"The Breakfast Club !" ou comment un film réunit cinq stéréotypes de lycéens des années 80 en un club d'une journée.
C'est un film, sorti en 1985, Américain certes, mais pourtant l’identification des personnages fonctionne malgré tout pour les Français. En effet, celui-ci commence par une présentation de cinq lycéens qui ne se connaissent pas, mais qui sont réunis pour passer une journée entière en colle pour des raisons toutes aussi différentes les unes des autres. Dès le début du film, nous faisons face à des stéréotypes ambulants. Plus tard nous remarquons bien que ces stéréotypes ne sont pas le reflet de la personnalité profonde des personnages, mais plutôt une étrange carapace dans laquelle nos jeunes héros ont été obligé de s’enfermer, ou on voulut s’enfermer. Nos cinq personnages apparaissent naturellement comme étiqueté comme Andrew Clark la star du lycée, le sportif ; John Bender le délinquant ; Brian Johnson l’intello ; Allison Reynolds la « folle » et enfin Claire Standish la fille a papa. Le film travaille ces stéréotypes en les déconstruisant petit à petit. En effet, plus ils vont apprendre à se connaître, plus les masques vont tomber et ils vont finir par nouer des liens d’amitié. Cela passe notamment par de joyeux moments de danse communicatifs. La mise en scène participe au rapprochement progressif des personnages : les isolant dans le cadre dans des moments de tension alors qu’ils sont en groupe, ou au contraire dans des moments de camaraderie en utilisant des plans larges où ils sont tous présents, avec des rapprochements en gros plans sur les visages lors de moments plus émouvants.
Et puis, aux deux-tiers du parcours, arrive cette scène impossible où, assis en cercle, chacun se dévoile tour à tour, exposant son malaise à travers les raisons de sa présence en colle. En l’espace de quelques dizaines de minutes, le film se transforme en un drame miniature où les chamailleries se transforment en tristes révélations. Les éternels questionnements sur la quête de soi et la difficulté du passage à l’âge adulte sont alors traités de manière si frontale et sincère qu’ils en deviennent désarmants.
Ce film offre au spectateur de 2021, cette ambiance vintage très marquée, peut-être trop pour des novices tant il faut avouer que... Les images ont assez mal vieillies, sans parler du doublage français de l'époque qui est assez perturbant qui vous laissera très probablement vous diriger vers la version originale du film. Mais, plus qu'une esthétique, ces personnages qui nous paraissent inconnus au premier abord et à qui on finit par s'attacher sans trop comprendre pourquoi, valorisent des messages forts de leur points de vue d'adolescent, un âge fragile et formateur où les questions sont parfois trop présentes et qui ici s'expriment à travers ce film. Notamment sur des sujets comme la sexualité, car breakfast club est l'un des pionniers dans les films hollywoodiens destinés aux ados à évoquer de manière non déguisée leur sexualité. Ainsi, quand Allison déclare à propos de la perte de la virginité: « C’est à double tranchant. Soit tu l’as fait et tu es une traînée. Soit tu ne l’as pas fait et tu es coincée. On ne peut pas s’en sortir. Tu voudrais, mais tu ne peux pas. Et quand tu l’as fait, tu aurais préféré le contraire. » Cette phrase reste emblématique encore aujourd’hui, car c’est toujours la réalité.
Le long-métrage permet à ses personnages de révéler et de réaliser qu’on a toutes et tous les mêmes angoisses, les mêmes peurs, les mêmes traumas, les mêmes rêves, bref qu’on est tous différents mais surtout tous pareils. Seul on est rien, mais à plusieurs et en s’acceptant et s’unissant, on peut tout affronter : les parents, l’autorité, le passage à l’âge adulte… Et à la fin du film et de ses 1h37, nous sommes comme ces cinq personnages : plus tout à fait les mêmes, et c’est tout le mérite de ce beau film.
Et d'ailleurs à mon sens le meilleur moyen de résumé ce message, c'est de partager ce texte écrit par Brian, le bon élève, à son proviseur. Ou comment résumer la difficulté d’être jeune en quelques phrases: « Cher Monsieur Vernon. Nous acceptons d’avoir sacrifié tout un samedi en colle puisque vous considérez que nous avions franchi la ligne jaune. C’est vrai, c’était mal. Mais nous trouvons absurde le sujet de dissertation que vous nous avez donné: ‘Qui pensez-vous être?’ Mais qu’est-ce que cela peut bien vous faire, après tout? Quoi qu’il arrive, vous ne nous voyez qu’à travers votre propre grille de lecture, vous avez de nous une image simpliste qui vous suffit. Vrai ou faux? Mais ce que nous avons découvert, c’est que chacun de nous est à la fois un surdoué, un athlète, une détraquée, une fille à papa et un délinquant. Ça vous va? Bien à vous. Le Breakfast Club. »
Evan MARTIN T°2
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