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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


La ballade de Buster Scruggs

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 1 Décembre 2018, 12:59pm

La ballade de Buster Scruggs

Cela fait désormais quelques temps que les plateformes de streaming se développent de plus en plus. Netflix, Amazon, Disney etc... Chacun y va de son site pour tenter de profiter de la nouvelle popularité de cette nouvelle forme de distribution. Cela ne va néanmoins pas sans débats. La polémique qu'avait soulevé Netflix en tentant de présenter le film Okja de Bong Joon-ho en est un bon exemple. On reprochait au film le fait d'être disponible uniquement sur la plateforme et non pas en salles. A partir de ce moment là une question se pose, les plateformes de Streaming conduisent elles à la mort du cinéma ? En effet, là où elles se contentaient jusqu'à maintenant de diffuser des réalisations, cela fait quelques temps que celles ci commencent à diffuser leurs propres productions. Netflix s'est notamment imposée dans le milieu cinématographique comme un studio de production sur lequel il faut compter. Mais quel est donc ce cinéma que produit Netflix ? La plus part vous diront que c'est uniquement du divertissement simple et inintéressant cinématographiquement avec un catalogue composé majoritairement de séries pour ados. Quand bien même cela aurait été vrai à une époque, c'est loin d'être le cas maintenant. Netflix engage de vrais auteurs et leur donne en plus une assez grande liberté de création, laissant même parfois le final cut aux réalisateurs (chose très rare aux Etats-Unis). Tout cela en échange de la diffusion exclusive des œuvres sur la plateforme. C'est ainsi qu'après David Fincher (Mindhunter), les Wachowsky (Sense 8) et Bong Joon-ho (Okja), c'est au tour des frères Cohen de venir faire un tour du côté de Netflix, avec leur nouveau film, pour le moins atypique, La ballade de Buster Sruggs.

La ballade de Buster Scruggs est donc un western écrit et réalisé par Joel et Ethan Cohen produit et distribué par Netflix. Le film est construit sur une forme assez particulière qui est celle de six courts/moyen métrages tournant tous autour d'un même thème: L'ouest sauvage. La construction fait notamment penser à Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch. Etant donné qu'il serait compliqué (et long) de traiter chaque segment du film indépendamment, je vais plutôt parler du "long métrage" dans son intégralité. La première chose qui saute aux yeux est encore une fois l'amour de Frères Cohen pour les territoires américains. En effet, contrairement à un réalisateur comme Clint Eastwood qui aime les Etats-Unis, les frères Cohen ont une profonde affection pour l'Amérique avec un grand A. Cela se ressent tout le long du film où les paysages sont toujours filmés de manière majestueuse. Que ce soit les déserts, les forêts gelées ou encore les terres verdoyantes de la gorge dorée, chaque moyen métrage met en valeur les terres sur lesquelles il prend place. Ces plans apportent une poésie à cette réalité très crue que dépeignent les frères Cohen. Ces plans sont d'ailleurs à l'image de la photographie du film, aussi belle et majestueuse que sobre et humaine. On doit ce résultat au travail de Bruno Delbonnel. Ce monsieur n'est pas n'importe qui car en dehors d'avoir déjà travaillé avec les Cohen pour Inside LLewyn Davis, il a également géré la photographie du Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jeunet. Quelqu'un qui a donc de l'expérience dans la façon de retranscrire à l'image des émotions très humaines. 

