Folie à deux : Étonnant, intriguant… et unique
Folie à deux nous offre une visite complexe et innovatrice de la psychologie de personnages populaires. Réalisé par Todd Philips (qui s’était fait connaître pour la trilogie Very Bad Trip, diffusée entre 2009 et 2013) et produit par Warner Bros., ce long-métrage, suite de Joker (2019), met en avant le fameux Joaquin Phoenix, et la non moins connue Lady Gaga. Comme pour le premier film, c’est Hildur Guðnadóttir qui compose la bande-son.
Même en n’ayant pas été spécialement convaincu par Joker, on peut tout à fait apprécier le deuxième. Il est clair que le but n’était pas de répondre aux attentes d’un large public, avide d’action, de combats épiques et de bombes qui explosent. Non, ce n’est pas le Joker de Batman, ni celui de Harley Quinn : c’est celui d’Arthur Fleck. On commence directement l’histoire avec une vision très claire de sa personnalité fragmentée, ce qui nous plonge efficacement dans l’optique que veut nous transmettre Folie à deux. Le protagoniste (Joaquin Phoenix), dont l’état mental ne s’est pas amélioré, pâtit des conséquences des homicides commis par le Joker dans le film précédent. Il croupit dans l’hôpital psychiatrique d’Arkham, en attente du procès qui décidera de son sort. Il se fait moquer par les gardes qui gèrent les détenus, en particulier par l’abusif Jackie Sullivan (Brendan Gleeson), qui continue de le prendre pour un clown. C’est en musicothérapie que le protagoniste fait la connaissance de Lee, de son vrai nom Harley Quinzel (Lady Gaga), et que s’entame une relation passionnelle et à double tranchant. Leur rapprochement est immédiat, peut-être même un peu trop, mais passons, après tout c’est la rencontre de deux individus incompris qui pensent avoir enfin rencontré quelqu’un qui leur est semblable. En même temps que cette romance en plein essor, notre héros (ou antagoniste…) est jugé au tribunal, et les débats s’annoncent difficiles, les jurés cherchant à déterminer si il a assassiné ses victimes en étant conscient de ses actes, ou si le Joker est à considérer comme une personne à part entière, et donc à dissocier d’Arthur Fleck. Ce dernier est heureusement aidé d’une avocate dévouée, Maryanne Stewart (Catherine Keener),et soucieuse de mettre en avant ses troubles mentaux auprès du juge.
Ce long-métrage est doté d’une atmosphère unique qui sert l’intrigue à merveille. Elle est créée par la musique et la lumière qui, pertinentes, s’adaptent aux ambiances variées des différentes scènes. Malgré des tons globalement froids, certains moments sont dotés d’une palette de couleurs plus chaleureuses, ce qui vient légèrement casser le caractère dramatique de l’œuvre. L’originalité réside également dans la mince frontière entre le réel et l’illusion, plus marquée que dans le premier Joker, ce qui permet alors de mieux comprendre les évènements. Le choix de faire une comédie musicale nous permet aussi de clarifier les ressentis des personnages, qui expriment leurs pensées et émotions en chantant. Bref, beaucoup plus simple à suivre que le premier opus. L’histoire se veut également moralisatrice, à l’aide de dialogues qui font réfléchir et de dénonciations des travers de notre société : porter un masque est-il le seul moyen d’être aimé ? Et peut-on être admiré et apprécié si l’on montre une autre facette de soi que ce masque ? Des questions qui peuvent faire cogiter pendant un bon moment !
Et pour continuer dans les points positifs, parlons du jeu des acteurs : la performance de Joaquin Phoenix et tout simplement impressionnante : ce n’est même plus lui que l’on voit à l’écran, mais l’homme qu’il incarne. Lady Gaga n’est pas en reste, son talent en chant est égalé par ses compétences d’actrice. La finesse d’écriture des personnages les rendaient déjà riches et profonds, mais en plus ils sont magnifiquement interprétés ! Les maquillages et costumes sont la cerise sur un gâteau déjà bien garni. La mise à l’écran d’éléments aussi qualitatifs est donc largement réussie…
Pour conclure, Folie à deux est destiné à un public averti, plus intéressé par la psyché du Joker et de Harley Quinn que part leur côté « stylé » et « badass ». Sans être une pépite absolue du monde du cinéma, ou un « must-see », ce film de Todd Philips a quand même un niveau cinématographique remarquable, grâce à ses nombreux atouts (scénaristiques, de mise en scène, d’interprétation…). Tout dépend alors de vous : prêt à quitter l’univers bourré de péripéties haletantes des super-héros de Marvel, ou trop attaché aux origines du Joker et de Harley Quinn pour accepter une interprétation plus sombre et psychologique ?
SOMMIER Myriam 1°5
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