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cinebaudelaire.overblog.com

Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Publié depuis Overblog

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 9 Mars 2020, 15:55pm

Plongé dans les années 50, Carol est le reflet de la romance entre deux femmes dépendantes d’une société qui entretient la normalité hétérosexuelles. Film historique et mélodrame romantique adapté du roman The Price of Salt de Patricia Highsmith, il est sorti en 2015 sous la réalisation de Todd HAYNES.

New York en fin 1952, Thérèse (Rooney Mara) fait la rencontre de Carol (Cate Blanchett), une élégante cliente venue acheter un jouet pour Noël à sa fille. Alors que l’achat s’est conclu, Carol repart sans ses gants, et Thérèse s’empresse de les renvoyer. De là, une grande complicité naît entre la jeune et timide photographe et cette mère en instance de divorce, chrysalide fragile face aux monstres que sont les hommes.

 À travers cette douce romance qui s’installe entre les deux femmes, Todd Haynes dénonce la violence des hommes et la cruauté qui peut les enflammer. Dans ce climat post-guerre émerge une nouvelle société, celle de la consommation. L’Amérique évolue, New-York est au cœur de cette évolution, mais les hommes, eux, ne subissent aucune métamorphose. On nous brosse un portrait critique peint de patriarcat, ou les hommes sont intéressés et vils pour servir leur ego, et ou les mentalités ne sont pas prêtes de changer : il faut prendre épouse et construire un foyer pour la prospérité, acheter une maison, acheter une voiture et cela seul est le droit chemin. Les genres sont normés : hommes et femmes partagent une hétérosexualité qui les rassemble en couples, toute autre forme d’amour est une déviance mentale qui a besoin de soin médical. Reste à vivre caché. Et ce sens de la dissimulation est repris à l’image par Todd Haynes : l’amour que partagent les deux femmes est essentiellement implicite.

Il faut dire que le film dans son ensemble est réalisé avec un certain brio : la photographie, inspirée de femmes photographes de rue des années 50, sait mettre en valeur les informations dévoilées implicitement sur la relation qu’entretiennent les deux femmes. Plus besoin de mots quand un regard suffit. Lorsque, par exemple, Carol dispose dans les premières minutes du film alors que les deux femmes étaient attablées, on peut ressentir l’émoi que ce simple geste provoque à Thérèse et l’empreinte qu’elle a laissé sur cette épaule jusqu’à la fin de la séquence. Et tout au long de ce film on perçoit leur relation comme Thérèse voit Carol dans son objectif : sensuelle et délicate, avec une force dans l’image inexplicable par les mots. Tourné en 16mm pour conférer à l’ensemble une apparence de 35mm de l’époque, le grain chaotique de l’image s’harmonise parfaitement avec les évènements houleux que vont subir les deux femmes durant leurs relation.

Il faut aussi noter l’émancipation progressive qu’obtiennent les deux femmes, parfois dans de douloureuses concessions, mais aussi dans le bonheur qu’elles cherchent et trouvent parfois dans le tumulte de la vie. On soigne le détail, la manucure de Carol et ses mains caractéristiques d’une sensualité et d’une féminité séduisante, ou le contraste entre les deux femmes lors de leurs rencontre, alors que Thérèse apparaît comme une enfant et se dévoile tout le long comme une femme.

Un film tout en douceur dans le chaos des années 50, Carol est le reflet d’un amour interdit opprimé par l’intolérance humaine. Une grande sensibilité, une grande sensualité et un grand sens artistique font qu’il est à voir et à revoir, pour sa beauté et son sujet d’actualité plongé dans une époque révolue mais aux mentalités pas passée.

Melissa NOUACER TL2

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