
Si Gore Verbinsky a acquis notoriété et crédit après la réalisation des trois premiers opus de la saga « Pirates des Caraïbes » , dont la patte s'assume totalement après le succès du premier, « A cure for life » va lui faire goûter à une descente assez amer. Comment expliquer un accueil aussi... timide .. ?
Reprenons du début : le film s'ouvre sèchement, donnant le ton, avec une mort brutale et cauchemardesque dans un univers tout aussi onirique conféré par un cadrage et un jeu de lumière de maître ( réalisé par le talentueux chef opérateur Bojan Bazelli ), avec des prédominances de vert virant au noir, des formes sombres, uniformes, les bureaux impersonnels se répétant à l'infini, formant les motifs glauques et froids d'un kaléidoscope des mauvais rêves. Après cette plongée en eaux salées, le film nous inculque dès lors les principaux enjeux, sans (trop) s'attarder : Lockhart, jeune cadre ambitieux, est lancé sur la trace de son patron disparu dans un centre de bien-être en Suisse.

Un plan marquant la rupture entre le monde saccadé ( et imbuvable, on ne va pas se mentir ) des métropoles capitalistes et celui lancinant et apaisant des montagnes suisses va dès lors nous mettre sur la piste sur la force de ce film : ses visuels. On peut en effet voir sur ce plan un train se détacher en deux en une ligne de symétrie parfaite du cadres, coupant néanmoins la fameuse règle des trois-quarts, offrant un somptueux tableau de jeu de miroirs ( la composition par l'usage de symétrie, notamment par le biais du miroir, est un motif récurent du film, et permet d’appuyer simplement mais terriblement efficacement le sentiment inconscient de malaise à la vue de tant de perfection ). On s'aperçoit dès lors que si le train est coupé en deux, c'est qu'il entame un virage ; et que de ce fait ; la caméra « posée » sur le bord imposait auparavant cette illusion d'optique de par le jeu de miroir offert par la carrosserie de celui-ci. Tout est question d'illusion et le paraître, dans ce film mais encore d'avantage dans le cinéma. Que voulez-vous bien croire ? A quel moment s'agit-il de paranoïa, d'un tour de notre inconscient ? Les cinéastes ne sont-ils pas finalement la main d’œuvre d'un grand exutoire propre à chacun, usant avec brio une forme d'hypnose ( PNL ? ) afin de faire appel aux émotions les plus intimes ? Dans ce cas, comment savoir si le doute est réel ? C'est sans doute l'une des ambitions de ce film, du moins dans son scénario. Mais si cette ambition est menée avec brio dans « Paranoïa » de Steven Soderbergh, elle semble içi échouer, malgré un scenario, des enjeux, des codes ( et même une colorimétrie …) pour le moins similaire.

Mais pourquoi as-t-il été si mal reçu ? A cure for life s'est vendu comme un film d'horreur ( qualification contestée par certains ), et à juste cause ; il répond aux critères de base de ceux-ci. Mais a cure for life est aussi peut-être plus qu'un simple film d'horreur tout juste bon à faire « bouh » à quelques pré-ados en manque d'adrénaline. Il serait l’œuvre personnelle de de Gore Verbinski, celle dans laquelle il aurait injecté toute son âme d'artiste, osant enfin s'affirmer et s'affranchir des histoires téléphonées et enfantines de Disney, se lâchant totalement, jouant avec l'image et les osns, offrant une expérience plus que sensitive, appelant sans cesse au songe et à l'absurde. Oui, le scénario cafouille. Il tourne sur lui même un bon moment avant de revenir vers quelque chose de bien tristement classique, vu et revu, un volte face décevant concluant ces 2h20 de Verbinsky pur et dur, brisant et piétinant au passage le rythme desdits passages.
Un consensus entre film d'horreur et film d'auteur à côté de la plaque, ne parvenant pas à trouver sa place ni à briller dans une catégorie comme dans l'autre ? Une production trop laxiste ? Ce qui est certain, c'est que « a cure for life » se révélera une expérience jouissive pour qui sait apprécier les visuels kaléidoscopiques de Bojan Bazelli et la réalisation absurde et poétique de Gore Verbinsky. Peut être que le film bafouille sur certains points et peine à trouver sa place, la petite mort n'est donc pas au rendez-vous, mais est-ce cela qui empêchera d'en apprécier malgré tout l’œuvre?
Faustine Vital-Heilbronn (TS4)