1917, film réalisé en 2019 par Sam Mendes et oscarisé pour différents aspects techniques lors de la cérémonie de 2020, est une performance cinématographique des plus rares. Avec ses mouvements de caméra fluides et continues, il donne l’impression d’avoir été tourné en deux plans séquences uniquement, facteur qui suggère un éternel trajet vers l’inconnu.
Cela est en effet le thème qui se ressent le plus dans ce long-métrage: la continuité. Que ce soit à travers le travelling qui semble interminable, une bande son aussi bien angoissante que monochrome ou bien encore des paysages uniformes, la mission qu’ont reçu les deux jeunes soldats anglais Schofield et Blake durant la première guerre mondiale s’étire toujours plus vers un but pourtant très flou. Ceux-ci sont envoyés dans les terrains où personne ne survit pour alerter une autre tranchée anglaise, dont le frère de Blake, d’un possible guet-apens allemand. Ce qui pour l’un est une preuve d’amour fraternel, est pour l’autre une grande preuve d’amitié. Pourtant, le sort qui les attend en dehors des tranchées n’est guère une récompense pour leurs actes. Dehors, ils se traîneront à travers un enfer tantôt silencieux, tantôt bruyant. Les rats qui grouillent de partout, les corps d’hommes déchiquetés voir méconnaissables qui se mêlent à ceux des animaux, la boue, le feu, les barbelés, de nombreux escarmouches, la destruction, l’agonie, la mort... voici les aspects qui dressent le portrait infernal des no-man’s-land infinis où l’horizon semble s’éloigner.
La récurrence assez remarquable de chair à l’écran contribue au réalisme du film mais souligne surtout le vrai rôle des « héros morts pour leur patrie » qui ne sont au final que de la chair à canon. Cet effet est renforcé par le fait que les cadavres humains se mélange aux cadavres des chevaux envoyés à l’assaut avec eux, ce qui nous montre que peu importe l‘espèce, la finalité est la même.
A certains moments du film, les personnages principaux posent un pied dans le jardin d’Eden, c’est-à-dire dans des rares paysages avec beaucoup de végétation où la mélodie harmonieuse de la nature vient briser le silence inquiétant ou la cacophonie des coups de feux. Dans ces moments de très courte durée, les soldats regagnent le peu d’humanité qui leur reste et parlent de choses qu’ils leur rappellent qu’ils ne sont pas juste des soldats, mais aussi membre d’une famille aimante. Lors d’une de ces conversations Blake s’étonne du fait que Schofield ait échangé sa médaille contre une bouteille de vin. Blake dit que c’est du gâchis et que des hommes sont morts pour ça. En réponse, Schofield lui dit tout simplement que ce n’est qu’un bout de ferraille. Cette phrase fait bien ressortir l’inutilité de la guerre et le fait que tuer pour une cause incertaine n’a rien d’honorable.
(Attention spoiler léger)
Le début du film commence sur un des deux soldats adossé à un arbre et se termine sur l’image de ce même soldat qui se repose, après toutes les horreurs qu’il a vécu, au pied d’un autre arbre. Cette fin est très symbolique puisqu’elle achève l’histoire sur ce sentiment de continuité qui a accompagné le spectateur sur l’ensemble du long-métrage.
Elle laisse penser que peut-être, 22 ans plus tard, un autre homme dormira contre cet arbre avant de se lever pour tuer et se faire tuer.
Un très bon film à voir et à revoir, qui captive aussi bien par sa bande-son que par sa réalisation et ses images absorbantes, qui ensemble forment une ambiance hors du commun et ainsi une expérience cinématographique puissante.
Lana Ratjen 2de4
