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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Elaha

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 5 Décembre 2024, 14:21pm

Elaha

"Elaha", film de Milena Aboyan, se démarque des récits cinématographiques standards, en abordant la quête de l’identité, particulièrement lorsque l’on est une jeune femme. Il retrace l’histoire d’Elaha, jeune femme de 22 ans, d’origine Kurde, qui est à l’aube de son mariage et cherche à tous prix à faire reconstruire son hymen. Elle se lance alors dans une course contre la montre pour trouver un chirurgien qui accepte de l’opérer. Mais l’opération coûte chère et elle va devoir faire un choix. Par ce récit atypique, on suit la recherche de son identité, de son appartenance et de ses vraies volontés pour son propre corps.

Pour plonger pleinement le spectateur dans cette introspection, la réalisatrice nous emmène au plus profond d’Elaha et son enfermement sur elle-même. Nous entrons intimement dans la vie de cette jeune femme. Effectivement, il n’y a presque aucun plan sans elle, nous n’avons que son point de vue. On rentre également dans son intimité lors des scènes où elle est complètement nue. Cette nudité est le symbole da sa fragilité, elle n’a rien pour se couvrir et est quelque part à notre merci. De plus, la présence de trois regards caméra dans le film donne l’impression au spectateur d’être vu, particulièrement à la fin lorsqu’elle est nue, nous nous sentons presque comme des voyeurs indiscrets. Le choix du format en 4/3, format inhabituel au cinéma, rend le cadre très oppressant, si l’on rajoute à cela la présence de nombreux plans très resserrés sur Elaha, nous nous retrouvons enfermés avec elle dans son dilemme interne et oppressant. On peut plus généralement associer ce cadre oppressant à la réalité de la femme, confrontée chaque jour à une forte pression sociale. Ensuite, on peut voir un cheminent dans sa décision finale, notamment grâce à sa professeure qui lui rappelle que son corps reste sa possession et doit lui convenir à elle et non à son mari ou sa famille. La scène finale pose question, on peut penser qu’elle a finalement décidé de faire ce qu’elle veut de son corps sans se soucier de l’avis de ses proches. Cependant on peut également penser que sa réalité et la pression sociale l’ont rattrapée, car après avoir fait l’amour avec quelqu’un d’autre que son mari, elle lave ses vêtements. Ce qui peut être considéré comme une manière de se nettoyer, de nettoyer les traces de cet acte. Tout cela n’aurait été possible sans les capacités de l’actrice, Bayan Layla, qui réussit à transmettre cette quête d’identité au spectateur.

On peut voir en ce film un fort engagement pour la cause des femmes. Ce qui le rend plus poignant c’est son histoire atypique, qui finalement aborde des thèmes beaucoup plus larges comme expliqué précédemment. Il faut également préciser que Milena Aboyan s’est inspirée d’une histoire vraie. La cause des femmes est vue sous un autre angle dans ce film, on peut notamment remarquer qu’à l’inverse de beaucoup de films féministes, les hommes ont très peu d’importance, mais surtout, les femmes, particulièrement sa mère (Derya Durmaz) sont plus dures que les hommes. En effet, c’est elle qui insiste pour qu’Elaha fasse vérifier son hymen, malgré le refus de cette dernière. C’est également elle qui va la pousser dans ses retranchements, à tel point qu’elle semble tenter de mettre fin à ses jours, probablement dépassée par la pression qu’elle subissait. Cependant, on peut supposer que la mère est elle-même victime d’une forte pression pour respecter les traditions et les faire respecter à ses filles, de peur d’être exclue de la société dans laquelle elle vit. Si ce film aborde brillamment la cause de femmes, on peut aussi remarquer, que la réalisatrice a voulu représenter le handicap, avec le petit frère.

Nous pouvons donc dire que ce film bouscule les codes du cinéma traditionnel, tant par l’histoire que par le choix du format. C’est également un film très engagé, qui prend à cœur la cause des femmes et se soucie aussi de représenter le handicap. Pour moi ce film est à aller voir sans hésitation, en étant prêt à être touché en plein cœur par Elaha.

Lou-Anne BIZET TG04

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