L'appel de la forêt :
Plus de 114ans après sa sortie, le roman éponyme Call of the wild de Jack London est encore pleinement victime de son succès. En effet, depuis sa sortie en 1906, il n'a eu pas moins de 5 adaptations cinématographiques (et on ne compte pas les versions de la télévision ou des bandes dessinées). Et pour cause ? Le récit arrive à transporter les générations dans un monde rempli d'émotions et de beauté, face à un sentiment de liberté et de besoin irrépressible de retrouver la terre de nos ancêtres. Et c'est avec ces belles qualités que l'on retrouve Buck, le chien au grand cœur dont la paisible et fougueuse vie domestique bascule lorsqu'il est brusquement enrôlé comme chien de traîneau dans les étendues sauvages du Yukon, en Alaska, durant la ruée vers l'or des années 1890. Il va alors devoir s'adapter et lutter pour sa survie tout en murissant, jusqu'à vivre l'aventure de sa vie et trouver sa véritable place dans le monde en devenant son propre maître.
Comme énoncé précédemment, les adaptations de l'Appel de la forêt sont nombreuses et incomparables,et il est difficile de définir laquelle est meilleure que l'autre. Chacun des films à sa propre vision du roman et du message qu'il veut transmettre. De plus, il n'est pas rare qu'un réalisateur adapte et façonne un récit pour qu'il devienne une œuvre plus unique et plus personnelle. Et c'est ce qu'à fait Chris Sanders avec sa version sortie en 2020, dans laquelle l'histoire de Buck est plus accessible et plus poétique que l'originale ou que les autres adaptations. En effet, dans le roman, London décrit un monde plus ou moins sombre avec l'omniprésence de la peur, de la violence ou de la mort. Un monde bien moins enfantin et sensible de celui que Sanders nous propose. Ce dernier préfère mettre en avant la vision et les émotions du chien lui-même ce qui fait qu' il est au centre de l'intrigue tout au long du film. Être de ce point de vue nous offre une vision plus large et différente de ce que vit et ressent le protagoniste en tant que chien mais également une vision différente de l'humanité et de son comportement qui peut tout autant être égoïste et cruel ou incroyablement bienveillante. Le scénaristeMichael Green va d'ailleurs expliquer: « Ce qu’il fallait, c’était être absolument clairs sur ce que Buck recherche, ce à quoi il aspire, à n’importe quel moment de l’histoire. Tant que l’on sait ce que Buck essaye d’accomplir dans chaque scène, minute par minute, on peut suivre l’histoire. Même s’il va rencontrer de merveilleux humains joués par des acteurs incroyables, cela reste avant tout l’histoire de Buck. » (http://www.allocine.fr/film/fichefilm-259759/secrets-tournage/ ).
On peut donc s'identifier très facilement à lui et son évolution remarquable qui nous inspire et nous touche,sans pour autant faire face à un protagoniste humain ou une voix off qui le rendrait moins authentique. Le fait de voir le monde à sa manière nous rapproche peu à peu de son identité profonde qui est directement lié à la nature et à son instinct de vie sauvage.
Cette nature va alors devenir le maître mot de l’œuvre de Chris Sanders puisque celui-ci choisit de lui accorder une place à part entière dans le film. On la découvre alors dans des décors majestueux de l'Alaska en mélangeants prises de vue réelle et effets numériques. Les paysages somptueux d'Amérique du nord vont donc prendre vie, et l'animation qui lui est réservé rend le cadre presque idyllique et féerique dans lequel on aimerait se perdre. La photographie et l'image du film sont ainsi très travaillés pour attirer, non pas Buck, mais le spectateur au cœur de cet espace pur et sauvage.
L'animation va, de même, jouer un second rôle important puisque c'est grâce à elle que le molosse prend vie sous nos yeux. Le travail effectué sur la 3D de l'animal le rend plus vrai que jamais, et ce dans tous les domaines ; Que l'on parle de sa posture, de son comportement mais également de ses expressions ainsi que de sa façon d'être, Buck n'a alors pas besoin de nous parler explicitement pour que l'on comprenne le fond de sa pensée. Il a donc une réelle place en tant que personnage puisqu'à travers lui nous retrouvons des émotions qui nous sont familières et qui nous parle. Le lien avec la nature est d'autant plus marqué grâce à cette animation car le chien nous paraît tellement réaliste et tellement expressif (a contrario de la réalité) que l'on se sent obligé de voir et ressentir comme lui, et si l'on se rapproche de la nature tout au long du film c'est parce que Buck s'en rapproche. Cela montre donc le travail incroyable qu'il y a en post-production.
Cependant, il faut également soulever le travail remarquable qu'on fait preuve les acteurs. En effet, ces derniers ne se trouvait pas en face de notre cher Buck lors du tournage, ils ont donc dû jouer devant des fonds verts, mais aussi « face à un adulte se tenant à quatre pattes, vêtu d’une tenue grise bizarre avec des fausses pattes de devant, qui faisait semblant d’être un chien.. » (http://www.allocine.fr/film/fichefilm-259759/secrets-tournage/ ). C'est pourquoi le casting devait se porter sur des acteurs capables , par leur talent, de jouer de façon à ce que la présence de Buck devienne presque réelle. Et c'est un pari réussi pour l'équipe constituant deux acteurs de renommé : Harrison Fort et Omar Sy.
Ces deux hommes vont peu à peu conduire le chien vers sa liberté et son accomplissement, et leur rôle symbolisent ces caractéristique. Premièrement, le rôle d'Omar Sy, Perault, va aider Buck à s'affirmer en tant que mâle dominant tout en lui offrant la possibilité de se familiarisé avec la nature ( en tant que chien de traîneau il est important qu'il connaisse le terrain et les dangers qu'il risque lors de ses courses). Il va nourrir sa force et son envie d'être libre (ce qui se symbolise par ailleurs par la course, il court littéralement vers sa liberté). Le choix de l'acteur pour ce rôle paraît alors comme une évidence car la légèreté et l'ouverture d'esprit d'Omar Sy colle parfaitement à ces idées. De plus, on retrouve la jeunesse et l'attitude frivole de l'acteur se ressent aussi dans le comportement encore domestique et joueur de Buck, comme lorsqu'il veut chasser et jouer tel un enfant avec les lièvres.
Ensuite, le rôle d'Harrison Ford, Jonh Thornton, va conduire Buck à mûrir et à s'assagir. Il va alors le guider vers sa destinée sauvage à travers un voyage , et va être perçu comme un protecteur, un père qui l'aide à devenir un adulte. Le fait de choisir un homme bien plus âgé va alors mettre en avant cette notion. De plus, Harrison Ford, avec son charisme naturel et son talent inouï, est une figure emblématique du cinéma qui a nous aussi guidé pendant plusieurs générations à travers des classiques du grand écran. Et le fait de le choisir lui pour un rôle de cette importance symbolise aussi ces années extraordinaires de carrière. De plus, ses rôles d'aventurier et de combattant coïncident parfaitement avec l'intention que Sanders fait ressortir de son film, il montre la quête et le voyage (autant physique que psychologique) que Buck va parcourir pour devenir son propre mâitre.
En conclusion, la nouvelle version de L'Appel de la Forêt est une véritable ode à la nature qui nous transporte dans une vision du monde plus large et différente que l'on peut avoir, et ce avec des acteurs et une mise en scène dont le travail admirable.
TL2 - Romane D.
