Sur ma peau, de son titre original Sulla mia pelle, est un film du réalisateur Italien Alessio Cremonini. Il retrace l’histoire de Stefano Cucchi, arrêté pour trafic de stupéfiants et maltraité par les carabinieri. Un film brut, d’une très grande sincérité qui dénonce la mort du jeune homme italien au cours de sa garde à vue en 2009. L’acteur Alessandro Borghi, tenant le rôle du personnage principal, nous livre une incroyable performance, il incarne et rend compte du personnage de Stefano à merveille, autant sur le plan physique que psychologique. Le réalisateur nous montre une vision contrastée de ce fait divers arrivé en Italie et propose une réelle réflexion sur la complexité de l’affaire. Stefano Cucchi n’a pas été arrêté sans raison, la possession de hashish et de cocaïne sur lui sont des preuves accablantes de sa culpabilité. Cependant, le réalisateur ne cherche pas à appuyer sa faute, au contraire il dénonce les mauvaises conditions de traitements de l'individu et montre que malgré son délit, Stefano mérite d'être considéré comme un être humain à part entière. Peu de temps après son arrestation, Stefano est roué de coups par certains des carabinieri. Il s’en sort avec de graves séquelles, sa fierté et la peur d’en subir davantage s’il parle l’empêche de dénoncer ses agresseurs. L’évolution de ce personnage à travers le film nous apparaît comme un réel chemin de croix. Stefano, qui subit un terrible choc émotionnel, essai malgré tout de s'en sortir, mais il ne s’adresse ni aux bonnes personnes ni aux bons moments… Est-ce cependant une raison valable pour justifier l’inaction des personnes ayant recueilli son témoignage ? Depuis son arrestation, Stefano s’est vu refuser de parler à son avocat, on lui en attribue un peu compétant, commis d’office. Sa famille, elle, se démène jour et nuit afin de connaître l’endroit où il est détenu. Toutes leurs tentatives pour le voir se voit réduites à néant. Lui, seul dans sa cellule, se sent abandonné de tous.
« Vivons-nous encore dans un état de droit ?», tel est la problématique soulevée par le réalisateur. La peur des représailles empêche Stefano de parler. Les personnes en mesure d’établir la vérité et capable de lui offrir de réels soins psychologiques et médicaux n’en font rien. De même, la juge, lors du procès de Stefano, ne demande rien sur la provenance des bleus du jeune homme. Ses droits son bafoués et il est placé au rang de paria de la société. Le film est un long flash-back sur les événements ayant conduis à la mort de Stefano. On y retrouve l'angoisse et la souffrance éprouvé par le personnage, retranscrite à l'écran par le personnage principal. Le réalisateur propose ce film avant que les faits de la vraie affaire de Stefano Cucchi ne soit totalement prescrits, afin de réveiller les consciences endormies. Cependant, bien qu’il aurait pu s’axer sur le combat d’Ilaria, devenue notoriété publique en Italie après la mort de son frère et se battant pour que justice soit faite, il préfère s’ancrer sur la victime et invite ainsi son spectateur à s'immerger dans l’univers carcéral et l'enfer où est plongé Stefano. Le film nous montre des extrait vidéos de ce combat ardent et témoigne que malheureusement, le cas de Stefano n’est pas un cas isolé.
Un film d’une effroyable vérité qui attise en nous une volonté de justice. Pour celles et ceux n’ayant pu découvrir le film au cinéma, présenté à la Mostra de Venise et diffusé lors du festival du film Italien à Bonlieu notamment, sachez que ce long-métrage est disponible sur Netflix. Même si les conditions ne pourront être aussi optimales que celles du cinéma, je vous encourage très fortement à voir ce chef-d’œuvre. « La poudre à canon peut être utilisée pour tirer avec un canon ou pour faire des feux d’artifices. », nous assure le réalisateur.
Marguerite Maxit
