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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Mr Wolff un coeur, des comptes et un fusil.

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 3 Mars 2022, 12:52pm

Mr Wolff un coeur, des comptes et un fusil.

“Les personnages d'une grande richesse pour un acteur sont généralement les personnages qui sont très ambigus. Un héros ce n'est pas intéressant du tout à jouer parce qu’un héros, c'est un héros... il n'a peur de rien. Ce qui est intéressant ce sont des gens complexes.” disait Jean-Louis Trintignant.

Dans Mr Wolff (Titre original The Accountant), le réalisateur Gavin O’Connor nous livre un héros qui s’écarte de l’image classique du sauveur beau courageux et téméraire. Incarné par Ben Affleck, Christian Wolff personnage principal éponyme, est un génie des mathématiques. Atteint du syndrome d’Asperger, il préfère la compagnie des chiffres plutôt que celle des gens. Sous couverture d’expert-comptable dans le civil il travaille en réalité pour plusieurs organisations mafieuses parmi les plus dangereuses du monde. Lorsque la section criminelle du ministère des finances diriger par Mr King, décide de charger Miss Medina d’enquêter sur les affaires du « comptable », Christian cherche alors à faire diversion et se charge des comptes de « Living Robotics » une entreprise de robotique reconnue dirigée par Lamar Blackburn. Mais il découvre une formidable escroquerie et plonge dans les rouages de celle-ci…

Le rôle de Ben Affleck est extrêmement complexe. Ainsi, Mr Wolff constitue à la fois la figure du héros et celle de l’anti-héros.
Son aspect héroïque tient à la fois de son charisme à l’écran et de son rôle de justicier. En effet, il est présenté comme un homme intègre qui suit des valeurs et des principes qu’il juge juste. Il correspond également à l’idéal du héros hollywoodien affrontant le crime avec témérité. Par ailleurs, il utilise ses dispositions psychologiques complexe à son avantage. Ainsi sur le plan cinématographique le personnage est dans la majeure partie des scènes d’action mis en valeur par un cadrage en plan moyen mais aussi avec des plans très originaux qui définissent le charisme de Christian par la structure même de l’image. Ce sont des images marquantes destinées à ressurgirent à l’évocation du personnage. On pense ici à la séquence de tir d’entrainement dans le champ avec le léger travelling qui révèle peu à peu le fusil et qui se conclu par un gros plan sur l’oeil du tireur à travers le viseur.

A l’inverse, Mr Wolff possède certains traits de l’anti-héros. Tout d’abord, il doit faire la paix avec son passé. On découvre les secrets de son histoire tout au long du film qui brosse finalement le portrait d’un homme profondément marqué par ses souvenirs, par la relation avec son frère et surtout par la philosophie de son père. Celle à laquelle il devait se plier et pour laquelle il devait refuser sa faiblesse due à son syndrome. La séquence particulièrement forte, de sa thérapie à la lumière et au son intense dans la chambre, montre avec dureté qu’il est prêt à tout pour combattre une partie intégrante de lui-même : son autisme. Ces traumatismes d’enfance s’expriment également dans l’usage de la violence. Dans ce thriller c’est une violence non gratuite mais plutôt calculée et pragmatique à l’image des mathématiques de Mr Wolff. Elle est essentielle dans l’action et profondément liée à la psychologie du personnage. De même qu’il ne supporte pas de ne pas terminer un travail, il achève systématiquement ses ennemis sans émotion. La scène la plus emblématique reste l’exécution de Lamar, le principal escroc du film. Cadrée en plan moyen Christian occupe la place centrale tandis qu’il achève le PDG de « Living Robotics » en hors champ. Cela traduit l’indifférence du protagoniste face à la mort d’autrui et la violence froide dont il fait preuve. En outre, Mr Wolff est un homme enfermé dans son esprit. Il pose systématiquement un cadre sur toutes ses actions, ses sentiments et son environnement. Ce cadre a directement été représenté sur une des premières scènes, celle du repas où une succession d’inserts dévoile au spectateur des tiroirs et une assiette parfaitement rangée et alignée pour se terminer sur un plan large où Ben Affleck est encadré dans une fenêtre. Cette composition d’image accompagne plusieurs fois les apparitions du personnage comme pour traduire sa vision des espaces qu’il traverse. Un de ces espaces emblématiques est la caravane, son Airstream, qui est un refuge à l’intérieur même de sa maison.
Pour conclure, le personnage construit par Gavin O’Connor est complexe et paradoxal. A la fois justicier et assassin il est intègre mais froid dans sa violence. Il est le coeur d’un film construit aux proportions du nombre d’or.

Yaël Verkindt 1ere05

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