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Blog des élèves de cinéma du lycée Baudelaire de Cran-Gevrier


Critique du film Les Oiseaux de passage

Publié par les élèves du lycée Baudelaire sur 25 Février 2025, 14:22pm

Critique du film Les Oiseaux de passage
Critique du film Les Oiseaux de passage

Le film Les Oiseaux de passage (Pájaros de verano), réalisé par Ciro Guerra et Cristina Gallego, est une œuvre qui mélange crime, traditions et drame familial. À travers l’histoire d’une famille indigène Wayuu qui se lance dans le trafic de drogue dans les années 1970, le film raconte comment l’argent et la violence détruisent une culture ancestrale. Avec son ambiance unique, Les Oiseaux de passage se distingue par son esthétique soignée, son atmosphère sonore envoûtante et un jeu d’acteurs marquant.

Dès les premières images, on est plongé dans un univers visuel puissant. Les paysages désertiques de la Colombie, les vêtements colorés des Wayuu et les rituels ancestraux donnent au film une identité forte. Les couleurs paressent brûlées par le soleil, avec des tons ocres, terra-cota. Cela insiste sur l'aridité du milieu.

Chaque plan est soigneusement composé, rappelant parfois les westerns de Sergio Leone, avec de vastes étendues désertiques qui renforcent l’impression d’isolement, même de fatalité. Les couleurs vives contrastent avec la noirceur du récit, sa tragédie, ce qui accentue la tension dramatique.

Le construction des plans est également minutieusement faite, ce qui donne un aspect géométrique. Alors que certains plans sont doux, chaleureux, d'autres sont davantage strictes, fermés, ce qui, au fond, enferme les personnages. Parfois, à l'inverse, ça ne les enferme pas mais extrapole leur rigidité, les plans sont très serrés et géométriquement agencés lorsque qu’apparaît Ursula, la matriarche du clan.

Bien que les plans soient souvent large, comme magnifiant le désert, ils peuvent aussi être rapprochés et centrés sur des personnages. Dans ces moments là, on a accès à des êtres authentiques, souvent sincères dans leur démarches. Pour la plus part, ils ne sont que peu, ou pas maquillés, ce qui renforce cette authenticité. En plus de cela, les réalisateurs jouent sur la lumières, ils mettent leurs personnages en scène de plus en plus dans l'ombre au fur et a mesure que leur vies se compliquent. C'est le cas de Zaida, alors qu'elle était un personnage lumineux, plein de vie, on la voit de plus en plus en intérieure, et donc plus à l'ombre, comme si peu à peu elle s’effaçait alors qu'elle est pourtant l'excuse du début du trafique, elle est centrale dans ce récit.

Les rêves de Zaida peuvent également rappeler des tableaux de Dalí avec une ambiance mystérieuse. On sent qu'ils veulent nous transmettre quelque chose mais on peine à en comprendre vraiment le sens.

L’esthétisme de ce long métrage rappel donc les westerns ou même les films policiers, tout en restant baigné dans la culture Wayuu.

L’ambiance sonore joue un rôle clé dans le film. Les chants traditionnels Wayuu, les bruits du vent dans le désert et les silences pesants contribuent à l’atmosphère mystique de l’histoire. D'ailleurs, les traditions et les esprits sont des éléments essentiels de leur culture.

La musique, discrète mais marquante, accompagne les moments de tension. Elle peut rappeler les musiques typiques des peuples autochtones. Elle semble s'organiser en 5 axes, annonçant ce qu'il y a à venir. Plus qu'une musique, elle est une part intégrante du récit. Plus l'histoire avance, et le drame se rapproche, plus la musique est pesante, mystérieuse... Les percutions, qui étaient gaies, s'alourdissent, elles deviennent symbole d'une menace croissante.

Au contraire l'absence de musique dans les moments de tension rend les scènes encore plus oppressantes. Chaque bruit semble avoir une signification, renforçant l’idée que chaque geste et chaque mot comptent dans cette culture. Nous pouvons par exemple évoquer les bruits des oiseaux qui ont une signification forte dans les croyances Wayuu.

L’histoire suit une structure classique, la montée, les victoires, puis la chute, que les personnages ne peuvent éviter. Un scénario qu'on peut rapprocher de grands classiques tel que Scarface ou Le Parrain. D'abord, l’ascension de Rapayet, un jeune Wayuu ambitieux, qui veut tout faire pour sa famille. Puis, fatalement, la destruction progressive de sa famille à cause de la violence et de la trahison. (Cette progression lente est aussi accentuée par des mouvement de caméra larges et lents).

Mais à la différence des films de mafia classiques, ici, la culture et les traditions sont au cœur du drame. La lenteur du récit peut parfois désorienter, mais elle sert à montrer comment la tragédie s’installe progressivement. Cette lenteur contraste avec la rapidité du scenario dans lequel les personnages se perdent.

Les acteurs livrent des performances très naturelles, parfois presque documentaires. Notons que les acteurs sont pour la plupart eux mêmes des natifs des peuples colombiens autochtones.

Carmiña Martínez, qui joue Úrsula, est particulièrement impressionnante : elle incarne une matriarche imposante,personnes n'ose la contredire ou l'affronter. José Acosta, dans le rôle de Rapayet, est plus en retenue, ce qui contraste avec l’exubérance de Jhon Narváez (Moisés).

En effet il incarne très bien le personnages qui est à la fois protagoniste et antagoniste. Il est prêt à tout pour sa famille, d'ailleurs il finit par fuir avec eux, abandonnant tout ce à quoi il était attachée auparavant. Cette diversité de jeu rend les personnages plus crédibles et attachants. Mais il est aussi un antagoniste, il est un meurtrier, un dealer de marijuana, il a même tué l'homme qui était son meilleur ami.

En conclusion, Les Oiseaux de passage est un film qui mélange traditions et crime avec une approche originale. Son esthétique, son ambiance sonore immersive et son scénario tragique en font une œuvre marquante. Bien qu’il puisse sembler lent par moments, il offre une réflexion unique sur l’impact qu'a eu le trafique de drogues sur des populations locales et leur culture ancestrale. C'est un film qui plaira aux amateurs de westerns ou de séries de trafiquants, cependant il offre beaucoup plus à réfléchir.

Au contraire de Narcos par exemple, le marché de la drogue n'est pas glorifié mais critiqué, il interroge profondément l’âme humaine et nous pousse à penser à l'impacte qu'a eu ce trafique sur des populations qui avaient déjà étés fragilisées par le colonialisme.

 

Ludivine Feige TG4

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