Cinq ans après Good Luck Algeria, Farid Bentoumi signe son deuxième long-métrage avec Rouge. Le cinéaste met de côté la bonne humeur et le ton jovial de son précédent film pour se pencher sur un sujet alarmant. Un film poignant sur le plan politique et émotionnel, une tragédie familiale et environnementale !!
Nour (Zita Hanrot) vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père (Sami Bouajila), délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste (Celine Salette) mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.
Dès l'introduction Bentoumi, nous plonges dans une ambiance prenante, stressante et déjà remplie d'émotion avec un travelling arrière remarquable qui montre les émotions du visage qu’interprète superbement Zita Hanrot. Le film est d'ailleurs porté par des personnages extrêmement bien écrits et superbement interprétés par un émouvant jeu d'acteurs ou nous retrouvons ici un incroyable casting, l'innocence de la magnifique Zita Hanrot (Nour) et le charisme impressionnant de Sami Bouajila (le père). Bentoumi a aussi choisi ces acteurs pour leurs implications aux causes sociales, ce qui rendait leurs interprétations encore plus réalistes. La journaliste jouée par la formidable Céline Salette, déterminée à faire éclater le scandale est un autre très beau personnage à l’origine de la remise en question de l’héroïne, avec laquelle elle développe des rapports intéressants.
Le réalisateur s’inspire du scandale de l'usine de Alteo de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, pour ses rejets de boues rouges, contenant de l’arsenic et des métaux lourds, pendant cinquante ans. Le drame d'une famille qui éclate est la touche la plus émouvante. Dans un silence violent, Bentoumi filme la mort d'un amour plus fort que tout. Le dilemme qui torture Nour est totalement perceptible puisque Farid Bentoumi prend le temps de construire des séquences intimes parfois déchirantes. Cela se traduit par exemple par le regard d’un père bouleversé par la lecture d’un discours écrit pour un mariage. Bien que la structure sociale de la famille soit peu importante pour ce qui concerne les faits bruts, le choix d'une famille dont le père immigré a « réussi » à force de travail donne encore plus de résonance au drame familial faisant voler en éclat les certitudes et la sécurité acquise avec le temps.
À l'écran, la couleur rouge va tout ronger, tout gagner. On la retrouve partout, sur les murs, dans l'usine, mais aussi sur la très belle robe de Nour au mariage de sa sœur. Le rouge symbolise l'amour, mais aussi la violence, la mort, ce qui arrive lorsque que les ouvriers sont confrontés à ces boues rouges. On remarque que lorsque qu’apparais la couleur rouge, c'est qu'il y a danger, quelque chose va arriver comme lors de la dispute entre le père et la fille au mariage suite à l'apparition de la robe rouge de Nour.
Pour mettre en scène une telle histoire, Bentoumi fait appel à un album musical de Jack Halama et Scott Shields pour des musiques exaltantes qui accompagne chaque scène apportant une ambiance d'autant plus joyeuse ou dramatique. Les techniques de cadrage, comme filmer un dialogue de deux personnes, donnent un aspect direct avec le personnage apportant alors de l'émotion forte.
Pour faire bref, une sacré claque ! une vraie réussite. On en sort convaincu. Franchement allez voir ce film !!!
Romane Parisi, 2°4