Mais en dehors de leurs images, c'est surtout dans leur style qu'on retrouve le plus les frères Cohen. Tout d'abord ils confirment après True Grit, qu'ils maîtrisent sans problème les codes du western. Codes qu'ils tournent à leur avantage selon ce qu'ils veulent montrer dans chacun des moyens métrages. Allant de la comédie absurde (la ballade de Buster scruggs) au drame humain (Ticket repas), ils enchaînent les émotions les unes après les autres sans jamais romancer ou idéaliser le Far West. En effet le film se traduit par une réalité aussi sordide qu'absurdement touchante. Ici pas de héros, ni de cow boys aux grandes allures. Aucune happy end prévisible, pas plus que de héros vertueux. Les frères Cohen nous présentent ici le Far West d'une façon aussi cynique que touchante. Le deuxième segment (Près d'Algodones), est pour moi un excellent exemple. Dans celui-ci on retourne tous les codes du western et du braquage pour mettre en scène une histoire qui bien qu'absurde reste porteuse d'une certaine beauté et je n'ai pas pu m'mpêcher de ressentir un petit pincement au cœur à la fin. Ce format permet aux Cohen de faire finir leurs histoires de manières inimaginables dans un moyen métrage, comme d'une manière assez abrupte ou par la mort d'un personnage. Néanmoins ce format peut avoir quelques défauts. Il peut par exemple être assez compliqué de rentrer dans l'histoire car on ne cesse de briser le quatrième mur, nous rappelant que nous ne faisons que regarder des histoires déjà écrite. En dehors de ce léger défaut, j'ai trouvé les émotions particulièrement justes. Ce n'est pas vraiment une surprise venant des Cohen, mais ceux-ci manient aussi bien l'humour que la tragédie. La mort d'Alice par exemple dans le cinquième segment, qui nous laisse avec ce goût amère et étrange qui mêle l'absurdité presque drôle de son décès et la tristesse que l'on ressent pour elle et son mari à qui on avait fini par s'attacher. 

Cette scène notamment qui joue aussi avec l'absurdité du destin, mêlant ainsi les émotions.

On retrouve également ici deux autres habitudes typiques des Cohen. La première est cette violence qui est aussi crue qu'elle est traitée avec un manque de grandiose. Comme la mort de Buster Scruggs où on ne voit même pas le tir qui abat un personnage qui semblait pourtant quasi légendaire. La deuxième concerne directement les personnages. Ici, tous les personnages sans exceptions sont des losers grandioses, technique propre aux Cohen. Comme un Big Lebowsky, un Clooney dans Ave Cesar, ou encore Brad Pitt dans Burn after reading, les héros sont tous des losers mais qui le font de manière grandiose. De cette manière on s'attache aux personnages d'une manière étrange, mélange d'amour et de compassion. Pour finir, un léger point sur les acteurs. Ceux-ci sont tous impeccables, de James Franco (touchant en bandit raté), à Zoé Kazan qui incarne très bien l'inhibée Alice. Une mention particulière à Liam Neeson et Harry Melling qui réussissent à créer la plus puissante relation entre deux personnages sans jamais s'adresser la parole.

La ballade de Buster Scruggs, bien que loin d'être le film le plus marquant des Cohen, reste très bon et très touchant. Mêlant les genres avec une habileté rare, allant du drame, au huit clos en passant par la comédie musicale. Les dialogues sont d'une grande justesse tout comme le sont les silences. Le tout porté par une photographie soignée. On pourra néanmoins reprocher au film un manque d'implication provoqué par la destruction fréquente du quatrième mur. Celle-ci bien que très habile à tendance à faire sortir des émotions que nous fait ressentir l'histoire. Netflix prouve donc qu'ils sont capables de produire de vrais films d'auteurs et qu'ils savent laisser assez de liberté à un réalisateur pour que celui-ci exprime son univers personnel. Néanmoins une diffusion Netflix ne remplacera jamais, en terme d'implication du spectateur et de grandiose, une séance en salle de cinéma ! La plateforme reste une alternative qui vaut le coup d'être exploré pour ce qu'elle peut avoir à proposer ! En effet rappelons que le cinéma est un monde fait de perpétuelles évolutions. Netflix ne tuera jamais le cinéma, pas plus que ne l'a fait le numérique ou encore la télévision. C'est simplement une nouvelle évolution et tant qu'elle ouvre de nouvelles opportunités, je ne peux que la soutenir...

Roméo Bernardini

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