Les noces funèbres est un film d'animation réalisé en 2005 par Tim Burton et Mike Johnson. Cette production s'inspire de la légende juive de La Mariée morte, remontant au XVIe siècle, racontant l'union malencontreuse d'un jeune homme et d'une jeune fille décédée. Ici nous suivons Victor Van Dort, fils de nouveaux riches, et Victoria Everglot, fille de petite noblesse dont les parents sont ruinés, qui sont promis l'un à l'autre. Le coup de foudre est immédiat entre ces deux personnages touchants de gaucherie pour lui et de douceur pour elle. Mais lors d'une balade nocturne dans les bois, le jeune fiancé épouse accidentellement le cadavre d'Emily, une mystérieuse mariée, qui l'entraîne de force dans le monde des morts.
Ce film fantastique de 1h 17min a recourt à la 3D pour la conception des personnages et des décors. En effet plus de 200 marionnettes seront créées et toutes possèdent des caractéristiques communes qui les raccrochent au même monde. On reconnait facilement le graphisme, l'esthétisme propre au réalisateur Tim Burton : généralement grand, mince avec de petits pieds ; ses personnages relèvent d'un grand travail artistique. La personnalité de chacun transparait dans l'élaboration des formes, de la balance et du rythme. Les poupées possèdent des mécanismes complexes qui permettent beaucoup de détails et donnent davantage d'expressivité que l'animation de remplacement. Les trois personnages principaux en regorgent mais la défunte pose une difficulté supplémentaire avec le mouvement de sa robe et de son voile. Les matériaux, les textures sont soigneusement choisis pour apporter plus de réalisme.
Lors de sa première rencontre avec le monde des morts, Victor arrive dans un bar haut en couleur et à l'ambiance festive. Les défunts semblent mener une vie amusante et pleine de divertissements. Ils boivent, chantent, dansent, jouent au billard sur un fond musical endiablé. Les teintes sont vives, on retrouve du vert, du violet, du jaune, du bleu, du rouge, du rose,... La musique plutôt jazz est entrainante. Les instruments comme la trompette ont des sonorités chaleureuses ce qui contraste avec l'allégorie lugubre que l'on attribue à la mort. Néanmoins l'omniprésence du xylophone et le timbre grave du squelette chantant nous ramène à la réalité de la situation dans laquelle le jeune homme se retrouve. Les plans sont dynamiques avec par exemple des loopings et un travelling avant dans l'orbite du chanteur. Les formes osseuses sont détournées en instruments au profit de la musique et la facilité qu'on les personnages à échanger leurs membres entre eux dans la chorégraphie donne un coté vraiment loufoque.
Un peu plus loin dans le film, Emily revient avec Victor dans ce qu'ils appellent "le monde du haut". La jeune mariée contemple le clair de lune et s'enthousiasme des petites choses simples de la vie. Un papillon passe, elle s'émerveille et semble "revivre " d'un second souffle. Poussée par sa nostalgie, elle entame une danse fantasmagorique entre les branches de la forêt qui sont devenues au fil des années son cortège funèbre suite à la trahison d'un amour vaniteux. Les couleurs sont des nuances de bleu pâle, nuances habituellement attribuées à la jeune défunte. La nuit semble froide, les arbres aux formes anguleuses protègent des corbeaux qui regardent attentivement les deux protagonistes, un fin brouillard couvre les environs mais est transpercé ça et là par les rayons de lune. Les différents éléments de décors appuient l'aspect cadavérique et illusoire de la scène qui se déroule sous les yeux confus du jeune homme. Le tout est accompagné d'une douce mélodie composée de voix, d'instruments à cordes frottées, et en pizz, instruments à vents et le xylophone. La bande sonore figuraliste évoque une douce brise et nous transporte davantage au même titre que les décors dans la danse funèbre.
Ce film alliant joie et tristesse dans un ensemble aux aspects burlesques et gothiques reste une belle signature du réalisateur Tim Burton et le travail technique en stop motion de Mike Johnson et de son équipe donne un allure réaliste à l'ensemble. Au même titre que l'étrange noël de monsieur Jack sortit quelque années plus tôt, Les noces funèbres dépeignent un univers favorable au monde des morts qui se voit entremêlé avec celui des vivants.
Lou Patchen T2
