre la gravité de ce conflit un peu plus léger grâce, notamment, à ce second thème. Concernant les personnages, ils sont majoritairement des membres de la famille de l'héroïne et chacun apportent une vision sur ce conflit et la manière de vivre avec en fonction des expériences de chacun. Leur nombre est honnête, mais comme leurs noms sont peu commun en France on peut finir par s'y perdre un peu. Cela dit, on peut regretter le manque d'informations sur certains, par exemple, un personnage possède une séquelle physique qui n'est jamais expliquée.
Seule l'histoire vaut le coût ? Bien sûr que non ! Il vaut le détour pour bien d'autres éléments ! Prenons l'animation, Wardi utilise la stop-motion pour ses scènes dans le présent et de la 2D pour les souvenirs des personnages. Ces deux techniques bien maîtrisées permettent de ne pas se perdre entre les changements d'époques. On peut noter le choix d'inclure de véritables photos dans quelques scènes, ce qui permet de renforcer la partie témoignage du film, bien que l'on peut être déstabilisé par le fait que des poupées en stop-motion ressemblaient à des être humain « normaux » dans leur jeunesse. Pour ce qui est des décors, le camp du présent semble être particulièrement immense et labyrinthique et on voit son évolution pour arriver jusque là à travers les souvenirs. Les tours, comparables à la tour de Babel, ont l'air fragile et bancales, comme la situation des réfugiés palestiniens dans ce conflit. Concernant les musiques, elles fondent avec le propos du film et le servent à merveille. Soulignions celle de la scène final qui nous fait ressentir un flot d'émotions et celle du générique de fin à l'air un peu traditionnel juste magnifique.
Pour conclure, Wardi est un film d'animation poignant sur ce conflit israélo-palestinien sans fin et surtout sur l'importance du passé et de ses origines et qui, au niveau de la réalisation, est plein de bonnes idées. Mais, chers lecteurs, c'est à moi de vous poser une question maintenant : Pensez-vous qu'un groupe de 6 pigeons puisse transporter un être humain ? Pour savoir de quoi je parle, rendez vous en salle ! Du moins, si vous êtes intéressé bien sûr...
DEMARS Cyrielle, 1èreS4
