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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Nomadland

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 11 Mars 2023, 18:47pm

Nomadland

Une vie de liberté

 

Nomadland est un film dramatique américain sorti en salle en 2020 et réalisé par la réalisatrice chinoise Chloé Zhao, notamment connu pour son film issu de l’univers cinématographique Marvel, Eternals, sorti en 2021.

Ce film raconte l’histoire de Fern (incarnée par Frances McDormand), une sexagénaire issue d’une cité ouvrière du Nevada, en chute depuis la crise de 2008. Depuis peu veuve, Fern a décidé de tout quitter et de partir vivre dans un van qu’elle a aménagé, afin de vivre une vie de nomade. Elle rencontre un groupe de nomades, qui va lui apprendre ce mode de vie et l’accompagner pour sa découverte de l’Ouest Américain. On suit alors cette femme, essayant de guérir ses blessures et de faire face à l’avenir.

 

Ce film est beau sur plusieurs aspects.

Tout d’abord, esthétiquement parlant, ce film montre la beauté du paysage désertique de l’Ouest Américain. Des plans rapprochés sur des cactus divisant l’écran en deux mais laissant apparaître le magnifique ciel violet du crépuscule, sur des montagnes, des routes infinies traversant des champs et déserts...un road-trip riche en découverte, autant pour la protagoniste que pour nous spectateurs.

Un plan magnifique aussi est celui où le visage de Fern est éclairé par une lumière orangée du feu de camps qu’elle partage avec les autres nomades.

La musique joue également un rôle important en terme d’esthétisme et de narration. Ce sont uniquement des musiques instrumentales, avec beaucoup de piano, berçant le film. Mais ce choix renforce la narration, car le fait qu’il n’y ait pas de voix chantées représente la solitude dans laquelle se trouve Fern.

 

Ce film offre une autre vision de la vie de nomade. Plusieurs personnes du campement que Fern a rejoint témoigne de ce choix de vie, expliquant pourquoi ils l’ont adopté et ce qu’il leur a apporté depuis.

Son van est désormais sa maison, la caméra nous met à la place de Fern et nous montre la promiscuité de ce lieu, mais dans lequel elle se sent en sécurité. En effet, elle refuse toute aide, et quand un de ses amis retrouve un toit après la naissance de son petit fils et qu’elle est invitée à le rencontrer, elle quitte en pleine nuit une grande chambre presque luxueuse pour retourner dormir dans son « chez-elle ». D’ailleurs, une de ses anciennes élèves lui demande s’il est vrai qu’elle est sans abris, et elle lui explique qu’«elle n’est « pas sans abris, mais seulement sans [vraie] maison ».

Elle se lie d’amitié avec Swankie, une septuagénaire malade, qui explique à Fern qu’elle va partir faire son dernier voyage, refusant de mourir de son cancer, hospitalisée, et préférant mourir lors d’un road-trip. Elle décédera quelque temps après, comme elle le voulait, ce qui prouve que ce mode de vie est une passion pour certains.

 

Mais quoiqu’il en soit, Fern reste marquée par la vie, elle est mélancolique, tout le long de ce film. On ressent ce qu’elle ressent, un vide, de la solitude et de la tristesse. On ne la voit jamais pleinement heureuse. Nomadland met en évidence cet état de solitude, dans lequel se trouve Fern, bien qu’entourée par les autres nomades.

En effet, les premières séquences montrent les conditions difficiles dans lesquelles elle vit. Nous sommes en plein mois de décembre, de la neige à n’en plus finir, et un froid glacial. Ancienne institutrice, Fern enchaîne désormais les petits boulots afin de survivre, elle travaille chez Amazon. Ce qui nous frappe dès le début concernant sa solitude, c’est le jour de l’an, où, seule dans son van, un serre tête « Happy New Year » et une bougie dans la main, elle n’a personne avec qui fêter la nouvelle année. Sa seule compagnie semble être sa veilleuse Père-Noël qu’elle laisse allumer pour dormir.

Elle est envahie par les souvenirs, et ne s’en lasse visiblement pas. Dans son van, l’ancienne boîte à pêche de son mari a été récupéré pour en faire un petit vaisselier. Les porcelaines de son père sont également soigneusement conservées par Fern. Celle-ci regarde ses photos d’enfance et de mariage, entretient cette mémoire de ses proches décédés.

Il y a une vraie réflexion sur la mort et le deuil, renforcé par une chanson d’un pianiste du campement, criant « buvons un verre pour nos amis décédés, qui sont dans nos cœurs ».

Elle fait d’ailleurs face à son passé, en retournant sur les lieux de sa vie autrefois autochtone, retrouvant son ancienne usine, abandonné, marquée par les années et la poussière. Elle pleure en réalisant tout ce qu’elle a perdu à cause de cette crise. Elle retrouve enfin son ancienne maison, des plans rapprochés sur son visage attristé témoignent des souvenirs qu’elle se remémore avec son époux parti. Elle revoit la vue sur les montagnes dont elle a parlé plus tôt avec un ami du campement. Vue qu’elle a regardé toute sa vie, et montagnes vers lesquelles elle reprend la route, laissant apparaître ce désert du Névada et ses montagnes en arrière plan, qui clôtureront le film.

 

Si vous cherchez un film doux, beau et sincère, je vous le conseille assurément.

 

Lou Rosaire

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