Le Règne Animal est un film de Thomas Cailley, sorti 4 octobre 2023. Cette œuvre nous raconte, du point de vue d’un adolescent, Émile (Paul Kircher), en pleine transformation, une société se déchirant à cause d’une maladie qui transforme les humains en animaux, et la perte de sa mère, elle-même mutante. Le père d’Émile, François, interprété par Romain Duris, vit cette perte de manière déchirante et souhaite à tout prix retrouver sa femme. Il se retrouve plongé dans cette quête alors que son propre fils commence lui aussi à muter. Ce film, qui mélange le film adolescent (comme Donnie Darko) et la science-fiction avec merveille, nous montre aussi bien l’importance de la société dans la construction de l’Homme que les différents liens qui unissent les gens.
Cette œuvre nous présente une palette variée d’’oxymore’ (d’opposition), comme les multiples points de vue, mis en opposition, sur cette « maladie » qui transforme des personnes en animaux, ou encore les nombreuses différences entre animal et humain. Pour illustrer cette dernière, le décor est très précieux : les scènes « animales » se déroulent très souvent en extérieur, au cœur de la nature. Cela est à son paradoxisme lorsqu’Émile se réveille au plein milieu de la forêt, entouré d’animaux de toutes races, vivant en parfaite harmonie. Les scènes entre humains, elles, se déroulent souvent sous une lumière artificielle, où les Hommes sont regroupés, en société. Deux scènes semblent prouver que ces deux mondes ne peuvent se mélanger : certains mutants, après s’être échappés d’une clinique spéciale, se retrouvent cachés dans un centre commercial et déclenchent une panique générale. Cet extrait peut d’ailleurs être vu comme comique : la probabilité de trouver un homme-poulpe dans le rayon ‘poissonnerie’ de votre magasin est assez faible. À un autre moment, alors que François travaille, il tombe nez à nez avec un paresseux, qui doit fuir avant l’intervention de la police. Lorsque ces deux mondes se croisent, le film bascule dans un univers nocturne qui nous fait frissonner.
Les personnages féminins, comme l’amie d’Émile Nina (Billie Blain), ou la policière Julia (Adèle Exarchopoulos) qui interagit plusieurs fois avec François, sont eux aussi très intéressants, et font opposition au mâle gaze et apportent véritablement quelque chose au scénario, elles sont autant développées que les autres personnages secondaires, parlent avec franchise et ont leur propre histoire et vie. Romain Duris est très bon, et son rôle lui va parfaitement. Paul Kircher, quant à lui, est merveilleux dans la peau d’Émile, alors que ce rôle devint de plus en plus compliqué au fil de la transformation du jeune homme en animal. Un des autres rôles compliqués et très bien interprété est celui de Fix (Tom Mercier), un mutant au stade avancé qui tient plus à une chimère homme-oiseau, qui devient ami avec Émile.
La mère, alors élément principal de la quête de François, n’est qu’omniprésente à travers ses actes et ses paroles. On ne la voit quasiment jamais, sauf au tout début du film, où l’on ne fait que l’apercevoir, comme si Émile, qui la dit morte, souhaitait lui aussi l’effacer de sa vie. C’est pendant sa transformation que le jeune homme l’accepte et rejoint son père dans sa quête. Il a peur de connaitre le même sort qu’elle, c’est-à-dire se transformer puis être enfermé dans une clinique. On ne voit la mère dans son entièreté qu’à la fin du film, et on n’est même pas sûr que ça soit véritablement elle, vu qu’on ne la connaît absolument pas.
On est réellement plongé dans ce film grâce à la musique et les bruitages : la musique est très peu utilisée et souvent lorsque les scènes se déroulent dans la nature, et se mélange aux sons de la faune et flore Cela met donc en valeur l’apaisement qu’on peut ressentir et que ressent surement Émile lors de promenades en forêt, dans le calme, avec comme seuls bruits, ceux de la vie qui nous entoure.
Ce film critique la société et L’Homme. Pas tous les hommes, mais les moutons qui ont besoin des autres pour se faire leurs idées, sans aucun sens critique, comme le patron de François, qui se joint à la masse et fait de la propagande contre les mutants. La société est donc critiquée pour ses normes dures, ou pour être accepté il faut absolument se fondre dans le moule et être du côté des plus nombreux, qu’importe si leurs idées sont nocives. L’adolescence qui est un autre changement (en plus de sa transformation en animal) pour Émile, est aussi un des principaux thèmes de ce film.
J’ai beaucoup aimé ce film pour son histoire, et ses merveilleux plans au cœur de la nature, que pour les sujets importants qu’il traite.
Anais Le Nivet Birkel
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