L’amour ouf
Le long-métrage de Gilles Lellouche en tant que réalisateur est une exploration audacieuse et décalée des relations amoureuses modernes. Avec un ton à la fois léger et introspectif, il réussit à capturer l'essence des aléas de l'amour à travers des personnages hauts en couleur.
L’Amour ouf raconte l’amour passionnel entre Jackie (Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (François Civil) dans les années 80 à 2000, d'abord adolescents où ils grandissent entre les bancs du lycée et les docks du port, puis adultes. Leurs destins se croisent et c'est l'amour fou. La vie s'efforcera de les séparer mais rien n'y fait, ils sont comme les deux ventricules du même cœur.
Dans les premières minutes, le film nous plonge dans l’univers, agité et amoureux. L’amour, illustré dès le prégénérique par la flamme gigantesque s’échappant d’une cheminée industrielle, accentue aussi la violence. Le premier plan du film est une contre plongée de ¾ sur un groupe d’hommes avec le protagoniste qui mène le chemin dans un parking souterrain. L’ambiance est lourde et les personnages imposants.Le tout accentué par le son des claquements de portes, des moteurs qui vrombissent et des pneus qui crissent. L'image, elle, est rythmée par un enchaînement de plans tels que des plans rapprochés, des inserts et des courts plans séquences. Ainsi au bout de quelques minutes nous prenons connaissance de la fin du film, c’est là que nous faisons un retour en arrière sur Clotaire puis sur Jackie, pendant leurs enfances.
En effet, nous appréhendons les personnages enfants, puis adolescents(Jackie à l’âge de 15 ans est interprété par Mallory Wanecque et Clotaire à l’âge de 17 ans par Malik Frikah) et enfin à l’âge adulte. Les transitions entre chaque époque sont fluides. On ne sait pas à l’avance quand les personnages grandissent, on découvre à la scène suivante que les acteurs ne sont plus les mêmes. On comprend rapidement que ce sont les mêmes personnages en plus âgés grâce à un bon jeu de la part de tous les acteurs qui incarnent minutieusement toutes les intentions de leurs rôles. Les performances sont authentiques et dynamiques, rendant les personnages crédibles et attachants.
Par endroits, Lellouche paraît tenté de basculer du côté de la comédie musicale, mais le film s’en tient finalement à de timides numéros dansés, particulièrement lors d’une bagarre de Clotaire a une soirée lycéennes. Les deux protagonistes semblent s’échapper quelques instants avec quelques pas de danse sur A Forest de The Cure pour représenter leur coup de foudre. S’ajoutent ensuite une foule d’images stéréotypées notamment un baiser au coucher du soleil avec la mer en fond. La bande-son accompagne habilement le récit, ajoutant une couche supplémentaire à l’expérience émotionnelle.
Il y a eu un vrai travail de la part de Jean-Philippe Moreaux pour les décors et accessoires tels que les voitures, les vinyles et les cassettes.Tout à été pensé pour nous plonger dans les années 80 et dans l'ambiance très urbaine du long métrage.
Visuellement, il y a eu un vrai effort. Laurent Tangy sait jouer avec les couleurs et les lumières. En particulier pour le bleu, le rouge et le jaune. Il y a régulièrement du bleu et du rouge pour les scènes avec les deux amoureux qui sont souvent confrontés à un amour inconditionnel qui est submergé par une réalité bien plus triste. Le rouge est également représenté par le sang pour le danger. Ainsi le jaune vient compléter ces images dans les moments de joies (un baiser au milieu d’un champs de colza) ou dans les moments dynamiques avec beaucoup de mouvements (une bataille dévoilé par les ombres des personnes dont leurs mouvements est vu par des flashs au moment des coups de feux tirés).
L’auditeur est considéré comme un témoin dans quelques séquences par l’utilisation du zoom sur l’expression du personnage ou sur des détails comme un chewing gum collé au mur qui s’anime en cœur qui bat. Cette technique a été pertinente pour immerger le spectateur dans l’histoire.
Malgré une fin qui correspond au cliché d’un film romantique, où tout s’arrange pour les personnages principaux qui peuvent vivre leur histoire d’amour sans obstacle. Cette fin est inattendue puisque ce n’est pas celle qui a été annoncée lors des premières minutes du long métrage. Cette seconde fin est bien amenée, ce changement de décision de la part de Clotaire pour reprendre sa vie en main est surprenant.
L’amour. Dans ce film, l'amour est un moyen d’évasion aux contraintes de la vie quotidienne. Les personnages sont à la recherche de quelque chose de plus grand, que ce soit l’amour fou ou l’épanouissement personnel. Cela reflète que la passion n’est pas seulement une affaire de rencontres, mais un chemin vers la guérison et la liberté intérieure. L’humour qui découle de ces situations permet de déconstruire l’image idéaliste de la romance, en réalité, loin d’être parfaite. C’est un mélange d’erreurs, de maladresses et de moments de confusion. Ce qui invite à une réflexion sur la fragilité et la complexité des relations humaines. La pluralité de l’affection dans ce film montre que c’est un sentiment loin d’être uniforme, qu’il prend différentes formes et s’accompagne de contradictions. Il interroge ainsi l’idée que chacun cherche l’attachement de manière unique, souvent teintée d’attentes irréalistes ou de fausses espérances. Ceci illustre que l’amour peut être un processus difficile, tumultueux et parfois chaotique. De ce fait, il se reflète dans la manière dont les personnages évoluent au fil des situations, malgré leurs difficultés. Le réalisateur dépeint ainsi un monde où les attentes traditionnelles sont souvent sources de frustration, mais où l’authenticité et la sincérité priment. Cette réflexion sur la complexité des relations amoureuses nous mène à penser que l’amour, n’est pas seulement un sentiment mais une continuité d’actions, tel que Clotaire qui pendant ses 10 années de prison apprend par coeur tous les mots et leurs définitions qui lui font penser à Jackie (il obtient une liste de 457 mots).
L’amour est une force de transformation et de guérison sans jamais renoncer à la personne que l’on aime.
En conclusion, L'amour ouf, mêle humour et émotion avec une touche personnelle. C'est un film à découvrir, à la fois pour ses personnages mémorables, sa qualité visuelle et pour sa réflexion sur l'amour.
Exertier Sarah T°4
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