Si vous voulez vous faire hypnotiser, vous êtes bien tombé !
Giacomo Abbruzzese va vous combler visuellement et auditivement parlant. Cette année, ce superbe réalisateur à remporté l'Ours d'argent pour la meilleure contribution artistique au Festival du Film de Berlin, pour son premier long métrage Disco Boy.
Le film raconte les histoires entrelacées d'un homme ayant fuit sa Biélorussie natale, Aleksei (joué par Franz Rogowski) et d'un homme vivant dans un village du Delta du Niger, Jomo (joué par Morr N'Diaye). Aleksei a rejoint la légion étrangère de France pour se racheter une identité, quant à Jomo, il est le chef d'un groupe d'hommes armés qui s'oppose aux compagnies pétrolières qui ravagent son village. Nous comprenons très vite qu'il ne veut pas de cette vie, comme lorsqu'il annonce, lors d'une patrouille en bateau, vouloir être danseur s'il était né en Europe Occidentale. Aleksei est envoyé au Niger pour libérer les otages de Jomo mais finira par tuer le nigérien dans un lourd et saisissant combat.
Disco Boy est une claque visuelle, tant bien par le cadrage que par les couleurs et contrastes de l'image. Le réalisateur, à deux reprises, va jouer avec des effets lumineux et des techniques peu communes voire originales comme cette séquence tournée avec une lunette de vision thermique pour créer un contraste coloré entre le rouge de la chaleur du corps et le bleu clair saturé de l'eau de la rivière lors du fameux combat qui opposera les deux hommes. On retrouve plus communément des plans américains ainsi que des plans tailles. Des gros plans sont vus lors des scènes dans la boîte de nuit pour nous offrir une proximité grandissante entre Aleksei et Udoka.
Tout au long du film, on va retrouver des plans montrant de l'eau de plusieurs sources comme un lac, un fleuve ou une rivière, le réalisateur joue avec les reflets et le mouvement de celle-ci. Par ses ondes, l'eau peut être interprétée comme l'image même du son qui se propage, nous laissant toujours dans ce monde de lumière et de musique. Les plans représentés au Niger (qui sont en réalité des images de synthèses) sont des plans d'ensemble pour montrer la catastrophe environnementale des compagnies pétrolières.
Les teintes colorés du film tournent autour du bleu, du violet et du rouge. Ces teintes ont une particularité; elles représentent singulièrement les personnages; le bleu pour Aleksei, le rouge pour Jomo. Lors des scènes de danse, Giacomo Abbruzzese joue avec l'éclairage; les projecteurs dans la boîte de nuit, le feux de camp dans le village. Il rajoute des éléments pour nous envouté toujours plus comme la robe miroir d'Udoka (jouée par Laetitia Ky) et qui nous permet, même lors des scènes bondées, de la voir. Elle fait écho avec l'eau, les reflets et lumières. La bande originale se lance et l'on se laisse porter par le courant. On regarde les miroirs flotter dans l'air, bouger au rythme du tempo et on profite. Un sentiment accompagné d'un frisson nous plongent dans le bien-être.
Si les plans et images sont très soigné, que dire alors de la bande originale ? C'est grâce à elle que l'effet hypnotique opère ! Vitalic est le compositeur des musiques, il mélange synthwave et electro. Ces genres musicaux sont très opposé au genre du film et pourtant le mariage entre les deux forme une symbiose surpuissante. Chaque morceau est composé d'un "prologue" à base de basse, de "grondements" qui permettent le suspens et de nous plonger, en tant que spectateur, dans ces danses intimes entre les personnages. Par exemple, la valse devant le feu de camp entre Udoka et Jomo. De léger claquements se font entendre, puis, au moment où les protagonistes se mettent à danser, des tambours se mettent à résonner, laissant alors toute la place à la fraterie. La chorégraphie s'enchaîne, l'electro prend le dessus sur la scène, nous plongeant alors dans un état de transe.
Pour ce qui est du scénario, le réalisateur perd volontairement le spectateur dans l'histoire. Même s'il y a ce fil directeur avec Aleksei et Jomo, on arrive à un stade où ce n'est plus que les sons, la musique et l'image qui parlent. Il nous perd grâce à cet effet d'onde que transmet le film, du début à la fin.
Je dirai alors, par la beauté et la qualité que nous offre ce long métrage que vous n'en oublierez pas une seconde. Un éclat de lumières et de sons, il est tout ce que le cinéma représente !
Hugo Ermenault T°4
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